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Les redevances passagers vont davantage augmenter sur les lignes domestiques et les liaisons européennes et ultramarines: les compagnies concurrentes d'Air France dénoncent l'accord entre ADP et l'État

Economie · · Par Julie MOREAU

Les redevances passagers vont davantage augmenter sur les lignes domestiques et les liaisons européennes et ultramarines: les compagnies concurrentes d'Air France dénoncent l'accord entre ADP et l'État

Le projet de contrat de régulation économique (CRE) liant Aéroports de Paris (ADP) et l'État pour la période 2027-2034 suscite une vive opposition chez les tran

Le projet de contrat de régulation économique (CRE) liant Aéroports de Paris (ADP) et l'État pour la période 2027-2034 suscite une vive opposition chez les transporteurs concurrents d'Air France. Le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara) dénonce une hausse disproportionnée des redevances passagers sur les lignes domestiques, européennes et ultramarines, estimant que cet accord finance une stratégie de hub international dont il ne bénéficiera pas. L'organisation appelle l'État à réexaminer sa proposition. ## Un déséquilibre tarifaire contesté entre les lignes Selon les calculs du Scara, les redevances passagers progresseraient de 34 % sur les lignes domestiques et de 21 % sur les liaisons européennes et ultramarines, contre 16 % seulement sur les dessertes internationales. Cette différence de traitement, dénoncée lundi par le syndicat, pénaliserait directement les compagnies adhérentes qui opèrent principalement sur le court et moyen courrier, ainsi que sur les territoires ultramarins (Air Caraïbes, Air Antilles, Air Austral, Air Saint Pierre). Le projet de CRE, annoncé la semaine dernière, prévoit pourtant une hausse annuelle moyenne de 2,1 % hors inflation pour l'ensemble des transporteurs utilisant les installations d'ADP. Mais la structure tarifaire proposée concentrerait l'effort financier sur les segments où ces compagnies sont les plus actives, créant un sentiment d'iniquité. ## Le financement d'une stratégie au bénéfice d'Air France Le Scara estime que cet accord fait porter à ses membres "le financement d'une stratégie qui ne les concerne pas". L'objectif affiché par l'État et ADP serait d'attirer à Roissy-CDG les lignes internationales long-courriers et de renforcer le rôle de hub de correspondances de la plateforme, afin de rivaliser avec les grands aéroports européens. Cette orientation profiterait en premier lieu à Air France, dont le modèle économique repose largement sur ce type de trafic. Les compagnies autonomes, qui exploitent des liaisons point-à-point ou des dessertes vers les Outre-mer, ne tireraient qu'un bénéfice marginal de cette stratégie, tout en supportant une part croissante des coûts d'infrastructure. ## Des investissements jugés déséquilibrés Le volet investissement du projet d'accord est également critiqué. L'enveloppe globale prévue par ADP pour moderniser ses pistes et infrastructures atteint 8,2 milliards d'euros sur la période. Selon le Scara, près de 40 % de cette somme serait allouée au hub de correspondance de CDG, tandis que 20 % iraient aux liaisons point-à-point. Les 40 % restants correspondraient à d'autres postes. Cette répartition, jugée "déséquilibrée" par le syndicat, confirme selon lui la priorité donnée au trafic international au détriment des dessertes domestiques et ultramarines, pourtant essentielles à la connectivité des territoires français. ## Un appel à la révision du dispositif Face à ce constat, le Scara exhorte l'État à "réexaminer sa proposition" et à prendre en compte les spécificités des compagnies qu'il représente. Le syndicat pointe également un "manque d'attractivité" des aéroports français, qui pourrait être aggravé par ces hausses tarifaires si elles se confirment. Les transporteurs concernés redoutent en effet une érosion de leur compétitivité sur des marchés déjà tendus, notamment face aux compagnies à bas coûts opérant depuis d'autres plateformes européennes. L'issue de ce bras de fer dépendra de la capacité de l'État à arbitrer entre les intérêts du hub francilien et ceux des opérateurs de proximité.