Les AOP Comté, Morbier, Mont d’Or et Bleu de Gex autorisées à assouplir leurs règles devant la sécheresse

## Quatre AOP fromagères de Franche-Comté obtiennent un assouplissement temporaire face à la sécheresse Le ministère de l’Agriculture a accédé à la demande des
## Quatre AOP fromagères de Franche-Comté obtiennent un assouplissement temporaire face à la sécheresse
Le ministère de l’Agriculture a accédé à la demande des quatre filières fromagères d’appellation d’origine protégée (AOP) de Franche-Comté — Comté, Morbier, Mont d’Or et Bleu de Gex — en autorisant un assouplissement de leurs cahiers des charges. Publié au Journal officiel le 7 octobre, l’arrêté prend effet avec un caractère rétroactif au 1er août 2026 et court jusqu’au 31 mai 2027. Cette décision intervient après une sécheresse qualifiée d’inédite durant l’été, qui a privé les exploitations d’herbe dans les pâturages et contraint les éleveurs à puiser dès juillet dans leurs réserves fourragères destinées à l’hiver.
## Un assouplissement ciblé sur l’alimentation des génisses
Le texte modifie en profondeur les règles encadrant le nourrissage des vaches laitières, et plus spécifiquement des génisses. Jusqu’ici, ces dernières ne pouvaient recevoir que des fourrages issus de l’aire géographique de l’AOP concernée. L’arrêté introduit désormais une tolérance permettant l’importation de fourrages extérieurs à cette zone, dans une limite de 20 % de la ration. Cette ouverture marque un écart significatif par rapport aux usages antérieurs : le Comté bénéficiait d’une tolérance de 5 %, tandis que le Morbier et le Bleu de Gex appliquaient une règle stricte de 0 %.
Ce dispositif vise à compenser la raréfaction des ressources locales. Selon les éléments rapportés par BFM Business, les producteurs avaient alerté sur l’absence d’herbe et sur la nécessité d’entamer leurs stocks hivernaux dès le mois de juillet, une situation qui menaçait directement la capacité des exploitations à maintenir leurs volumes de production sous contrainte de certification.
## Des plafonds d’apports complémentaires revus à la hausse
L’arrêté prévoit également une révision des apports dits « complémentaires » — céréales, farine — distribués aux génisses. Ces apports, mesurés en Unités gros bétail (UGB), une unité de référence permettant de comparer des animaux d’âges différents, passent de 500 kg à 1 500 kg par unité sur une base annuelle. Cette mesure représente un triplement du plafond autorisé, une ampleur qui témoigne de la pression exercée par les aléas climatiques sur les systèmes d’élevage franc-comtois.
Les quatre AOP concernées figurent parmi les fleurons de la production fromagère française, tant sur le plan économique que patrimonial. Le Comté, premier fromage AOP de France en volume, structure une filière comptant plusieurs milliers d’exploitations. Le Morbier, le Mont d’Or et le Bleu de Gex, plus confidentiels, reposent sur des cahiers des charges tout aussi exigeants et participent à l’identité fromagère du massif du Jura.
## Un précédent qui interroge l’équilibre entre tradition et résilience
La décision ministérielle soulève une question de fond pour le modèle des appellations d’origine protégée : comment concilier la préservation de règles strictes, garanties d’un terroir et d’un savoir-faire, avec la nécessité d’adapter les exploitations à des épisodes climatiques de plus en plus fréquents ? Le caractère rétroactif de l’arrêté suggère que les difficultés ont été identifiées dès la fin de l’été, mais que la réponse réglementaire a nécessité plusieurs semaines de concertation entre les interprofessions, l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) et le ministère.
La durée retenue — jusqu’au 31 mai 2027 — laisse aux filières le temps d’absorber le choc sans remettre en cause durablement les fondements de leurs AOP. Reste à savoir si ce type de dérogation temporaire deviendra un outil récurrent de gestion des crises climatiques, ou s’il demeure une exception circonstancielle. Les prochaines saisons estivales apporteront un début de réponse.