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Leur prix peut atteindre 17.000 euros mais un maître-tisserand indien gagne moins de 5 euros par jour: au Cachemire, les conflits font chuter les ventes de tapis et menacent un savoir-faire ancestral

Economie · · Par Julie MOREAU

Leur prix peut atteindre 17.000 euros mais un maître-tisserand indien gagne moins de 5 euros par jour: au Cachemire, les conflits font chuter les ventes de tapis et menacent un savoir-faire ancestral

Les célèbres tapis du Cachemire indien, autrefois fleuron des exportations régionales avec des pièces atteignant 17 000 euros, traversent une crise profonde. En

Les célèbres tapis du Cachemire indien, autrefois fleuron des exportations régionales avec des pièces atteignant 17 000 euros, traversent une crise profonde. Entre conflits géopolitiques, effondrement des débouchés internationaux et désaffection des jeunes générations, ce savoir-faire ancestral, qui compte jusqu'à des millions de nœuds au mètre carré, voit son modèle économique se fragiliser dangereusement. Le secteur, qui exporte 90 % de sa production, subit de plein fouet un contexte mondial tendu. ### Un marché international en berne Longtemps considérés comme le principal produit d'exportation de la partie indienne du Cachemire, un territoire à majorité musulmane dont la souveraineté est contestée par le Pakistan, les tapis noués à la main ne cessent de perdre du terrain depuis les années 1980. "Nos tapis sont exportés à 90 %, et les conflits qui secouent actuellement la planète mettent le secteur sous pression", explique Zubair Ahmad, directeur de l'Institut indien de technologie du tapis (IICT) à Srinagar. Les tensions géopolitiques récentes ont considérablement réduit la demande des marchés occidentaux et du Moyen-Orient, autrefois très friands de ces pièces d'exception. Les commandes se raréfient, les stocks s'accumulent, et les ateliers traditionnels de Srinagar, cœur historique de cette industrie, tournent au ralenti. ### Un savoir-faire unique mais une rémunération dérisoire La fabrication de ces tapis reste pourtant un processus d'une complexité remarquable. Les fils, en laine de mouton ou en soie, sont tissés à la main, teints avec des pigments naturels puis noués sur des métiers traditionnels. Selon la complexité du motif, la densité de tissage varie de 465 000 à plusieurs millions de nœuds au mètre carré, un travail qui exige des années d'apprentissage et une patience infinie. Pourtant, la rémunération des artisans est loin d'être à la hauteur de leur talent. Un maître-tisserand ne gagne guère plus de 500 roupies par jour, soit environ 4,55 euros, un revenu inférieur à celui de nombreux ouvriers non qualifiés de la région. Cette situation contraste cruellement avec le prix de vente final de ces œuvres, qui peut atteindre 17 000 euros pour les pièces les plus prestigieuses. ### La fuite des jeunes artisans Face à ces conditions de travail difficiles et à des salaires si faibles, les jeunes Cachemiris se détournent massivement de cette profession. "Ça me fend le cœur de voir ça", confie Bashir Ahmad, un tisserand de 78 ans, amer. "Si plus de jeunes avaient appris ce métier, ils auraient pu en vivre". Les longues heures de travail, l'évolution des aspirations professionnelles et l'attrait des secteurs plus rémunérateurs ont transformé ce métier ancestral en activité peu attrayante. La filière, qui reposait sur la transmission du savoir de génération en génération, se heurte désormais à une sérieuse pénurie de main-d'œuvre qualifiée, menaçant à terme la pérennité même de cette tradition séculaire. L'avenir des tapis du Cachemire semble donc suspendu à une double contrainte : la résolution des tensions géopolitiques qui paralysent le commerce international et la nécessité urgente de revaloriser un métier pour attirer une nouvelle génération d'artisans. Sans une action rapide, ce patrimoine culturel unique, qui a orné les cours impériales et les plus belles demeures du monde, pourrait bien ne devenir qu'un souvenir.