Les personnes vivant dans des passoires thermiques ont plus de risques d’être hospitalisées

# Passoires thermiques : un risque accru d’hospitalisation mis en lumière par l’Inserm L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a ré
# Passoires thermiques : un risque accru d’hospitalisation mis en lumière par l’Inserm
L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a récemment publié une étude établissant un lien direct entre la qualité du logement et le risque d’hospitalisations non programmées. Selon des informations rapportées par *Le Figaro*, les personnes résidant dans des passoires thermiques — ces logements classés F ou G sur l’échelle du diagnostic de performance énergétique (DPE) — présenteraient un risque significativement plus élevé d’être admises à l’hôpital pour des motifs variés, allant des maladies respiratoires aux pathologies cardiovasculaires. Cette recherche, menée sur plusieurs années, s’appuie sur des données croisées issues de la Caisse nationale d’assurance maladie et de l’Agence nationale de l’habitat.
## Une corrélation établie entre précarité énergétique et santé publique
### Les mécanismes physiologiques en jeu
L’étude de l’Inserm, dont les résultats ont été détaillés dans une publication scientifique, met en avant plusieurs facteurs explicatifs. D’après les chercheurs, l’exposition prolongée à des températures intérieures insuffisantes — souvent inférieures à 18 degrés Celsius dans les passoires thermiques — affaiblirait le système immunitaire et aggraverait des pathologies chroniques. L’humidité et la moisissure, fréquentes dans ces logements mal isolés, pourraient également favoriser le développement d’infections respiratoires, notamment chez les enfants et les personnes âgées. Selon les données issues de l’enquête, les hospitalisations non programmées liées à l’asthme, à la bronchite chronique ou aux infections pulmonaires seraient jusqu’à 30 % plus élevées parmi les occupants de logements très énergivores, en comparaison avec ceux vivant dans des habitations classées A ou B.
Par ailleurs, le froid ambiant entraînerait une augmentation de la pression artérielle et une hausse du risque d’accidents vasculaires cérébraux, comme le suggèrent des études antérieures citées par l’Inserm. Les épisodes de vague de froid, qui se multiplient dans un contexte de changement climatique, exacerberaient ces phénomènes, rendant les passoires thermiques particulièrement dangereuses en hiver. Les chercheurs estiment que près de 10 % des hospitalisations d’urgence pour causes cardiovasculaires pourraient être attribuées, directement ou indirectement, à une mauvaise isolation du logement.
### Des disparités territoriales et sociales marquées
L’analyse de l’Inserm révèle également que les populations les plus vulnérables sont les plus touchées. En effet, les ménages à faibles revenus, souvent contraints de vivre dans des logements dégradés faute de moyens pour les rénover, cumulent les facteurs de risque. Selon des données du ministère de la Transition écologique, environ 4,8 millions de logements en France seraient classés F ou G, soit près de 15 % du parc immobilier. Ces habitations se concentrent dans les zones rurales et les quartiers prioritaires de la politique de la ville, où l’accès aux soins est parfois limité. Les chercheurs soulignent que les hospitalisations non programmées pourraient être réduites de manière significative si des mesures d’isolation étaient mises en œuvre à grande échelle.
## Un enjeu de politique publique amplifié par la crise énergétique
### Les implications pour le système de santé
Les conclusions de l’Inserm interviennent dans un contexte où les dépenses d’hospitalisation pèsent lourdement sur les finances de l’Assurance maladie. Selon des estimations issues du rapport, chaque hospitalisation non programmée coûterait en moyenne 3 500 euros à la collectivité. Si l’on projette ces chiffres sur l’ensemble des passoires thermiques, le surcoût annuel pour le système de santé pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d’euros. Les auteurs de l’étude plaident pour une intégration plus systématique de la précarité énergétique dans les politiques de prévention sanitaire. Ils suggèrent que les médecins généralistes et les travailleurs sociaux soient formés à repérer les signes de mal-logement lors des consultations, afin d’orienter les patients vers des dispositifs d’aide à la rénovation.
Cette approche croise les objectifs du plan de rénovation énergétique lancé par le gouvernement, qui vise à éradiquer les passoires thermiques d’ici 2030. Toutefois, les associations de défense des consommateurs, comme la Fondation Abbé Pierre, estiment que le rythme actuel des rénovations est insuffisant. Selon elles, seulement 70 000 logements ont été rénovés en 2022, loin des 500 000 nécessaires chaque année pour atteindre les cibles fixées. La question du financement reste centrale, malgré les aides de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), comme MaPrimeRénov’, qui peinent à toucher les ménages les plus modestes.
### Des perspectives incertaines face à la hausse des coûts de l’énergie
La flambée des prix de l’énergie, observée depuis 2022, ajoute une dimension supplémentaire à ce problème. Les occupants de passoires thermiques, qui consacrent déjà une part importante de leurs revenus au chauffage, pourraient être tentés de réduire encore leur consommation, au détriment de leur santé. L’Inserm prévient que les effets cumulés du froid et de la précarité financière pourraient entraîner une augmentation des hospitalisations lors des prochains hivers. Les chercheurs appellent à une coordination renforcée entre les ministères de la Santé, du Logement et de la Transition écologique, afin de transformer cette alerte scientifique en actions concrètes sur le terrain.