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Les datacenters pourraient absorber 20% de la consommation électrique américaine d'ici 2035 à cause de l'IA (contre à peine 6% aujourd'hui)

Economie · · Par Julie MOREAU

Les datacenters pourraient absorber 20% de la consommation électrique américaine d'ici 2035 à cause de l'IA (contre à peine 6% aujourd'hui)

L’appétit énergétique des datacenters américains pourrait tripler d’ici 2035, porté par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle. Selon une étude prospe

L’appétit énergétique des datacenters américains pourrait tripler d’ici 2035, porté par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle. Selon une étude prospective de BloombergNEF publiée ce mardi 21 juillet, ces infrastructures pourraient absorber jusqu’à 20 % de la consommation électrique totale des États-Unis, contre 5,9 % aujourd’hui. Cette projection, qui repose sur la croissance exponentielle des besoins en puissance de calcul, interroge la capacité du réseau électrique américain à soutenir une telle demande, tandis que la résistance citoyenne et réglementaire s’organise dans plusieurs États.

Un bond de la consommation électrique sans précédent

Les analystes de BloombergNEF, le service de recherche dédié à la transition énergétique de l’agence de presse, estiment que la consommation des datacenters passera de 47 gigawatts par an en 2025 à 194 gigawatts d’ici 2035. Pour donner un ordre de grandeur, un gigawatt équivaut à la capacité d’un réacteur nucléaire classique. Cette multiplication par quatre de la demande énergétique serait principalement tirée par le déploiement massif de logiciels d’intelligence artificielle, dont les besoins en calcul sont exponentiels. La part de l’électricité américaine dédiée à ces centres de données passerait ainsi de 5,9 % à 20 % en une décennie, soit un triplement de leur empreinte énergétique.

Cette projection, si elle se vérifiait, représenterait un défi colossal pour les infrastructures électriques du pays. Les réseaux régionaux, déjà sous pression dans certaines zones comme la Virginie du Nord ou la Californie, devraient être massivement renforcés pour éviter des goulets d’étranglement. Les experts de BloombergNEF soulignent que cette croissance pourrait également modifier en profondeur la structure du marché de l’électricité, avec une demande industrielle qui concurrencerait directement les usages résidentiels et tertiaires.

Les géants de la tech accélèrent leurs investissements

Face à cette perspective, les grandes entreprises du secteur ne restent pas les bras croisés. Microsoft s’est associé à l’énergéticien Constellation Energy pour réactiver un réacteur de la centrale nucléaire de Three Mile Island, en Pennsylvanie, un site tristement célèbre pour l’accident de 1979. Cette décision illustre la recherche de solutions bas-carbone pour alimenter des datacenters toujours plus gourmands. De son côté, OpenAI a lancé le projet Stargate, un investissement pharaonique de 500 milliards de dollars, qui s’appuiera sur un mix énergétique comprenant des centrales à gaz et du nucléaire. Meta, quant à lui, construit un campus géant en Louisiane, également alimenté par des structures gazières.

Ces projets, bien que stratégiques pour la compétitivité américaine dans l’IA, soulèvent des questions environnementales majeures. Selon leurs derniers rapports annuels, les émissions de gaz à effet de serre de Microsoft ont bondi, illustrant le paradoxe d’une industrie qui promet des gains d’efficacité mais dont l’empreinte carbone explose. La course à l’intelligence artificielle pourrait ainsi compromettre les engagements climatiques des géants de la tech, qui s’étaient pourtant fixé des objectifs de neutralité carbone d’ici 2030.

Une résistance citoyenne et réglementaire qui s’organise

Cette explosion de la demande énergétique ne passe pas inaperçue auprès des populations locales et des autorités. Dans plusieurs États, des mouvements de résistance citoyenne se structurent pour s’opposer à l’implantation de nouveaux datacenters, jugés trop consommateurs d’eau et d’électricité. En Virginie, épicentre mondial du secteur, des associations dénoncent la pression exercée sur le réseau électrique et les ressources en eau nécessaires au refroidissement des serveurs. Des recours juridiques ont été déposés pour bloquer certains projets, tandis que des élus locaux réclament une meilleure régulation.

Au niveau fédéral, le débat commence à émerger. La Federal Energy Regulatory Commission (FERC) pourrait être amenée à revoir ses règles pour intégrer ces nouvelles contraintes. Certains experts plaident pour une taxation des datacenters en fonction de leur consommation, afin d’inciter à une meilleure efficacité énergétique. D’autres proposent de conditionner les autorisations de construction à l’utilisation d’énergies renouvelables ou de technologies de refroidissement moins gourmandes. L’enjeu est de taille : concilier la course à l’innovation dans l’IA avec les objectifs climatiques du pays.

Un avenir énergétique sous tension

Les projections de BloombergNEF dessinent un horizon où l’électricité deviendrait une ressource stratégique aussi disputée que les données elles-mêmes. Si la part des datacenters dans la consommation américaine atteignait 20 % d’ici 2035, cela signifierait qu’un cinquième de l’électricité produite dans le pays serait dédié à des infrastructures de calcul, au détriment d’autres secteurs. Les investissements massifs annoncés par Microsoft, OpenAI et Meta montrent que l’industrie anticipe déjà cette réalité, mais les solutions énergétiques restent incertaines.

Le scénario d’une pénurie électrique régionale n’est pas à exclure, surtout si les délais de construction de nouvelles centrales ne suivent pas le rythme effréné de la demande. La réactivation de Three Mile Island, si elle est emblématique, ne suffira pas à combler le gouffre énergétique. Le débat public autour de l’impact climatique de l’IA ne fait que commencer, et il pourrait bien redéfinir les priorités énergétiques des États-Unis pour les décennies à venir.