Les enseignants français sont-ils vraiment moins bien payés que les Portugais et les Slovènes, comme l’affirme Raphaël Glucksmann ?

La déclaration de Raphaël Glucksmann, eurodéputé et chef de file de Place publique, annonçant sa candidature à l’élection présidentielle dimanche soir sur le pl
La déclaration de Raphaël Glucksmann, eurodéputé et chef de file de Place publique, annonçant sa candidature à l’élection présidentielle dimanche soir sur le plateau du « 20 Heures » de TF1, a placé la question du pouvoir d’achat des enseignants au centre du débat politique. L’élu social-démocrate a affirmé qu’un enseignant français du primaire gagnerait moins que son homologue slovène ou portugais en valeur absolue, malgré un coût de la vie jugé « infiniment plus grand » en France. Une assertion qui, selon une analyse du Figaro publiée le 24 août 2026, mérite d’être examinée à l’aune des statistiques européennes disponibles.
### Une comparaison qui interpelle
D’après les informations rapportées par Le Figaro, Raphaël Glucksmann a justifié cette sortie par une « obsession » : « que les travailleurs français vivent mieux de leur travail ». Le contexte de cette déclaration, empreinte d’une émotion assumée — « ça me retourne les tripes de voir l’état de l’école publique aujourd’hui » —, vise à marquer les esprits sur le déclassement perçu du système éducatif hexagonal. Cependant, les données chiffrées issues des enquêtes internationales sur les rémunérations enseignantes nuancent considérablement ce constat. Les salaires statutaires, souvent comparés en valeur absolue, ne tiennent pas compte des primes, des indemnités de résidence ni des cotisations sociales qui varient fortement d’un pays à l’autre.
### Des écarts salariaux à relativiser
Selon les statistiques de l’OCDE, que Le Figaro cite dans son article de vérification, les salaires des enseignants français du premier degré en début de carrière se situeraient dans la moyenne européenne, avec un traitement indiciaire brut annuel d’environ 30 000 euros. En comparaison, les données pour le Portugal et la Slovénie feraient état de rémunérations de base légèrement inférieures ou équivalentes, avant ajustement du coût de la vie. En effet, le pouvoir d’achat réel, calculé en parité de pouvoir d’achat (PPA), placerait la France dans une position plus favorable que celle évoquée par l’eurodéputé. Toutefois, ces moyennes masquent des disparités importantes en fin de carrière, où les enseignants français, souvent bloqués à des échelons intermédiaires, pourraient accuser un retard face à leurs homologues portugais ou slovènes, dont les grilles salariales prévoient des progressions plus rapides.
### La question du coût de la vie en suspens
L’argument du coût de la vie avancé par Raphaël Glucksmann repose sur une réalité indéniable : les prix à la consommation dans les grandes métropoles françaises, notamment à Paris, dépassent largement ceux de Lisbonne ou de Ljubljana. Cependant, les comparaisons en valeur absolue, sans prise en compte des loyers, des transports ou des services publics, peuvent aboutir à des conclusions biaisées. Selon des sources gouvernementales européennes, les enseignants français bénéficient également d’une protection sociale plus généreuse, ce qui réduit les dépenses contraintes en santé ou en éducation pour leurs enfants. Ainsi, la perception d’un déclassement pourrait reposer davantage sur une érosion du pouvoir d’achat ressentie sur le terrain — notamment via le gel du point d’indice pendant plusieurs années — que sur une réalité statistique brute.
### Des implications politiques immédiates
Cette prise de position de Raphaël Glucksmann s’inscrit dans une stratégie électorale visant à capter un électorat sensible aux questions sociales et éducatives. En pointant du doigt les enseignants, il touche à un symbole fort du service public français, tout en proposant implicitement une revalorisation salariale. Les syndicats enseignants, qui n’ont pas réagi officiellement à cette déclaration selon Le Figaro, pourraient néanmoins y voir une opportunité de relancer leurs revendications auprès du gouvernement. Par ailleurs, cette sortie intervient dans un contexte budgétaire contraint, où toute promesse de hausse des traitements devra être confrontée à la réalité des finances publiques.
### Une vérification nécessaire avant tout procès
En définitive, la comparaison entre les salaires des enseignants français, portugais et slovènes ne peut être réduite à une simple question de chiffres bruts. Les données disponibles, notamment celles de l’OCDE, indiquent que la France se situe dans une zone médiane, avec des écarts qui se resserrent ou se creusent selon les étapes de carrière et les critères retenus. Il semblerait que l’affirmation de Raphaël Glucksmann, si elle a le mérite de relancer le débat sur la condition enseignante, repose sur une sélection de données partielles. Alors que la campagne présidentielle s’ouvre, ce sujet devrait rester au premier plan des discussions, d’autant plus que les comparaisons internationales continueront d’alimenter les arguments des différents candidats.