Onyx Infos

Loin des yeux, loin du cœur des managers... Près de 2 salariés français sur 3 se sont déjà rendus au bureau avant tout pour être (bien) vus (on promeut moins ceux qui sont en télétravail)

Economie · · Par Julie MOREAU

Loin des yeux, loin du cœur des managers... Près de 2 salariés français sur 3 se sont déjà rendus au bureau avant tout pour être (bien) vus (on promeut moins ceux qui sont en télétravail)

# Présence au bureau : le nouveau calcul des salariés français pour exister aux yeux des managers Près de deux salariés français sur trois (64%) déclarent s'êtr

# Présence au bureau : le nouveau calcul des salariés français pour exister aux yeux des managers Près de deux salariés français sur trois (64%) déclarent s'être déjà rendus au bureau principalement pour être vus par leur manager ou leurs collègues, plutôt que parce qu'ils pensaient y être plus efficaces. C'est ce que révèle une étude menée par la plateforme de recrutement Indeed, qui met en lumière un phénomène persistant dans le monde professionnel hexagonal : le présentiel reste un passage obligé, non pas pour des raisons de productivité, mais pour exister aux yeux de la hiérarchie. ## Un tiers des salariés adopte ce comportement de manière régulière L'étude d'Indeed, dont les résultats ont été relayés par BFM Business, détaille l'ampleur du phénomène. Parmi les 64% de salariés qui se sont déjà rendus au bureau pour être visibles, 23% affirment adopter régulièrement ce comportement. Ce chiffre interroge sur la culture d'entreprise française, où la présence physique semble encore primer sur l'efficacité réelle du travail. Les salariés ne viennent pas au bureau parce qu'ils estiment y être plus productifs, mais parce qu'ils savent que l'absence est pénalisante dans la perception qu'ont les managers de leur engagement. ## Les jeunes actifs particulièrement concernés par la visibilité au bureau Cette approche est particulièrement marquée chez les jeunes générations. "Trois quarts des 18-24 ans disent être déjà allés au bureau avant tout pour être vus, contre 50% des salariés âgés de 45 à 54 ans", précise l'étude. Ce décalage générationnel pourrait s'expliquer par une plus grande précarité professionnelle chez les jeunes actifs, qui doivent prouver leur valeur dans un marché du travail concurrentiel. Les salariés plus âgés, bénéficiant d'une expérience reconnue et d'un réseau établi, ressentiraient moins ce besoin de visibilité. Cette tendance soulève des questions sur l'égalité des chances entre générations dans le contexte du télétravail. ## Les managers confirment le lien entre présence et promotion Les managers et recruteurs interrogés par Indeed confirment ce biais favorable au présentiel. "69% d'entre eux reconnaissent qu'une présence plus fréquente au bureau influence positivement leur perception de l'engagement d'un collaborateur", indique l'étude. Plus d'un manager sur cinq (21%) estime même que cette influence est forte. Plus révélateur encore pour les carrières : "Lorsqu'ils prennent des décisions concernant les promotions ou l'évolution de carrière, 59% des recruteurs, managers et responsables RH reconnaissent que la présence régulière au bureau influence leur appréciation." Ce chiffre confirme que le télétravail, pourtant ancré dans les pratiques, reste un frein potentiel à l'avancement professionnel. ## Un paradoxe entre discours et pratiques managériales Cette étude d'Indeed met en lumière un paradoxe français : alors que les entreprises vantent les mérites du télétravail et de la flexibilité, les pratiques managériales continuent de favoriser le présentiel. Les salariés, conscients de ce décalage, adaptent leur comportement en conséquence, quitte à se rendre au bureau sans y être plus efficaces. Ce constat interroge sur la sincérité des politiques de télétravail et sur la capacité des entreprises à évaluer objectivement la performance, indépendamment de la présence physique. À l'heure où le modèle hybride se généralise, la question de l'équité dans l'évaluation des collaborateurs reste entière.