Les prescriptions sont faites à distance par un médecin sans contact direct avec le patient: des ophtalmologues réclament plus de contrôles sur les ordonnances obtenues via des opticiens

Prescriptions à distance via les opticiens : les ophtalmologistes demandent un encadrement renforcé Face à la difficulté croissante d’obtenir un rendez-vous che
Prescriptions à distance via les opticiens : les ophtalmologistes demandent un encadrement renforcé
Face à la difficulté croissante d’obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste, des sociétés proposent désormais aux opticiens de délivrer en quelques heures des ordonnances de lunettes ou de lentilles, sans aucun contact direct entre le patient et le médecin. Ce dispositif, fondé sur une télé-expertise réalisée à partir d’un examen visuel effectué par l’opticien en magasin, suscite une vive inquiétude au sein du syndicat national des médecins ophtalmologistes (Snof), qui réclame un contrôle plus strict de ces pratiques au nom de la sécurité des patients.
Une procédure qui interroge sur le respect des exigences médicales
Dans un communiqué récent, le Snof alerte sur des « pratiques susceptibles de s’affranchir des exigences médicales et déontologiques indispensables à la sécurité des patients ». Le syndicat pointe plus précisément la télé-expertise optique, procédure par laquelle un médecin ophtalmologiste, salarié d’une société tierce, valide une prescription sur la seule base des données recueillies par l’opticien dans son point de vente. Le praticien n’échange jamais directement avec le patient, ce qui soulève des questions quant à la qualité de l’évaluation clinique et au suivi personnalisé. Le docteur Vincent Dedes, président du Snof, cité dans le communiqué, appelle les autorités à « s’emparer de la télé-expertise optique pour poser un cadre clair, garantissant à la fois son développement et la sécurité des patients ». Une demande qui intervient alors que ces services se présentent comme une réponse à la pénurie de spécialistes dans certains territoires.
Des prescriptions concentrées dans les grandes métropoles
L’un des arguments avancés par les promoteurs de ces dispositifs est la lutte contre les déserts médicaux, où l’accès à un ophtalmologiste peut prendre plusieurs mois. Pourtant, selon le Snof, qui s’appuie sur des données de facturation de l’assureur complémentaire Alan, les prescriptions réalisées via ce canal seraient « majoritairement effectuées pour des patients résidant dans de grandes métropoles », et non dans les zones les plus sous-dotées. Ce constat contredit l’objectif affiché d’améliorer l’équité d’accès aux soins. Il suggère plutôt que ces services profitent avant tout à une clientèle urbaine, déjà mieux pourvue en infrastructures médicales, sans résoudre le problème structurel de la répartition des spécialistes sur le territoire. Le syndicat souligne également le risque de voir se développer une médecine à deux vitesses, où la rapidité d’obtention d’une ordonnance primerait sur la rigueur diagnostique.
Un enjeu de régulation pour les autorités sanitaires
La question posée par cette nouvelle forme de prescription dépasse le simple cadre professionnel des opticiens et des ophtalmologistes. Elle touche à la définition même de l’acte médical et à la responsabilité des praticiens qui valident des prescriptions sans examen clinique direct. Si la télé-expertise est encadrée par le droit français, notamment via les dispositions relatives à la télémédecine, son application dans le secteur de l’optique semble évoluer plus vite que le cadre réglementaire. Le Snof insiste sur la nécessité de définir des protocoles précis, incluant des critères de validation plus stricts et un contrôle des conditions de réalisation des examens préalables. L’enjeu est double : permettre l’innovation et l’accès aux soins, tout en garantissant qu’aucune pathologie oculaire ne soit manquée faute d’un examen approfondi. Les autorités sanitaires, sollicitées par le syndicat, devront arbitrer entre ces impératifs, alors que le nombre de bénéficiaires de ces services ne cesse de croître dans les zones urbaines denses.