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Les rastafaris d’Afrique toujours en quête de reconnaissance

Monde · · Par Claire BERNARD

Les rastafaris d’Afrique toujours en quête de reconnaissance

# Les rastafaris d’Afrique toujours en quête de reconnaissance La justice kényane a rejeté, le 15 juillet, la demande de la communauté rastafarie d'utiliser le

# Les rastafaris d’Afrique toujours en quête de reconnaissance La justice kényane a rejeté, le 15 juillet, la demande de la communauté rastafarie d'utiliser le cannabis dans son culte religieux, une pratique pourtant centrale dans leur spiritualité. Ce jugement met en lumière le statut ambigu des rastafaris sur le continent africain, entre reconnaissance de façade et marginalisation persistante. Selon des informations rapportées par RFI, cette décision judiciaire intervient dans un contexte où plusieurs pays africains tentent de trouver un équilibre entre libertés religieuses et législations pénales. ## Une décision de justice aux implications symboliques La Haute Cour de Nairobi a estimé que l'usage du cannabis à des fins religieuses ne pouvait être autorisé au motif que la loi kényane interdit formellement la consommation de cette substance, quelle qu'en soit la finalité. D'après des sources judiciaires, les juges ont considéré que la liberté de culte invoquée par les plaignants ne saurait primer sur les dispositions pénales en vigueur. Cette position pourrait sembler contradictoire avec l'évolution récente de la législation kényane, qui a partiellement dépénalisé l'usage médical du cannabis en 2022. Cependant, les magistrats ont souligné que cette exception thérapeutique ne constituait pas un précédent applicable au domaine religieux. La communauté rastafarie, qui compte plusieurs milliers de fidèles au Kenya, a exprimé sa déception par la voix de ses représentants, estimant que cette décision perpétuait une discrimination historique. ## Un mouvement religieux né d'une révolte spirituelle Le rastafarisme, apparu en Jamaïque dans les années 1930, puise ses racines dans une lecture particulière de la Bible et dans la glorification de l'ancien empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier, considéré comme une figure messianique. Selon des travaux d'historiens spécialistes du mouvement, la consommation de cannabis — ou « ganja » — y est perçue comme un sacrement favorisant la méditation et la connexion spirituelle. Sur le continent africain, les communautés rastafaries se sont implantées principalement en Afrique de l'Est et en Afrique australe, notamment en Éthiopie, au Zimbabwe, en Afrique du Sud et au Kenya. Leur présence symbolise un retour aux sources pour un mouvement qui considère l'Afrique comme la Terre promise, le « Sion » biblique. Pourtant, malgré cette dimension panafricaine revendiquée, les rastafaris peinent à obtenir une reconnaissance juridique pleine et entière dans les pays où ils résident. ## Une reconnaissance officielle inégale sur le continent Plusieurs États africains ont, ces dernières années, amorcé un processus de reconnaissance officielle du rastafarisme en tant que religion. L'Éthiopie, pays qui abrite le siège spirituel du mouvement à Shashamané, a accordé des terres à la communauté dès les années 1960. Plus récemment, le Ghana a reconnu le rastafarisme comme religion officielle en 2020, une décision saluée par les fidèles. Toutefois, selon des organisations de défense des droits humains, cette reconnaissance reste souvent théorique. Dans les faits, les rastafaris continuent de faire face à des discriminations dans l'accès à l'emploi, au logement et à l'éducation. Au Kenya, par exemple, de nombreux enfants rastafaris auraient été exclus du système scolaire public en raison de leurs dreadlocks, considérées comme contraires aux règlements intérieurs des établissements. La question du cannabis cristallise ces tensions, car elle oppose une pratique religieuse ancestrale à des législations héritées de l'époque coloniale. ## Des enjeux juridiques et sociétaux complexes Le rejet de la demande kényane s'inscrit dans un débat plus large sur la place des minorités religieuses en Afrique. D'après des experts en droit constitutionnel interrogés par RFI, la décision de la Haute Cour de Nairobi pourrait avoir des répercussions dans d'autres pays de la région, où des requêtes similaires sont en cours d'examen. En Afrique du Sud, la Cour constitutionnelle a autorisé en 2018 l'usage privé du cannabis, mais sans étendre cette permission aux pratiques cultuelles collectives. Au Zimbabwe, le gouvernement a légalisé la culture du cannabis à des fins médicales et scientifiques, mais maintient une interdiction stricte pour tout usage récréatif ou religieux. Ces situations contrastées révèlent la difficulté pour les États africains à concilier la protection des libertés religieuses avec des politiques pénales souvent influencées par des conventions internationales sur les stupéfiants. La communauté rastafarie, de son côté, continue de militer pour une reconnaissance qui ne se limite pas à des déclarations symboliques. ## Vers une évolution possible des législations ? Plusieurs observateurs estiment que la question du cannabis à usage religieux pourrait connaître des évolutions dans les années à venir, à mesure que les sociétés africaines s'interrogent sur leur rapport aux substances psychotropes. Selon des sources diplomatiques, certains gouvernements africains étudient la possibilité d'adopter des modèles de régulation similaires à ceux observés en Amérique du Nord ou en Europe, où des exceptions religieuses existent pour certaines communautés. Cependant, ces réflexions resteraient à un stade préliminaire, et aucune réforme concrète n'aurait été engagée à ce jour. En attendant, les rastafaris d'Afrique continuent de vivre dans un entre-deux juridique, où leur foi est parfois tolérée mais rarement pleinement acceptée. La décision de la justice kényane, loin de clore le débat, pourrait au contraire relancer les discussions sur la nécessité d'une harmonisation des législations africaines en matière de liberté religieuse et de droits culturels.