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"Les nouveaux médicaments sont beaucoup moins produits en France qu'avant": le directeur général de Sanofi appelle à "réagir pour redevenir une puissance" de l'industrie pharmaceutique

Economie · · Par Julie MOREAU

# Sanofi alerte sur le déclin de la production pharmaceutique française et réclame une stratégie de long terme La France n'est plus une terre d'accueil pour la

# Sanofi alerte sur le déclin de la production pharmaceutique française et réclame une stratégie de long terme La France n'est plus une terre d'accueil pour la production de nouveaux médicaments. Charles Wolf, directeur général de Sanofi, tire la sonnette d'alarme dans un entretien accordé à *La Tribune Dimanche*, estimant que le pays doit "réagir pour redevenir une puissance" de l'industrie pharmaceutique. Selon lui, la part des nouveaux médicaments produits sur le territoire national s'est considérablement réduite, tandis que l'Allemagne, les États-Unis et la Chine captent l'essentiel des investissements et des innovations. ## Un décrochage français face à l'Allemagne et aux géants mondiaux Les chiffres avancés par Charles Wolf sont sans appel. Parmi les nouveaux médicaments validés par l'Europe, "il n'y en a plus que 9% qui sont produits en France, contre 24% en Allemagne", déplore-t-il. Cette érosion traduit, selon le dirigeant, "une lente érosion de l'attractivité française", qui n'est plus en mesure de rivaliser avec ses voisins européens ni avec les grandes puissances économiques. Le constat est d'autant plus préoccupant que la concurrence internationale s'intensifie. "Les États-Unis siphonnent les investissements avec leur politique industrielle et sanitaire : ils ont attiré 400 milliards d'euros d'investissements l'an dernier", souligne Charles Wolf. De son côté, la Chine bénéficie d'"une stratégie de très long terme, appuyée sur la taille de son marché intérieur". Face à ces mastodontes, la France et l'Europe peinent à maintenir leur rang. ## Une politique du médicament jugée trop "tactique" Pour le directeur général de Sanofi, le problème est structurel. Il pointe du doigt "une politique du médicament trop tactique, fondée sur des achats annuels, alors que notre industrie est une industrie du temps long". Cette approche budgétaire à court terme dissuaderait les investisseurs et fragiliserait la filière dans son ensemble. Charles Wolf réclame ainsi une "stratégie pluriannuelle des produits de santé" afin de "sortir d'une politique uniquement budgétaire et annuelle". Selon lui, il est impératif de "donner de la visibilité, recréer des conditions d'accès au marché plus attractives, sur les délais comme sur les prix, et mieux prendre en compte l'innovation mais aussi la présence sur les territoires : R&D, emplois, sites de production". ## Sanofi sous pression américaine et tensions avec le gouvernement La situation est d'autant plus délicate que Sanofi lui-même a récemment cédé aux pressions de l'administration Trump. L'an passé, le groupe avait annoncé son intention d'investir "au moins 20 milliards de dollars" aux États-Unis, une décision qui avait suscité la colère du gouvernement français. Éric Lombard, alors ministre de l'Économie, avait dénoncé un "mauvais signal" pour l'attractivité du territoire national. Cet épisode illustre les tensions entre la nécessité pour les laboratoires français de rester compétitifs à l'échelle mondiale et la volonté des pouvoirs publics de préserver une souveraineté sanitaire nationale. Charles Wolf appelle aujourd'hui à un sursaut collectif, estimant que la France dispose encore d'atouts pour inverser la tendance, à condition d'adopter une vision stratégique de long terme. L'industrie pharmaceutique française, autrefois fleuron de l'économie nationale, se trouve à un tournant. Sans une réforme en profondeur des mécanismes de financement et d'attractivité, le risque est grand de voir le pays perdre définitivement son rang de puissance du médicament, au profit de concurrents mieux organisés et plus ambitieux.