Le yen a atteint son plus faible niveau face au dollar depuis 1986: la Banque du Japon a mené une intervention record à plusieurs dizaines de milliards pour soutenir la monnaie du pays

La Banque du Japon a injecté l’équivalent de 82 milliards d’euros sur les marchés des changes entre fin juillet et fin août pour soutenir un yen tombé à son plu
La Banque du Japon a injecté l’équivalent de 82 milliards d’euros sur les marchés des changes entre fin juillet et fin août pour soutenir un yen tombé à son plus bas niveau depuis 1986. Cette intervention mensuelle record, confirmée vendredi par le ministère des Finances nippon, illustre l’ampleur des tensions qui pèsent sur la troisième économie mondiale, prise en étau entre une devise dépréciée et des pressions inflationnistes persistantes.
## Une opération de soutien d’une ampleur inédite
Le ministère des Finances a officialisé, vendredi, le montant exact des opérations d’achat de yens menées par la Banque centrale du Japon (BOJ) : 15,4 billions de yens, soit environ 96 milliards de dollars ou 82 milliards d’euros. Il s’agit de la plus importante intervention mensuelle jamais enregistrée par les autorités nippones depuis le début de la tenue de ces statistiques. Cette somme a été mobilisée entre le 31 juillet et la fin du mois d’août, après que la devise japonaise a touché un point bas historique à 163,99 yens pour un dollar en juillet, un niveau plus vu depuis 1986.
L’opération a permis une remontée partielle de la monnaie : le 31 juillet, le yen s’échangeait à 157,40 pour un dollar, son meilleur niveau depuis début mai. Vendredi, vers 11H40 GMT, la devise perdait néanmoins 0,17 % face au billet vert, s’établissant à 159,67 yens pour un dollar. Ce rebond, bien que réel, reste fragile, les fondamentaux économiques qui pèsent sur la monnaie nippone n’ayant pas disparu.
## Les causes structurelles de l’affaiblissement du yen
L’écart persistant entre les taux d’intérêt japonais et américains constitue la principale explication de cette dépréciation continue. Alors que la Réserve fédérale américaine maintient des taux élevés pour lutter contre l’inflation, la BOJ conserve une politique monétaire ultra-accommodante, rendant le yen moins attractif pour les investisseurs internationaux en quête de rendement. S’ajoutent à cela la hausse des prix du pétrole, qui renchérit mécaniquement les importations nippones d’hydrocarbures libellés en dollars, et les inquiétudes suscitées par les projets de dépenses de la Première ministre Sanae Takaichi, susceptibles d’alourdir encore l’énorme dette publique de Tokyo, déjà parmi les plus élevées des pays développés.
Un yen faible présente un double tranchant pour l’archipel : s’il soutient la compétitivité des exportateurs japonais, il renchérit dans le même temps le coût des importations énergétiques et alimentaires, alimentant des tensions inflationnistes que la Banque du Japon peine à contenir. Cette situation place les autorités monétaires dans une position délicate, tiraillées entre la nécessité de soutenir la croissance et celle de préserver le pouvoir d’achat des ménages.
## Une coordination inédite avec Washington
Le 31 juillet, Tokyo et Washington ont procédé à leur première intervention conjointe sur les changes depuis 28 ans. Cette action concertée, confirmée début août par le président américain Donald Trump, a été qualifiée par ce dernier de « geste d’amitié », tout en étant jugée « bonne pour l’économie mondiale ». Cette coordination entre les deux plus grandes économies mondiales marque un précédent significatif dans la gestion des déséquilibres monétaires, même si les observateurs s’interrogent sur sa pérennité.
L’efficacité de cette intervention conjointe reste toutefois à démontrer sur le long terme. Si elle a permis d’enrayer temporairement la chute du yen, les fondamentaux économiques qui sous-tendent sa faiblesse demeurent inchangés. Les marchés devraient rester attentifs aux prochaines décisions de la BOJ, dont la marge de manœuvre apparaît limitée face à une inflation qui, bien que modérée, continue de dépasser l’objectif de 2 % fixé par l’institution.
Alors que le yen évolue toujours autour de 159-160 pour un dollar, bien au-delà des niveaux jugés confortables par les autorités nippones, la question d’une nouvelle intervention se pose déjà. La détermination affichée par Tokyo et la coordination avec Washington pourraient toutefois inciter les spéculateurs à la prudence, même si la pression sur la devise japonaise ne semble pas près de se relâcher.