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Lomé s'exprime pour la première fois sur l'arrestation de deux journalistes français au Togo

Monde · · Par Claire BERNARD

Lomé s'exprime pour la première fois sur l'arrestation de deux journalistes français au Togo

Dans un communiqué publié samedi 22 août, le gouvernement togolais s'est exprimé pour la première fois au sujet de l'arrestation de deux journalistes français,

Dans un communiqué publié samedi 22 août, le gouvernement togolais s'est exprimé pour la première fois au sujet de l'arrestation de deux journalistes français, Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani. Selon des informations rapportées par RFI, les autorités de Lomé affirment que la justice dispose « d'indices graves et concordants » à l'encontre des deux réalisateurs, arrêtés le 27 juillet alors qu'ils tournaient un épisode de l'émission « Les routes de l'impossible », une série documentaire diffusée sur France Télévisions. ## Une première prise de parole officielle après plusieurs semaines de silence Cette communication gouvernementale marque un tournant dans une affaire qui était restée entourée d'un épais mystère depuis l'interpellation des deux hommes. En effet, pendant près d'un mois, les autorités togolaises n'avaient fait aucune déclaration publique concernant les motifs précis de cette arrestation, laissant planer de nombreuses interrogations tant du côté des familles que des observateurs internationaux. Le communiqué publié samedi constitue donc la première clarification officielle, bien que partielle, des chefs d'accusation retenus contre les deux réalisateurs français. D'après les éléments rapportés par RFI, le gouvernement togolais justifie la détention des deux journalistes par l'existence d'éléments suffisamment probants pour justifier une procédure judiciaire. Toutefois, le communiqué ne précise pas la nature exacte des infractions reprochées, ni les circonstances ayant conduit à l'accumulation de ces « indices graves et concordants ». Cette imprécision pourrait alimenter les inquiétudes quant à la transparence de la procédure en cours, d'autant plus que les deux hommes n'ont toujours pas été présentés à un juge d'instruction, selon des sources proches du dossier. ## Un contexte diplomatique et médiatique particulièrement sensible Cette affaire intervient dans un climat diplomatique déjà tendu entre la France et le Togo, bien que les relations bilatérales aient connu des évolutions récentes. Les deux réalisateurs français étaient venus dans le pays dans le cadre de la production d'un documentaire pour « Les routes de l'impossible », une émission qui explore les conditions de vie dans des zones reculées ou difficiles d'accès à travers le monde. Le choix du Togo comme terrain de tournage semblait s'inscrire dans une volonté de mettre en lumière les réalités locales, notamment dans les régions septentrionales du pays, où les questions de sécurité et de développement sont particulièrement prégnantes. Cependant, les autorités togolaises semblent avoir perçu le projet sous un angle différent. Selon certaines sources diplomatiques, les investigations auraient porté sur les contacts que les deux journalistes auraient établis avec des opposants politiques ou des membres de la société civile critiques envers le pouvoir en place. Ces rencontres, bien que relevant du travail journalistique classique, pourraient avoir été interprétées comme une ingérence dans les affaires intérieures du pays. Néanmoins, aucune confirmation officielle n'a été apportée à ces hypothèses, et le gouvernement togolais n'a pas souhaité commenter ces allégations. ## Les réactions en France et les implications pour la liberté de la presse En France, cette arrestation a suscité une vive émotion dans le milieu journalistique et audiovisuel. France Télévisions, qui produit et diffuse « Les routes de l'impossible », a exprimé sa préoccupation quant au sort de ses collaborateurs et a demandé aux autorités françaises de tout mettre en œuvre pour obtenir des éclaircissements sur les charges retenues. Le ministère des Affaires étrangères français aurait, selon des informations non confirmées, activé ses canaux diplomatiques pour suivre l'évolution de la situation et s'assurer que les droits des deux détenus soient respectés. Par ailleurs, des organisations de défense de la liberté de la presse, telles que Reporters sans frontières, auraient également interpellé les autorités togolaises pour obtenir des garanties sur le traitement réservé aux deux journalistes. Ces organisations rappellent que le Togo, bien qu'ayant connu une libéralisation politique progressive depuis les années 1990, reste marqué par des tensions récurrentes autour de la liberté d'expression et de la protection des sources journalistiques. Cette affaire pourrait ainsi constituer un test décisif pour la crédibilité des engagements du pays en matière de droits humains. ## Une procédure judiciaire qui reste à éclaircir À ce stade, de nombreuses zones d'ombre persistent quant à la suite de la procédure. Les deux réalisateurs français demeurent en détention, sans que la date d'une éventuelle présentation devant un magistrat instructeur ait été communiquée. Selon des informations rapportées par des médias togolais, les avocats des deux hommes n'auraient pas encore eu accès complet au dossier, ce qui compliquerait la préparation de leur défense. Des recours juridiques seraient envisagés pour contester la légalité de la détention, notamment si les délais légaux venaient à être dépassés. Le gouvernement togolais, de son côté, insiste sur la régularité de la procédure et affirme que la justice suivra son cours de manière indépendante. Il convient toutefois de souligner que le communiqué publié samedi ne fournit aucun calendrier précis, ni aucune indication sur les chefs d'inculpation éventuels. Cette opacité pourrait renforcer les critiques internationales, d'autant plus que le Togo a récemment cherché à renforcer son attractivité pour les investisseurs étrangers et à améliorer son image sur la scène diplomatique. ## Un précédent qui interroge sur la pratique du journalisme au Togo Cette affaire n'est pas sans rappeler d'autres cas d'arrestations de journalistes ou de réalisateurs étrangers en Afrique de l'Ouest, où les autorités locales invoquent souvent des motifs de sécurité nationale ou d'atteinte à l'ordre public pour justifier des détentions prolongées. Toutefois, chaque situation demeure spécifique, et il serait hasardeux d'établir des parallèles trop systématiques sans disposer de l'ensemble des éléments du dossier. Les observateurs notent néanmoins que le Togo, qui a connu des périodes de restrictions sévères de la liberté de la presse sous le régime du président Gnassingbé Eyadéma, a entrepris depuis plusieurs années des réformes visant à assouplir le cadre légal applicable aux médias.