Les prairies sont grillées par la sècheresse, il y a un tiers d'herbe en moins: le gouvernement assouplit les règles de production du comté, du beaufort et de l’abondance

La sécheresse « historique » de cet été a contraint le gouvernement à assouplir temporairement les règles de production de trois fromages AOP emblématiques : l’
La sécheresse « historique » de cet été a contraint le gouvernement à assouplir temporairement les règles de production de trois fromages AOP emblématiques : l’abondance, le beaufort et le comté. Trois arrêtés publiés mercredi au Journal officiel autorisent les éleveurs à déroger aux cahiers des charges stricts, alors que la pousse de l’herbe accuse un déficit d’un tiers par rapport aux moyennes historiques. D’autres appellations pourraient suivre dans les prochaines semaines.
## Un déficit fourrager sans précédent depuis 1989
Les chiffres officiels confirment l’ampleur du phénomène. Selon le service statistique du ministère de l’Agriculture, la pousse cumulée des prairies permanentes était, au 10 août, inférieure d’un tiers à celle observée en moyenne à la même date sur la période 1989-2018. Une situation qualifiée de « très dégradée » dans la quasi-totalité des régions par le ministère dans sa note de mi-août. Les pâturages du massif du Jura et des Alpes, zones de production du comté, du beaufort et de l’abondance, figurent parmi les plus touchés, avec des rendements en herbe particulièrement faibles qui ont contraint les éleveurs à puiser dans leurs réserves de fourrage dès le début de l’été, avant même la période de soudure hivernale.
Pour les producteurs de ces fromages sous appellation d’origine protégée (AOP), la difficulté est double. Le label européen impose normalement de nourrir les vaches majoritairement avec de l’herbe issue d’une zone géographique strictement délimitée : les Alpes pour l’abondance et le beaufort, le massif du Jura pour le comté. Face à la raréfaction de la ressource, les éleveurs risquaient de ne plus pouvoir respecter ces contraintes, mettant en péril leur capacité à produire et à commercialiser leurs fromages sous cette appellation.
## Des dérogations calibrées par appellation
Les arrêtés publiés au Journal officiel traduisent une gradation dans l’assouplissement accordé. Pour l’abondance, la mesure est la plus large : les éleveurs pourront réduire fortement la part d’herbe pâturée et utiliser davantage de fourrage provenant de l’extérieur de la zone de l’appellation. Pour le beaufort, la part de foin et d’herbe devant provenir de la zone de production est abaissée, et davantage d’aliments complémentaires pourront être donnés aux vaches. Enfin, pour le comté, l’assouplissement apparaît plus limité : jusqu’à fin octobre, le maïs vert donné aux animaux pourra provenir, en partie, de l’extérieur de l’exploitation.
Cette différence de traitement s’explique par les systèmes fourragers distincts des trois filières. Le comté repose davantage sur le pâturage et le foin de proximité, tandis que le beaufort et l’abondance intègrent déjà une part de compléments dans leur cahier des charges. Les dérogations restent encadrées : elles sont temporaires, limitées à la période critique, et ne remettent pas en cause les fondamentaux des AOP sur le long terme.
## Vers une extension à d’autres fromages AOP
Le gouvernement n’exclut pas d’étendre ce dispositif à d’autres fromages bénéficiant d’une appellation d’origine protégée. Plusieurs filières, notamment dans les zones de montagne où les prairies sont également touchées, pourraient déposer des demandes de dérogation dans les prochaines semaines. Les services du ministère de l’Agriculture examinent au cas par cas les situations, en lien avec les instituts techniques et les organismes de défense et de gestion de chaque AOP.
Au-delà de la gestion immédiate de la crise, ces dérogations posent la question de l’adaptation des cahiers des charges aux aléas climatiques récurrents. La sécheresse de 2022 avait déjà conduit à des mesures similaires, et les épisodes de ce type se multiplient. Les filières réfléchissent à des mécanismes plus pérennes, comme des clauses de révision automatique des règles d’alimentation en cas de conditions météorologiques extrêmes, sans toutefois remettre en cause l’identité des fromages et leur lien au terroir. Pour l’heure, les éleveurs attendent surtout que les dérogations soient effectives rapidement pour sécuriser l’alimentation de leurs troupeaux avant l’hiver.