Les Experts : Comment financer la dépendance ? - 20/05

Titre : Le financement de la dépendance, un casse-tête économique qui divise les experts Alors que la population française vieillit inexorablement, la question
Titre : Le financement de la dépendance, un casse-tête économique qui divise les experts
Alors que la population française vieillit inexorablement, la question du financement de la perte d’autonomie s’impose comme l’un des principaux défis budgétaires des prochaines décennies. Ce lundi 20 mai, sur le plateau de BFM Business, un plateau d’experts s’est penché sur l’équation complexe qui attend le prochain gouvernement : comment financer dignement la dépendance sans plomber les comptes publics ni étrangler les ménages ?
Le constat est chiffré et sans appel. Selon les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites (COR) et de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), le nombre de personnes âgées dépendantes pourrait atteindre 1,5 million d’ici 2030, contre environ 1,2 million aujourd’hui. Le coût total de la prise en charge, qui oscille actuellement autour de 30 milliards d’euros par an (incluant les aides publiques et les reste à charge des familles), pourrait bondir de 30 à 40 % à l’horizon 2040.
Sur le plateau, les avis divergent sur la méthode de financement. Un premier scénario, défendu par plusieurs économistes libéraux, consisterait à s’appuyer massivement sur le recours à l’assurance privée. L’idée serait d’inciter les actifs à souscrire des contrats dépendance via des avantages fiscaux, à l’image de ce qui se pratique aux États-Unis ou aux Pays-Bas. « Il faut responsabiliser les individus et sortir du tout-payeur-public », a argumenté l’un des intervenants, estimant que l’État n’a plus les marges de manœuvre budgétaires nécessaires.
Ce point de vue est toutefois contesté par d’autres experts, qui rappellent que le marché de l’assurance dépendance en France reste embryonnaire (moins de 10 % des plus de 60 ans seraient couverts, selon la Fédération française de l’assurance). Le risque de sélection adverse et de non-couverture des ménages les plus modestes est jugé élevé. « Le privé ne peut pas être la solution unique, car il exclura mécaniquement les bas revenus », a souligné un participant, plaidant pour un renforcement du cinquième risque de la Sécurité sociale.
La piste d’une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) ou d’un prélèvement spécifique sur les successions a également été évoquée. Selon une note de France Stratégie, un prélèvement de 0,3 point de CSG sur l’ensemble des revenus rapporterait environ 4 milliards d’euros par an, soit une partie significative des besoins estimés. Mais cette option, politiquement sensible, se heurte au contexte de forte pression fiscale.
Une troisième voie, plus innovante, a été discutée : l’utilisation d’une partie du patrimoine immobilier des seniors. L’idée serait de généraliser l’hypothèque inversée ou le viager, permettant aux personnes âgées de financer leur dépendance sans avoir à vendre leur logement. Toutefois, les experts ont nuancé l’enthousiasme : le dispositif reste marginal et son développement nécessiterait une profonde modification des comportements et du cadre réglementaire.
En l’absence de consensus, le débat renvoie à un choix de société fondamental : jusqu’où la collectivité est-elle prête à mutualiser le risque de la dépendance ? Alors que le gouvernement a promis une grande loi sur le grand âge sans cesse repoussée, les arbitrages budgétaires à venir s’annoncent douloureux. Les experts s’accordent sur un point : le statu quo n’est plus tenable.