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Les toiles de Frida Kahlo, la riche collectionneuse et un « ami » très intéressé : le Mexique s’inquiète du sort de ses trésors

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

Les toiles de Frida Kahlo, la riche collectionneuse et un « ami » très intéressé : le Mexique s’inquiète du sort de ses trésors

### Le sort incertain des trésors de Frida Kahlo entre les mains de la banque Santander Le 8 septembre prochain, une partie de la plus importante collection d’a

### Le sort incertain des trésors de Frida Kahlo entre les mains de la banque Santander Le 8 septembre prochain, une partie de la plus importante collection d’art moderne mexicain jamais constituée sera présentée en Espagne. Cet ensemble exceptionnel, réuni par Jacques et Natasha Gelman, dont la valeur est inestimable, se trouve aujourd’hui au cœur d’une vive inquiétude. Au Mexique, un collectif s’alarme en effet de voir ces œuvres, pourtant officiellement considérées comme « patrimoine de la nation », détenues par la banque espagnole Santander, et craint qu’elles ne soient plus jamais exposées sur leur sol d’origine. ### Une collection mythique au destin contrarié Constituée tout au long du XXe siècle par le couple de mécènes Jacques et Natasha Gelman, cette collection est un véritable panthéon de l’art mexicain. Elle rassemble des toiles majeures de Frida Kahlo, mais également des œuvres de Diego Rivera, David Alfaro Siqueiros ou encore Rufino Tamayo, pour ne citer que les figures les plus emblématiques. Ces pièces, qui incarnent l’âme et l’histoire culturelle du Mexique, ont longtemps été présentées dans des musées du pays, où elles attiraient des foules considérables. Leur valeur artistique et sentimentale dépasse de loin les estimations financières, aussi élevées soient-elles. ### La banque Santander, gardienne controversée Aujourd’hui, c’est la banque espagnole Santander qui détient les rênes de ce patrimoine. Cette situation, qui résulte de montages financiers complexes hérités de la crise économique de 2008, place une institution bancaire étrangère au cœur de la préservation d’un trésor national mexicain. Si la banque a annoncé la présentation d’une partie des œuvres en Espagne en septembre, cette décision est perçue comme un signal inquiétant par de nombreux observateurs. Le choix de la péninsule ibérique comme lieu d’exposition pourrait en effet laisser présager une vente future, ou à tout le moins un éloignement durable des œuvres de leur pays d’origine. ### La mobilisation d’un collectif pour le retour des œuvres Face à cette perspective, un collectif s’est formé au Mexique pour défendre l’intégrité de ce patrimoine. Ses membres, issus du monde de la culture et de la société civile, plaident pour que la collection soit rapatriée et demeure accessible au public mexicain. Ils s’appuient sur le statut juridique des œuvres, classées « patrimoine de la nation », qui implique des restrictions strictes en matière de sortie du territoire et de cession. Le collectif craint que la dimension commerciale ne prenne le pas sur la vocation culturelle de cet ensemble, et que les toiles de Frida Kahlo et de ses contemporains ne deviennent des actifs financiers comme les autres, délocalisables à merci. ### Un avenir suspendu à des négociations délicates L’avenir de cette collection unique se joue donc dans l’équilibre fragile entre les intérêts d’une grande banque internationale et la volonté d’un État de préserver son héritage culturel. Les discussions, qui se déroulent dans la discrétion, pourraient aboutir à un accord de rachat par l’État mexicain, une solution qui semble aujourd’hui la plus plausible pour garantir le retour des œuvres. Toutefois, la somme à débourser représenterait un effort budgétaire considérable pour le pays. L’exposition madrilène de septembre apparaît dès lors comme une étape cruciale, qui pourrait soit sceller la dispersion de la collection, soit ouvrir la voie à une résolution négociée. En attendant, le monde de l’art retient son souffle, conscient que l’issue de cette affaire pourrait redéfinir les règles de protection des trésors nationaux face à la puissance des acteurs financiers privés.