Les fabricants réclament de plus en plus d'acomptes et les délais de livraison s'allongent alors que la menace s'aggrave: le gouvernement suisse veut accélérer les investissements dans la défense aérienne

Le gouvernement suisse a annoncé mercredi vouloir accélérer ses investissements dans la défense aérienne, confronté à une « aggravation de la menace » et à des
Le gouvernement suisse a annoncé mercredi vouloir accélérer ses investissements dans la défense aérienne, confronté à une « aggravation de la menace » et à des délais de livraison d'armements de plus en plus longs. Berne sollicitera un crédit supplémentaire de 970 millions de francs (environ 1,03 milliard d'euros) pour garantir les acquisitions, alors que les fabricants exigent désormais des acomptes substantiels.
## Une menace jugée « hybride » et des capacités militaires insuffisantes
Dans un communiqué publié à l'issue d'une réunion ministérielle, l'exécutif fédéral estime que « les actions hybrides et les attaques à distance constituent les menaces les plus probables pour la Suisse ». Le gouvernement reconnaît dans le même temps que « l'armée ne dispose pas des moyens nécessaires pour assurer une protection suffisante du pays contre les menaces aériennes ». Ce constat intervient dans un contexte européen marqué par une recrudescence des tensions géopolitiques et une course aux armements généralisée, qui pèse directement sur les capacités d'approvisionnement des États.
La Suisse, traditionnellement neutre, doit néanmoins moderniser ses équipements. Le pays attend notamment la livraison d'avions de combat américains F-35A ainsi que le système de défense antiaérienne Patriot, également d'origine américaine. Ces programmes, déjà engagés, s'inscrivent dans une stratégie de renforcement de la protection de l'espace aérien helvétique, jugé prioritaire face à l'évolution des menaces.
## Des crédits d'engagement déjà conséquents pour 2026
Le gouvernement avait demandé en mars des crédits d'engagement à hauteur de 3,4 milliards de francs (3,6 milliards d'euros) pour le programme d'armement 2026. Ce montant, déjà significatif, devait permettre de financer une partie des équipements nécessaires à la modernisation des forces armées. Toutefois, l'exécutif estime désormais que ce budget ne suffit plus face à la détérioration de la situation sécuritaire et aux contraintes du marché international de l'armement.
Le crédit supplémentaire de 970 millions de francs sera soumis au Parlement. Il est spécifiquement destiné au versement d'acomptes pour deux volets de la défense sol-air : 250 millions de francs pour la défense de courte portée et 650 millions pour la défense de moyenne portée. Ces montants visent à sécuriser les commandes et à éviter que des acquisitions urgentes ne soient repoussées de plusieurs années.
## Un marché de l'armement saturé et des acomptes de plus en plus lourds
Le gouvernement suisse souligne la situation tendue sur le marché international de l'armement, caractérisée par une demande en forte hausse et des capacités de production « saturées pour plusieurs années ». Les délais de livraison s'allongent considérablement, et les fabricants imposent des conditions financières de plus en plus strictes. « En outre, les fabricants exigent de plus en plus souvent des acomptes substantiels. Sans ces derniers, des acquisitions urgentes pourraient être retardées de plusieurs années », fait valoir l'exécutif dans son communiqué.
Cette pression sur les finances publiques intervient alors que la Confédération envisage parallèlement une hausse de la TVA de 0,5 point de pourcentage pendant douze ans à partir de 2028. Cette mesure, destinée à financer l'effort de défense, illustre l'ampleur des besoins budgétaires liés à la sécurité nationale. Elle devra être validée par le peuple suisse, conformément aux mécanismes de démocratie directe en vigueur dans le pays.
## Un calendrier contraint pour la protection de l'espace aérien
L'accélération des investissements répond à une double contrainte : la dégradation du contexte sécuritaire européen et la nécessité de sécuriser des créneaux de production auprès des industriels. En versant des acomptes plus importants, la Suisse espère garantir ses places dans les chaînes de fabrication et obtenir des livraisons dans des délais acceptables. Le gouvernement insiste sur le fait que sans cette avance de trésorerie, les acquisitions pourraient être repoussées de plusieurs années, compromettant la capacité de l'armée à assurer une protection efficace du territoire.
Le dossier devra maintenant franchir l'étape parlementaire, où les discussions s'annoncent nourries. Les partis devront arbitrer entre l'urgence sécuritaire, les contraintes budgétaires et les attentes de la population en matière de finances publiques. La décision sur le crédit supplémentaire sera scrutée de près, tant elle conditionne le calendrier de livraison des équipements de défense aérienne.