Les militaires français s’inquiètent du «cavalier seul» de Berlin et de l’écart qui se creuse entre les deux pays

Les militaires français s’inquiètent du « cavalier seul » de Berlin et de l’écart qui se creuse entre les deux pays. Selon des informations rapportées par Le Fi
Les militaires français s’inquiètent du « cavalier seul » de Berlin et de l’écart qui se creuse entre les deux pays. Selon des informations rapportées par *Le Figaro*, le chef d’état-major des armées, le général Mandon, aurait exprimé des craintes quant à un risque de « décrochage » face à l’Allemagne, dont les efforts budgétaires en matière de défense s’accélèrent nettement. Cette inquiétude intervient alors que le dernier Conseil de défense franco-allemand, tenu vendredi 17 juillet, n’aurait pas suffi à harmoniser les stratégies de sécurité des deux nations.
## Un déséquilibre budgétaire croissant
Le décrochage évoqué par le général Mandon semblerait d’ores et déjà acté sur le plan financier. D’après les données relayées par le quotidien, le budget de défense allemand aurait bondi de 1,46 % du PIB en 2022 à 2,69 % prévus en 2026, tandis que celui de la France serait passé de 1,87 % à 2,22 % sur la même période. Cette trajectoire divergente illustrerait une réalité budgétaire où Berlin s’apprêterait à dépenser près du double de Paris pour ses armées. Les implications de ce fossé pourraient affecter l’équilibre des partenariats industriels et opérationnels au sein de l’Union européenne.
En effet, dès le lendemain de l’invasion russe en Ukraine en 2022, l’Allemagne aurait annoncé un « tournant historique », rompant avec son statut longtemps critiqué de « passager clandestin » de la défense européenne. Ce changement d’ère, baptisé le « Zeitenwende », se serait concrétisé par la création d’un fonds spécial de 100 milliards d’euros, destiné notamment à l’acquisition d’avions de chasse F-35. À Paris, des observateurs auraient alors souligné que « l’Allemagne a une armée à reconstruire », tout en reconnaissant que « nous avons tellement critiqué que nous ne pouvons pas ne pas nous réjouir ».
## Des divergences stratégiques persistantes
Par ailleurs, les tentatives de convergence affichées lors du Conseil de défense franco-allemand de juillet n’auraient pas dissipé les tensions sous-jacentes. Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz auraient cherché à aligner leurs discours sur les stratégies de sécurité, mais les réalités opérationnelles et capacitaires des deux pays continueraient de diverger. Le « cavalier seul » de Berlin, selon l’expression rapportée par *Le Figaro*, pourrait se traduire par des choix d’équipements et d’alliances distincts, notamment dans le domaine de la dissuasion ou des programmes d’armement coopératifs.
Toutefois, cette dynamique soulèverait des interrogations quant à la pérennité des projets communs franco-allemands, tels que le système de combat aérien du futur (SCAF) ou le char du futur (MGCS). Les écarts budgétaires et stratégiques pourraient, à terme, compliquer la mise en œuvre de ces programmes, dont la viabilité dépendrait d’une convergence étroite entre Paris et Berlin. Les prochains mois s’annonceraient décisifs pour évaluer si ces divergences resteront gérables ou si elles s’accentueront au détriment de la coopération bilatérale.
## Un équilibre européen en question
Au-delà du couple franco-allemand, c’est l’architecture de défense européenne qui pourrait être affectée par cette asymétrie. Une Allemagne militairement dominante pourrait redéfinir les rapports de force au sein de l’OTAN et de l’Union européenne, tandis qu’une France aux capacités budgétaires plus contraintes chercherait à préserver son rôle de puissance nucléaire et d’intervention rapide. Les implications de ce déséquilibre pourraient également influencer les débats sur l’autonomie stratégique européenne, un concept porté historiquement par Paris mais dont la mise en œuvre dépendrait désormais d’un partenaire allemand aux priorités potentiellement différentes.
Selon des sources proches du ministère des Armées, la question du « décrochage » ne serait pas uniquement financière, mais aussi technologique et industrielle. L’Allemagne, en investissant massivement dans des équipements de pointe comme les F-35, pourrait accentuer sa dépendance vis-à-vis des États-Unis, tandis que la France privilégierait une autonomie européenne dans le domaine de la défense. Ces choix contrastés pourraient, à moyen terme, redessiner la carte des alliances militaires en Europe, sans qu’un consensus clair ne se dégage pour l’instant.