Les pays membres ont déjà libéré trois quarts des 400 millions de barils annoncés en mars: l'AIE s'inquiète de l'approvisionnement en pétrole après la dégradation de la situation dans le détroit d'Ormuz

# Tensions dans le détroit d'Ormuz : l'AIE met en garde contre les risques sur l'approvisionnement pétrolier La dégradation de la situation géopolitique autour
# Tensions dans le détroit d'Ormuz : l'AIE met en garde contre les risques sur l'approvisionnement pétrolier
La dégradation de la situation géopolitique autour du détroit d'Ormuz, voie de transit stratégique par laquelle transite près d'un tiers du pétrole mondial, suscite de vives inquiétudes quant à la sécurité d'approvisionnement énergétique. Fatih Birol, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a alerté mardi sur "l'incertitude" croissante qui pèse sur les perspectives du marché pétrolier, tout en reconnaissant l'existence de "facteurs d'amortissement" permettant d'atténuer partiellement les risques.
## Des stocks stratégiques déjà largement mobilisés
La trentaine de pays membres de l'AIE — parmi lesquels figurent l'Allemagne, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, la France, l'Italie, le Japon, le Mexique, la Turquie et les États-Unis — avaient annoncé en mars dernier un déblocage historique de 400 millions de barils issus de leurs réserves stratégiques. Cette décision, la plus importante depuis la création de l'agence en 1974, visait à amortir le choc provoqué par la guerre au Moyen-Orient. Selon les dernières données communiquées par l'AIE, "environ 290 millions de barils ont été libérés par les membres", soit près des trois quarts du volume annoncé initialement. L'agence précise que "davantage continuent à arriver sur le marché", tout en soulignant que ses membres conservent des volumes d'urgence "significatifs", comprenant "plus d'un milliard de barils détenus par les États".
## Un déséquilibre entre brut et produits raffinés
Fatih Birol relève une distorsion préoccupante entre l'offre de pétrole brut et celle des produits raffinés. "Le raffinage n'a pas augmenté autant que les livraisons de brut", observe-t-il, ajoutant que "les marchés des produits raffinés, notamment le diesel et l'essence, sont nettement plus tendus que ceux du brut". Cette situation, explique le directeur exécutif de l'AIE, se répercute directement sur les prix à la pompe, où les automobilistes subissent de plein fouet cette pression sur les carburants transformés. La capacité de raffinage mondiale, insuffisamment développée ces dernières années en raison des incertitudes liées à la transition énergétique, peine à suivre le rythme des livraisons de brut, créant un déséquilibre structurel qui fragilise l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.
## Des routes alternatives et des producteurs en renfort
Face à la menace qui pèse sur le détroit d'Ormuz, l'AIE identifie plusieurs "facteurs d'amortissement" qui permettent de limiter les risques de pénurie. En premier lieu, "les efforts majeurs de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis" pour acheminer leur pétrole par d'autres voies que ce passage stratégique constituent une réponse immédiate à la crise. Par ailleurs, l'accroissement des exportations d'autres producteurs — "en particulier les États-Unis, le Brésil, le Venezuela et le Kazakhstan" — contribue à diversifier les sources d'approvisionnement et à réduire la dépendance vis-à-vis du Golfe. Enfin, la Chine a "joué un rôle important dans la stabilisation des marchés en réduisant ses importations de pétrole brut de près de 50% par rapport à leur niveau d'avant-guerre", selon les observations de Fatih Birol. Cette contraction de la demande chinoise, conjuguée aux autres mesures d'atténuation, offre une respiration sur un marché sous tension.
## Des perspectives incertaines
La conjonction de ces éléments — libération massive des stocks stratégiques, déséquilibre entre brut et raffiné, diversification des routes et des sources d'approvisionnement — dessine un tableau complexe où coexistent facteurs de stabilisation et motifs d'inquiétude. Si les pays membres de l'AIE ont démontré leur capacité à mobiliser rapidement des réserves d'urgence, la dégradation continue de la situation dans le détroit d'Ormuz pourrait, selon l'agence, "accentuer les inquiétudes concernant la sécurité d'approvisionnement". Dans un contexte où la guerre au Moyen-Orient et les tensions géopolitiques persistent, la vigilance reste de mise pour les marchés pétroliers et, plus largement, pour l'équilibre énergétique mondial.