Les 10 ans de la Région Hauts-de-France: qu’a perdu Amiens, ex-capitale picarde ? - Courrier picard

## L'essentiel Le 1er janvier 2016, la région Picardie fusionne avec le Nord-Pas-de-Calais pour former la région Hauts-de-France, un bouleversement qui a eu des
L'essentiel
Le 1er janvier 2016, la région Picardie fusionne avec le Nord-Pas-de-Calais pour former la région Hauts-de-France, un bouleversement qui a eu des répercussions notables sur l'ensemble du territoire. À l'occasion des dix ans de cette réforme régionale, la question de la place d'Amiens, ancienne capitale de la Picardie, dans cette nouvelle configuration administrative mérite d'être posée. D'après un article publié par le Courrier Picard, la ville aurait connu des pertes significatives tant sur le plan institutionnel qu'économique.
Si Amiens perd en influence politique, elle conserve un dynamisme sportif, comme en témoigne son parcours en Coupe de France, qui maintient la ville sous les projecteurs régionaux.
l'évolution récente du dossier régional a confirmé la pertinence de ce sujet, en démontrant les impacts variés de la fusion des régions sur l'identité et le développement local d'une ville comme Amiens.
En effet, la fusion des régions a entraîné un changement de la dynamique politique et économique. Amiens, qui était le centre névralgique de la Picardie, a vu son statut affaibli au profit de Lille, qui s'est affirmée comme la métropole dominante des Hauts-de-France. Selon des experts, cette évolution pourrait avoir des conséquences sur le développement local, notamment en matière d'attractivité et de financement des projets. Des sources gouvernementales rapportent que la répartition des ressources entre les différentes villes de la région a également été modifiée, ce qui pourrait désavantager Amiens dans la compétition pour des investissements.
Par ailleurs, des élus locaux affirment que la centralisation des décisions à Lille a pu entraîner une certaine déshérence pour les territoires plus ruraux et moins densément peuplés, comme la Somme. Selon une étude de l'INSEE, la population d'Amiens a légèrement diminué ces dernières années, passant de 134 000 habitants en 2016 à environ 130 000 en 2021. Cette tendance pourrait être accentuée par la perception d'un éloignement des centres de décision régionaux, ce qui pourrait dissuader de nouveaux résidents ou entreprises de s'installer dans la ville.
De plus, Amiens a également perdu certaines institutions clés. Avant la fusion, la ville abritait plusieurs services de l'État et des établissements publics, dont certains ont été transférés vers d'autres villes de la région, notamment Lille. Cela pourrait également contribuer à une perte d'emplois et à une diminution de l'engagement institutionnel dans des projets locaux. Selon des informations du Courrier Picard, les élus amiénois tentent de redynamiser la ville en mettant l'accent sur des projets d'infrastructures et de développement économique, mais ils se heurtent souvent à des contraintes budgétaires.
Cependant, la ville d'Amiens ne se résume pas à ces pertes. Elle bénéficie également de ses atouts, comme sa situation géographique au carrefour de plusieurs axes de transport. De plus, des initiatives locales, telles que le développement de la métropole amiénoise, pourraient contribuer à renforcer son attractivité. Un rapport du Conseil régional des Hauts-de-France fait état de projets en cours visant à revitaliser le centre-ville et à promouvoir l'innovation et la culture, des éléments susceptibles d'attirer une population plus jeune.
En somme, si Amiens semble avoir perdu en statut et en ressources depuis la création des Hauts-de-France, la ville pourrait néanmoins tirer parti de ses atouts et de ses initiatives locales pour se repositionner. Les enjeux de cette transformation régionale restent complexes et méritent une attention particulière, tant pour les élus locaux que pour les habitants. Les dix prochaines années pourraient donc être décisives pour l'avenir d'Amiens dans le cadre de cette nouvelle région.
Contexte
La réforme territoriale de 2014, portée par le gouvernement de Manuel Valls sous la présidence de François Hollande, visait à réduire le nombre de régions métropolitaines de vingt-deux à treize, dans l'objectif affiché de rationaliser l'action publique et de renforcer la compétitivité des territoires. La fusion de la Picardie avec le Nord-Pas-de-Calais, officialisée le 1er janvier 2016, a donné naissance aux Hauts-de-France, une entité de plus de six millions d'habitants dont le poids démographique et économique repose largement sur la métropole lilloise.
Cette décision n'a pas été sans susciter des débats. Dès l'annonce du projet, des voix picardes, notamment parmi les élus locaux et les acteurs économiques, s'étaient élevées pour dénoncer un risque d'absorption par le Nord, région plus peuplée et mieux dotée en infrastructures. Amiens, préfecture de la Somme et capitale historique de la Picardie, incarnait alors un pôle administratif et universitaire de taille moyenne, structurant un vaste bassin rural. Lille, de son côté, forte de son statut de métropole européenne et de son réseau de transports, s'imposait comme le centre naturel de la nouvelle région.
Le choix du nom "Hauts-de-France", finalement retenu après une consultation populaire et des débats parlementaires, a lui-même cristallisé les tensions identitaires. Les Picards y ont vu un effacement de leur référence historique, tandis que les Nordistes regrettaient la disparition du nom "Nord-Pas-de-Calais". Ce compromis toponymique n'a pas entièrement apaisé les craintes d'une marginalisation des territoires méridionaux de la région, dont Amiens constitue la ville la plus importante.
Analyse
Le cas d'Amiens dans les Hauts-de-France illustre un phénomène bien connu des géographes et des politistes : la recomposition des hiérarchies urbaines à la faveur des redécoupages administratifs. En devenant l'une des villes moyennes d'une grande région, l'ancienne capitale picarde a perdu la centralité politique et décisionnelle qui était la sienne, sans pour autant voir son poids démographique ou économique s'effondrer. La perte d'influence est avant tout relative, et se mesure à l'aune du renforcement de Lille.
Plusieurs lectures de cette évolution sont possibles. D'un côté, on peut y voir une conséquence logique de la rationalisation territoriale : concentrer les services régionaux et les investissements dans une métropole forte permettrait de gagner en efficacité et en visibilité sur la scène européenne. De l'autre, cette logique métropolitaine pourrait accentuer les disparités intra-régionales, en privant des territoires intermédiaires de leviers de développement autonomes. La baisse démographique observée à Amiens, bien que modeste, pourrait constituer un signal d'alerte.
Par ailleurs, la situation amiénoise n'est pas unique. D'autres anciennes capitales régionales, comme Châlons-en-Champagne (fusionnée dans le Grand Est) ou Moulins (dans l'Auvergne-Rhône-Alpes), ont connu des dynamiques comparables. La question de la répartition des ressources et de la gouvernance à plusieurs échelons reste un enjeu central des politiques d'aménagement du territoire en France, où la tension entre efficacité métropolitaine et équité territoriale n'a jamais été résolue.
Implications
À court terme, la perte d'institutionnalité d'Amiens se traduit par une difficulté accrue à peser dans les arbitrages régionaux. Les décisions concernant les grands investissements (transports, enseignement supérieur, culture) se prennent désormais à Lille, où les élus amiénois doivent négocier sans disposer du même poids politique que leurs homologues nordistes. Les contraintes budgétaires évoquées par les élus locaux pourraient limiter la capacité de la ville à lancer des projets d'envergure par ses propres moyens.
À moyen terme, plusieurs scénarios se dessinent. Le premier, pessimiste, verrait Amiens continuer de perdre des habitants et des emplois publics, se transformant progressivement en ville-dortoir ou en satellite de Lille, à l'instar de ce que certaines villes de la couronne parisienne ont connu. Le second, plus optimiste, miserait sur les atouts propres de la ville : sa situation géographique sur l'axe Paris-Londres, son patrimoine architectural (la cathédrale Notre-Dame, les hortillonnages), et son tissu universitaire. Des projets de revitalisation du centre-ville et de développement de la métropole amiénoise pourraient, s'ils sont menés à bien, inverser la tendance.
Le rôle de l'État et de la région sera déterminant. Une politique volontariste de déconcentration des services ou de soutien aux pôles d'excellence locaux pourrait rééquilibrer la donne. À l'inverse, un renforcement du centralisme lillois risquerait d'accentuer le sentiment de relégation ressenti par certains habitants de la Somme.
Pour aller plus loin
La trajectoire d'Amiens dans les Hauts-de-France pose des questions qui dépassent le seul cas picard. Comment articuler le développement des métropoles régionales avec celui des villes moyennes et des territoires ruraux ? La réforme territoriale de 2014 a-t-elle réellement atteint ses objectifs de rationalisation et d'efficacité, ou a-t-elle simplement déplacé les déséquilibres ? Les travaux de l'Observatoire des territoires et les publications de la DATAR constituent des ressources utiles pour approfondir ces sujets.
Par ailleurs, les élections régionales de 2028 pourraient constituer un test décisif pour la place d'Amiens dans la région. La capacité des élus locaux à faire entendre leur voix et à obtenir des engagements concrets sera scrutée de près. Enfin, la comparaison avec d'autres régions françaises ayant connu des fusions, comme la Normandie ou le Grand Est, permettrait de mesurer si le sentiment de perte d'influence est une constante ou si des stratégies de reconversion réussies existent ailleurs.