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Les Experts : Retraites, transiter vers la capitalisation - 18/06

Economie · · Par Julie MOREAU

Les Experts : Retraites, transiter vers la capitalisation - 18/06

Retraites : le débat sur un passage à la capitalisation refait surface sur fond de croissance atone La perspective d’une transition du système de retraite par r

Retraites : le débat sur un passage à la capitalisation refait surface sur fond de croissance atone

La perspective d’une transition du système de retraite par répartition vers un modèle par capitalisation a été remise sur le tapis ce jeudi 18 juin, dans l’émission Les Experts de BFM Business. Alors que l’Insee venait de publier sa note de conjoncture, prévoyant une croissance limitée à 0,3 % au deuxième trimestre, les invités ont confronté les fragilités du système actuel aux promesses d’un modèle alternatif. Ce débat, récurrent mais longtemps resté théorique, pourrait gagner en actualité si les perspectives économiques venaient à se dégrader durablement.

Un contexte macroéconomique qui fragilise la répartition

La note de conjoncture de l’Insee, dévoilée le 18 juin, constitue le point de départ des échanges. Avec une croissance prévue de seulement 0,3 % pour le deuxième trimestre, le produit intérieur brut français peine à retrouver un rythme soutenu. Or, le système par répartition, qui fonctionne sur le principe de solidarité intergénérationnelle, est directement dépendant de la masse salariale et donc de la vigueur de l’activité économique. Un ralentissement prolongé, couplé au vieillissement démographique, pourrait creuser le déséquilibre entre cotisants et retraités.

Philippe Trainar, professeur honoraire au Cnam et membre du Cercle des Économistes, a souligné que la répartition repose sur un pari sur la croissance future. Si celle-ci s’avère inférieure aux anticipations, les promesses de pension deviennent difficiles à tenir. La capitalisation, elle, serait moins sensible aux aléas conjoncturels immédiats, car elle repose sur l’accumulation d’actifs financiers et leur rendement à long terme. Ce constat technique relance l’idée d’une diversification des sources de financement des retraites.

Les arguments des partisans de la capitalisation

Jean-Charles Simon, président de Propriété et Libertés, a plaidé pour une évolution du système, en insistant sur la nécessité de donner aux actifs une plus grande maîtrise de leur épargne retraite. Selon lui, un modèle mixte, combinant une base par répartition et un étage par capitalisation, offrirait une meilleure résilience face aux chocs économiques. Il a cité l’exemple de plusieurs pays nordiques, où les fonds de pension ont permis de maintenir des taux de remplacement élevés malgré le vieillissement.

Marlyn Vilardebo, présidente et fondatrice d’Origami&Co, a apporté une perspective entrepreneuriale. Elle a estimé que la capitalisation pourrait stimuler l’investissement productif en France, en orientant l’épargne des ménages vers les entreprises. Ce cercle vertueux, si les conditions de marché sont réunies, pourrait à la fois financer la croissance et sécuriser les pensions. Toutefois, elle a reconnu que ce modèle exige une éducation financière renforcée et une régulation stricte pour éviter les risques de krach ou de mauvaise gestion.

Les résistances et les risques d’une transition

Le débat n’a pas occulté les critiques. Le système par répartition, bien que fragilisé, bénéficie d’un large consensus social et politique en France. Une transition vers la capitalisation impliquerait des coûts de transition élevés, car il faudrait continuer à financer les pensions des retraités actuels tout en constituant des réserves pour les actifs. Philippe Trainar a rappelé que tout changement brutal pourrait creuser les inégalités, les ménages les plus modestes n’ayant pas la capacité d’épargner suffisamment pour compenser une baisse des pensions publiques.

Les intervenants ont également évoqué le risque de volatilité des marchés financiers, comme l’a illustré la crise de 2008 ou les fluctuations récentes. Un système trop exposé à la capitalisation pourrait amplifier les chocs en cas de krach boursier. La note de conjoncture de l’Insee, avec sa croissance atone, rappelle que l’environnement économique reste incertain, ce qui complique toute réforme structurelle.

Conclusion : un débat qui s’installe dans la durée

Ce jeudi 18 juin, l’émission Les Experts a montré que la question de la capitalisation n’est plus un tabou, même si elle reste polarisante. Les experts invités s’accordent sur un point : le système actuel, tributaire d’une croissance forte et d’une démographie favorable, montre ses limites. La transition, si elle devait avoir lieu, serait nécessairement progressive et accompagnée de garanties pour les plus vulnérables. Alors que la croissance française plafonne à 0,3 %, le débat sur l’avenir des retraites semble promis à un long cheminement, entre nécessité économique et prudence sociale.