"Les partenariats seront au cœur de notre stratégie": comme il l'a fait avec le chinois Leapmotor, Stellantis compte s'allier avec d'autres industriels pour sortir de la crise

## L'essentiel Le constructeur automobile Stellantis, né de la fusion entre PSA et FCA, mise sur les partenariats pour relever les défis économiques auxquels il
L'essentiel
Le constructeur automobile Stellantis, né de la fusion entre PSA et FCA, mise sur les partenariats pour relever les défis économiques auxquels il est confronté. Dans une interview accordée lors du sommet "Future of the car 2026", organisé par le Financial Times à Londres, Antonio Filosa, directeur général du groupe, a souligné que les alliances stratégiques seraient au cœur de la feuille de route de l’entreprise. Cette annonce intervient alors que Stellantis s'apprête à dévoiler sa nouvelle stratégie le 21 mai prochain, après une année 2025 marquée par des pertes nettes s'élevant à 22,3 milliards d'euros, selon des données rapportées par BFM Business.
Filosa a précisé que Stellantis avait déjà commencé à expérimenter ces partenariats avec le constructeur chinois Leapmotor. L'accord récemment élargi avec Leapmotor concerne non seulement la distribution, mais également la production conjointe de véhicules en Europe. Cette coopération pourrait servir de modèle pour d'autres alliances avec des industriels chinois, un marché en forte croissance dans le secteur automobile. "Nous avons appris à connaître le pouvoir des partenariats", a déclaré Filosa, soulignant que ces collaborations seraient essentielles pour le développement futur du groupe.
L'idée est de travailler avec divers partenaires pour optimiser les technologies, améliorer la chaîne d'approvisionnement et maximiser les capacités de production, des thématiques qui revêtent une importance cruciale dans un contexte économique incertain. "Voici de très bons sujets sur lesquels travailler ensemble et créer des bénéfices mutuels", a-t-il ajouté. Cette approche collaborative pourrait non seulement aider Stellantis à surmonter ses difficultés financières, mais également à renforcer sa compétitivité sur le marché mondial.
Cette stratégie de diversification des partenaires industriels rappelle les efforts de l'UE pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement de médicaments critiques, un autre secteur confronté à des enjeux de souveraineté.
Stellantis se distingue par sa vaste production, sa présence mondiale et son large éventail de marques, ce qui en fait un acteur attractif pour des partenariats à long terme. Filosa a mentionné qu'il existe de nombreuses opportunités à explorer dans cet espace, une indication que le groupe pourrait envisager d'autres accords avec différents acteurs du secteur automobile, au-delà de Leapmotor. Les partenariats pourraient également permettre à Stellantis d’accélérer le développement de véhicules électriques et d'autres technologies innovantes, un domaine dans lequel les investissements sont cruciaux.
La stratégie de Stellantis repose sur l'idée que les collaborations peuvent offrir des solutions plus rapides et plus efficaces face aux défis industriels actuels. Le marché automobile est en pleine transformation, avec une pression croissante pour réduire les coûts et améliorer les technologies. Les partenariats peuvent également permettre une meilleure gestion des ressources et une réduction des risques. En effet, le secteur est confronté à des défis tels que la pénurie de semi-conducteurs et les fluctuations des matières premières, rendant les alliances stratégiques d'autant plus pertinentes.
Au-delà de l'optimisation des coûts, ces alliances peuvent également offrir un accès à de nouveaux marchés. En collaborant avec des entreprises établies en Asie, par exemple, Stellantis pourrait bénéficier d’une meilleure compréhension des préférences des consommateurs locaux et de l’environnement réglementaire. Ce type d'approche pourrait également faciliter l'entrée de Stellantis sur des marchés émergents, où une demande croissante pour des véhicules abordables et durables est observée.
En conclusion, la stratégie de Stellantis, qui met l'accent sur les partenariats, semble être une réponse pro-active aux défis économiques actuels. La capacité du groupe à forger des alliances fructueuses pourrait déterminer son avenir dans un secteur automobile en mutation rapide. Alors que le groupe se prépare à dévoiler sa stratégie le 21 mai, il est clair que la coopération avec d'autres industriels sera un élément clé pour naviguer dans les incertitudes du marché et maximiser son potentiel de croissance. Les yeux seront donc rivés sur les détails de cette nouvelle feuille de route, qui pourrait bien redéfinir la trajectoire de Stellantis dans les années à venir.
Contexte
La stratégie de partenariats dévoilée par Stellantis s'inscrit dans un paysage automobile européen en pleine recomposition. Depuis la fusion en 2021 entre le groupe PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel) et Fiat Chrysler Automobiles (Fiat, Chrysler, Jeep, Alfa Romeo, Maserati), le groupe doit composer avec un endettement hérité et une concurrence asiatique de plus en plus agressive. La perte nette de 22,3 milliards d'euros en 2025, bien que massive, doit être relativisée : elle inclut des dépréciations d'actifs et des provisions pour restructuration, sans que la trésorerie opérationnelle ne soit nécessairement compromise.
Le marché automobile chinois, premier marché mondial avec plus de 25 millions de véhicules vendus annuellement, est devenu un champ de bataille central. Les constructeurs locaux comme BYD, Geely ou Nio y ont conquis des parts de marché significatives, portés par une avance technologique dans l'électrification et des coûts de production inférieurs. L'Union européenne, de son côté, a imposé des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques chinois à partir d'octobre 2024, dans le cadre d'une enquête antisubventions. Cette mesure a poussé les constructeurs chinois à envisager une production locale en Europe, créant des opportunités de partenariat pour les groupes européens.
Le précédent de Leapmotor est éclairant : ce constructeur chinois, spécialisé dans les véhicules électriques abordables, a signé un accord avec Stellantis en octobre 2023 pour une coentreprise dédiée à l'exportation. L'extension récente de cet accord à la production conjointe en Europe illustre une tendance plus large : les alliances transfrontalières deviennent un instrument privilégié pour contourner les barrières douanières et mutualiser les investissements colossaux requis par la transition électrique.
Analyse
La stratégie de Stellantis soulève plusieurs interrogations quant à sa viabilité à long terme. D'un côté, les partenariats permettent effectivement de diluer les risques financiers et d'accélérer l'accès à des technologies matures. L'accord avec Leapmotor offre à Stellantis un accès à des plateformes électriques à bas coût, développées en Chine, sans avoir à investir des milliards dans la R&D interne. Cette approche pragmatique pourrait permettre au groupe de proposer des véhicules électriques à des prix compétitifs sur le segment d'entrée de gamme, où la demande européenne croît rapidement.
D'un autre côté, cette dépendance accrue envers des partenaires chinois expose Stellantis à des risques géopolitiques et réglementaires. Les tensions commerciales entre Bruxelles et Pékin pourraient s'intensifier, notamment si l'enquête antisubventions aboutit à des mesures plus restrictives. De plus, la cession de savoir-faire technologique à des concurrents potentiels constitue un pari risqué : plusieurs constructeurs occidentaux ont vu leurs partenaires asiatiques devenir des rivaux directs après avoir absorbé les technologies transférées.
La stratégie de diversification des alliances rappelle également les tentatives passées de Renault-Nissan, dont l'alliance a montré ses limites face aux divergences stratégiques entre partenaires. Stellantis, avec ses quatorze marques et sa présence sur tous les continents, pourrait rencontrer des difficultés similaires de coordination et de gouvernance. La question centrale reste celle du contrôle : dans quelle mesure Stellantis pourra-t-il préserver son autonomie stratégique tout en multipliant les accords de coopération ?
Implications
À court terme, l'annonce de Filosa pourrait rassurer les marchés financiers, qui scrutent la capacité de Stellantis à redresser ses comptes. Le 21 mai, lors de la présentation de la nouvelle stratégie, les investisseurs attendront des précisions sur les objectifs de réduction des coûts et les synergies attendues des partenariats. Un éventuel accord avec un autre constructeur chinois – BYD ou Great Wall Motors sont régulièrement cités – pourrait être perçu comme un signal positif, à condition que les termes soient jugés équilibrés.
À moyen terme, la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité de Stellantis à intégrer les technologies de ses partenaires sans perdre son identité industrielle. Les sites de production européens, notamment ceux d'Opel en Allemagne et de Peugeot en France, pourraient voir leur charge de travail modifiée si la production conjointe avec Leapmotor se concrétise. Les syndicats, déjà inquiets des plans de restructuration, surveilleront de près les annonces sur l'emploi.
Sur le plan concurrentiel, cette approche pourrait contraindre d'autres constructeurs européens à emboîter le pas. Renault explore déjà des partenariats avec des fournisseurs chinois de batteries, tandis que Volkswagen a noué des accords avec XPeng. Une généralisation de ces alliances modifierait profondément la structure du secteur, avec une possible concentration autour de quelques grands pôles industriels transnationaux.
Pour aller plus loin
Cette orientation de Stellantis pose des questions fondamentales sur la souveraineté industrielle européenne. Jusqu'où les constructeurs européens peuvent-ils s'allier avec des concurrents chinois sans compromettre leur indépendance technologique ? La réponse dépendra en partie de l'évolution du cadre réglementaire européen, notamment les futures règles sur les subventions et les transferts de technologies.
Il conviendra également de suivre l'évolution des relations entre Stellantis et ses partenaires historiques, comme le groupe allemand BMW, avec lequel il collabore déjà sur certaines technologies de batteries. La multiplication des alliances pourrait créer des conflits d'intérêts ou des situations de dépendance croisée difficiles à gérer.
Enfin, la question du modèle économique des véhicules électriques abordables reste ouverte : les partenariats permettront-ils de réduire suffisamment les coûts pour démocratiser la mobilité électrique, ou ne feront-ils que déplacer la valeur ajoutée vers les partenaires chinois ? Les prochains mois apporteront des éléments de réponse, alors que les premiers véhicules issus de la coopération Leapmotor-Stellantis devraient arriver sur le marché européen.