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Les Européens pensaient que la pandémie les avait enterrées: considérées comme fiables et discrètes, les espèces demeurent le moyen de paiement le plus accepté dans les commerces de la zone euro (mais la carte est juste derrière)

Economie · · Par Julie MOREAU

Les Européens pensaient que la pandémie les avait enterrées: considérées comme fiables et discrètes, les espèces demeurent le moyen de paiement le plus accepté dans les commerces de la zone euro (mais la carte est juste derrière)

Les espèces signent un retour inattendu dans le paysage commercial de la zone euro. Selon les données publiées ce jeudi 13 août par la Banque centrale européenn

Les espèces signent un retour inattendu dans le paysage commercial de la zone euro. Selon les données publiées ce jeudi 13 août par la Banque centrale européenne (BCE), 92% des entreprises disposant d'un point de vente physique acceptaient les paiements en liquide en 2026, contre 90% en 2024. Ce chiffre marque un "redressement après le recul observé pendant et immédiatement après la pandémie", selon le communiqué de l'institution monétaire. Dans le même temps, le paiement par smartphone poursuit sa percée fulgurante, désormais accepté par plus des deux tiers des commerces. ### Une enquête menée auprès de 8.205 entreprises L'étude de la BCE a été réalisée entre février et avril 2026 auprès de 8.205 entreprises opérant dans les secteurs du commerce de détail, de la restauration, de l'hôtellerie et des loisirs, réparties dans les 21 pays de la zone euro. Les résultats confirment que "dans l'ensemble, les espèces demeurent le moyen de paiement le plus largement accepté dans la zone euro", comme le souligne l'institution. Ce constat contredit les pronostics émis au plus fort de la crise sanitaire, où de nombreux observateurs anticipaient une disparition progressive du cash au profit des solutions numériques. Plusieurs facteurs expliquent cette résilience. Les commerçants citent notamment la fiabilité et la discrétion des transactions en espèces, ainsi que leur universalité : aucun risque de panne technique, de fraude en ligne ou de dépendance à un opérateur de télécommunications. Pour une partie de la clientèle, notamment les personnes âgées ou les ménages non bancarisés, le liquide demeure également le seul moyen de paiement accessible. ### Les paiements mobiles doublent en deux ans Parallèlement, l'acceptation des paiements mobiles a connu une accélération spectaculaire. Le taux est passé de 36% des entreprises en 2024 à 68% en 2026, soit un quasi-doublement en l'espace de deux exercices. Cette progression rapide témoigne d'une adoption massive des solutions de paiement sans contact via smartphone, portée par la généralisation des technologies NFC et des portefeuilles électroniques. Les paiements par carte bancaire conservent, quant à eux, une position solide avec un taux d'acceptation stable à 88%. La carte demeure ainsi le deuxième moyen de paiement le plus répandu dans les commerces de la zone euro, talonnant de près les espèces. Cette hiérarchie pourrait toutefois évoluer dans les prochaines années, les tendances d'adoption des paiements mobiles suggérant une convergence rapide avec les solutions traditionnelles. ### Des commerçants partagés entre numérique et liquidités L'enquête révèle également des stratégies contrastées parmi les entreprises interrogées. Un quart d'entre elles indiquent avoir pris des mesures actives pour favoriser les paiements numériques, notamment en investissant dans des caisses permettant les transactions sans numéraire ou en réduisant le nombre de points d'acceptation des espèces. Par ailleurs, 13% des sociétés disposent désormais de caisses automatiques en libre-service, un équipement qui oriente naturellement les clients vers les solutions dématérialisées. Les entreprises justifient leurs choix de moyens de paiement principalement par trois critères : les préférences des consommateurs, la sécurité des transactions et la facilité de gestion au quotidien. Ces motivations expliquent la coexistence, au sein d'un même commerce, de plusieurs canaux d'encaissement, reflétant une clientèle aux habitudes hétérogènes. La BCE observe ainsi un paysage des paiements en mutation, où le cash conserve sa place centrale sans empêcher la progression rapide des alternatives numériques. Les prochaines éditions de cette enquête devraient permettre de mesurer si ce "redressement" des espèces constitue une tendance durable ou un simple contrecoup post-pandémique.