Les États-Unis devraient devenir dès cette année le premier fournisseur du continent devant la Norvège: comment Washington compte sur les Balkans pour exporter encore plus de gaz vers Europe

Les États-Unis s’apprêtent à devenir le premier fournisseur de gaz de l’Europe dès 2026, dépassant la Norvège, selon l’Institute for Energy Economics and Financ
Les États-Unis s’apprêtent à devenir le premier fournisseur de gaz de l’Europe dès 2026, dépassant la Norvège, selon l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA). Dans ce contexte de recomposition énergétique post-invasion de l’Ukraine, Washington mise sur un maillon stratégique : le terminal méthanier de l’île de Krk, en Croatie, pour irriguer l’Europe du Sud-Est et centrale. Un pari industriel et géopolitique qui transforme ce petit pays de moins de 4 millions d’habitants en plaque tournante du gaz naturel liquéfié (GNL) américain.
### Le gaz américain, nouveau pilier énergétique européen
Depuis le début de la guerre en Ukraine il y a plus de quatre ans, l’Union européenne a massivement recours au GNL pour tenter de remplacer le gaz russe, qui ne représente plus que 12 % de ses approvisionnements. Bruxelles s’est fixé un objectif clair : se passer totalement du gaz de Moscou d’ici fin 2027. Cette échéance impose une accélération brutale des importations alternatives, et les États-Unis en sont les premiers bénéficiaires. Selon l’IEEFA, Washington devrait ainsi ravir à la Norvège la place de principal fournisseur du continent dès cette année. Une dynamique qui repose sur des volumes croissants de GNL transportés par bateau, mais aussi sur une infrastructure de regazéification en pleine expansion. Le gaz reste en effet indispensable à l’industrie et au chauffage urbain : environ 30 % des ménages européens sont chauffés au gaz, rappellent les données du secteur.
### Krk, la porte d’entrée croate vers le sud du continent
Au cœur de cette stratégie, la Croatie a considérablement renforcé son terminal méthanier flottant d’Omisalj, situé sur l’île de Krk. Sa capacité maximale est passée de 3,9 milliards de mètres cubes par an à 6,1 milliards, et l’ensemble de cette capacité est déjà réservé jusqu’en 2036, précise le directeur général de LNG Croatia, Ivan Fugas. Le pays reçoit le gaz liquéfié directement par bateau, le regazéifie sur place, puis l’exporte vers les réseaux européens. Avant 2021, la Croatie dépendait de Moscou et se trouvait en bout de chaîne d’approvisionnement, comme le souligne Ivan Fugas. Désormais, avec Krk, « l’UE s’est dotée d’un point d’entrée supplémentaire pour le gaz naturel », un atout logistique et politique de premier plan.
### Washington affiche ses ambitions dans les Balkans
Le terminal croate intéresse directement Washington, qui ne fait pas mystère de ses ambitions énergétiques dans les Balkans et au-delà. Pour les experts, Krk constitue une porte d’entrée idéale vers l’Europe du Sud-Est et l’Europe centrale, des régions historiquement dépendantes du gaz russe et aujourd’hui en quête de diversification. En investissant dans ce corridor, les États-Unis consolident leur influence économique et stratégique sur le continent, tout en offrant à leurs producteurs de GNL des débouchés stables et de long terme. Le contrat de réservation jusqu’en 2036 témoigne de cette confiance mutuelle. Pour l’UE, l’enjeu est double : sécuriser ses approvisionnements tout en accélérant sa transition hors du gaz russe, un défi industriel et diplomatique qui se joue désormais en Méditerranée et en Adriatique.
Cette montée en puissance du gaz américain via la Croatie illustre la recomposition profonde des équilibres énergétiques européens. La dépendance à Moscou laisse place à une interdépendance transatlantique, dont le terminal de Krk devient l’un des symboles les plus concrets. Reste à savoir si cette infrastructure, aujourd’hui saturée, sera suffisante pour répondre à la demande croissante des pays d’Europe centrale et du Sud-Est, qui cherchent à sécuriser leur avenir énergétique à long terme.