Onyx Infos

Les frites seront plus petites dans les prochains mois: entre sécheresse, chaleur et surproduction, la récolte française de pommes de terre s'annonce très mauvaise en 2026

Economie · · Par Julie MOREAU

Les frites seront plus petites dans les prochains mois: entre sécheresse, chaleur et surproduction, la récolte française de pommes de terre s'annonce très mauvaise en 2026

La filière française de la pomme de terre s’apprête à vivre un exercice 2026 particulièrement difficile. Selon les dernières estimations du ministère de l’Agric

La filière française de la pomme de terre s’apprête à vivre un exercice 2026 particulièrement difficile. Selon les dernières estimations du ministère de l’Agriculture, la récolte de pommes de terre de consommation (hors primeurs et nouvelles) devrait atteindre 6,5 millions de tonnes, soit une chute de 21,5 % par rapport à l’année précédente. Ce repli marque un coup d’arrêt brutal après une décennie de croissance continue, où les volumes avaient quasiment doublé entre 1995 et 2025. ### Un recul historique lié à la surproduction de 2025 Cette dégringolade trouve son origine dans la crise de surproduction qui a frappé le secteur en 2025. Cette année-là, les producteurs avaient enregistré des récoltes record, entraînant une forte chute des prix sur les marchés de gros. Face à cette dégradation des revenus, bon nombre d’exploitants ont choisi de réduire la surface consacrée aux patates dans leurs champs. Les chiffres du ministère confirment cette tendance : 166 000 hectares ont été cultivés en 2026, soit une baisse de plus de 13 % d’une saison à l’autre. Cette réduction volontaire des emblavements, couplée à des conditions climatiques défavorables, explique l’essentiel de la baisse attendue des volumes. ### Sécheresse et chaleur : des facteurs climatiques aggravants Au-delà de la stratégie des producteurs, les conditions météorologiques ont également joué un rôle clé dans cette mauvaise récolte annoncée. Les épisodes de sécheresse et de chaleur, qui se sont multipliés au cours des derniers mois, ont pesé sur le développement des tubercules. Les sols secs ont limité la croissance des plants, tandis que les températures élevées ont réduit le calibre des pommes de terre. Les professionnels du secteur s’attendent ainsi à des frites plus petites dans les prochains mois, une conséquence directe de ces stress hydriques et thermiques. Les rendements à l’hectare devraient s’en trouver significativement affectés, même si les données définitives ne seront connues qu’à l’issue de la campagne de récolte. ### La concurrence chinoise bouscule le marché mondial des frites Parallèlement, la filière française doit composer avec une évolution structurelle de la demande internationale. Bertrand Ouillon, délégué général du Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre (GIPT), souligne que les industriels transformateurs, notamment belges, ont longtemps tiré la demande en pommes de terre françaises pour alimenter un marché mondial des frites en forte croissance. Cependant, de nouveaux concurrents ont émergé dans le paysage, dont la Chine, qui développe rapidement ses propres capacités de production et de transformation. Cette montée en puissance modifie les équilibres commerciaux et réduit les débouchés pour les producteurs hexagonaux, qui doivent désormais faire face à une pression concurrentielle accrue sur les marchés d’exportation. ### Des perspectives incertaines pour la filière Les conséquences de cette récolte en baisse devraient se faire sentir à plusieurs niveaux. D’un côté, les consommateurs pourraient observer une hausse des prix des produits transformés, comme les frites surgelées, en raison d’une offre plus restreinte. De l’autre, les producteurs, déjà fragilisés par la crise de surproduction de 2025, voient leurs marges se réduire encore davantage. Les organisations professionnelles appellent à une meilleure régulation des surfaces cultivées et à un accompagnement renforcé face aux aléas climatiques. La question de la compétitivité face à la concurrence asiatique reste également au cœur des préoccupations, alors que la France tente de préserver sa place parmi les premiers producteurs européens. L’année 2026 s’annonce donc comme un tournant pour une filière qui devra repenser son modèle pour retrouver un équilibre durable.