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« Les destructions ne sont plus la conséquence de la guerre, elles en deviennent l’objectif principal » : au Liban, le patrimoine en état de siège

Une · · Par Claire BERNARD

« Les destructions ne sont plus la conséquence de la guerre, elles en deviennent l’objectif principal » : au Liban, le patrimoine en état de siège

# « Les destructions ne sont plus la conséquence de la guerre, elles en deviennent l’objectif principal » : au Liban, le patrimoine en état de siège Depuis le d

# « Les destructions ne sont plus la conséquence de la guerre, elles en deviennent l’objectif principal » : au Liban, le patrimoine en état de siège Depuis le déclenchement du conflit entre Israël et le Hezbollah à l'automne 2023, les sites archéologiques, lieux de culte, villages et monuments historiques du Sud-Liban subissent des destructions massives. Selon un reportage de Muriel Rozelier, publié par *Le Figaro* le 10 juin 2026, ces dommages ne seraient plus de simples conséquences collatérales des combats, mais pourraient constituer un objectif stratégique délibéré. ## Une mémoire anéantie sous les bombes Sur son écran, Joanna Farchakh-Bajjaly, archéologue et présidente de l'association libanaise Biladi, spécialisée dans la sauvegarde du patrimoine, tente de retrouver des lieux qui n'existent plus. Elle compare les dernières images satellite du Liban-Sud à des photographies d'archives fournies par des habitants déplacés. Les bombardements ont à ce point transformé le paysage qu'il est parfois devenu impossible de s'y repérer, rapportent des sources locales. Pour identifier ce qui reste, elle téléphone à ceux qu'elle appelle des « érudits » — ces vieux villageois, derniers témoins d'une région foudroyée. Elle leur demande, par exemple, quel « amas de gravats » correspond au sanctuaire romain qui, il y a trois mois encore, se dressait là. Mais même les anciens, rapporte-t-elle, n'y parviennent pas. Ils fouillent alors leur portable, ouvrent d'anciennes photographies, tentant de reconstituer une géographie disparue. ## Une stratégie de destruction ciblée Selon des spécialistes interrogés par *Le Figaro*, la destruction systématique du patrimoine libanais ne serait pas accidentelle. « Les destructions ne sont plus la conséquence de la guerre, elles en deviennent l'objectif principal », affirment-ils, citant des sites historiques volontairement visés par les frappes. Cette analyse, partagée par plusieurs archéologues et historiens, suggère une volonté d'effacer la mémoire des lieux et des communautés qui y vivent. La région du Sud-Liban, riche en vestiges antiques — notamment romains, byzantins et ottomans —, aurait perdu une part significative de son patrimoine bâti. Des villages entiers, des sanctuaires, des mosquées et des églises auraient été réduits à l'état de gravats. Pour Joanna Farchakh-Bajjaly, c'est aussi la transmission intergénérationnelle qui est menacée : sans repères physiques, les récits oraux eux-mêmes risquent de s'effacer. ## Des conséquences au-delà du conflit Au-delà des pertes humaines et matérielles, cette destruction du patrimoine soulève des questions juridiques et éthiques. Selon le droit international humanitaire, les biens culturels bénéficient d'une protection spécifique, notamment en vertu de la Convention de La Haye de 1954. Le fait de les cibler délibérément pourrait constituer un crime de guerre, rappellent des experts juridiques cités par le reportage. Pour l'instant, aucune enquête internationale indépendante n'a été ouverte sur ces destructions. Mais des organisations comme Biladi, en collaboration avec des institutions étrangères, documentent méthodiquement les dégâts, photographies satellite à l'appui. L'objectif, à terme, serait de constituer un dossier permettant d'engager des poursuites, une fois le conflit terminé. ## Une reconstruction hypothétique La reconstruction du patrimoine libanais, si elle est un jour envisagée, s'annonce complexe. Outre les défis financiers et logistiques, il faudrait retrouver des artisans capables de restaurer des techniques ancestrales, et surtout, reconstituer une mémoire collective fragmentée. Pour les habitants déplacés, le retour chez eux, lorsqu'il sera possible, pourrait ressembler à une découverte archéologique de leur propre passé. Alors que le conflit se poursuit, la question du patrimoine libanais reste largement absente des négociations diplomatiques. Pourtant, pour les spécialistes, c'est bien l'identité même du pays qui est en jeu. Entre vestiges romains et villages ottomans, c'est toute la stratification historique du Liban qui pourrait disparaître, emportant avec elle la diversité culturelle qui faisait sa richesse.