Le week-end ne dure qu'un seul jour au Brésil: grâce une vidéo virale d'un salarié épuisé, le pays est sur le point de renoncer à la semaine de 6 jours (mais ça ne fait pas l'unanimité)

# Le Brésil à un tournant : la semaine de six jours bientôt révolue ? La chambre des députés brésilienne a franchi un cap historique en approuvant une propositi
# Le Brésil à un tournant : la semaine de six jours bientôt révolue ?
La chambre des députés brésilienne a franchi un cap historique en approuvant une proposition d'amendement constitutionnel visant à réduire la semaine de travail de six à cinq jours, et à abaisser la durée maximale hebdomadaire de 44 à 40 heures. Adopté par 472 voix contre 22, ce texte doit encore être validé par le Sénat pour entrer en vigueur. Ce changement, s'il aboutit, marquerait une rupture profonde avec un modèle qui épuise une partie importante de la population active, notamment la plus précaire.
## L'étincelle d'une vidéo virale
C'est une séquence de quelques secondes qui a mis le feu aux poudres. Rick Azevedo, employé d'une pharmacie, a posté sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il exprime sa souffrance face à un rythme de travail éreintant, sans perspective d'amélioration. Son témoignage a trouvé un écho massif, cristallisant le malaise de millions de Brésiliens contraints de travailler six jours sur sept, souvent au-delà des limites légales. Selon une étude relayée par le quotidien O Globo, parmi les salariés les plus pauvres qui travaillent six jours par semaine, 38% cumulent entre 54 et 64 heures hebdomadaires. Ce chiffre tombe à 8% chez les mieux rémunérés, illustrant une fracture sociale profonde. Le journaliste politique Bernardo Mello Franco, chroniqueur pour O Globo, souligne que le résultat du vote était loin d'être acquis, et que cette mobilisation populaire a pesé dans la balance.
## Une réforme aux implications économiques contrastées
Le passage à cinq jours ouvrés et à 40 heures maximum ne supprime pas les heures supplémentaires, mais les encadre plus strictement : deux heures de plus par jour sont autorisées, portant le plafond hebdomadaire à 50 heures, contre 54 actuellement. Les heures supplémentaires devront être majorées. Le patronat brésilien, lui, s'inquiète. Selon les premières estimations, cette réforme pourrait entraîner une hausse de 7% des coûts salariaux pour les entreprises. Un chiffre qui alimente les réticences du côté du monde économique, où l'on craint une perte de compétitivité dans un contexte déjà fragile. Pourtant, les partisans de la réforme avancent que la productivité pourrait bénéficier d'un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et que la réduction du temps de travail est un levier pour lutter contre l'épuisement et les inégalités.
## Une bataille politique qui ne fait que commencer
Si le vote à la chambre des députés a été massif, le chemin reste semé d'embûches. Le texte doit désormais passer devant le Sénat, où les équilibres politiques sont différents. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a affiché son soutien à la réforme, comme en témoigne une photo prise au port d'Itaguaí, dans l'État de Rio de Janeiro, le 21 février 2025, où il lève le pouce aux côtés de travailleurs. Mais l'unanimité est loin d'être acquise. Les débats s'annoncent vifs, entre défenseurs d'un progrès social attendu de longue date et partisans d'une prudence économique. Au-delà du texte, c'est tout un modèle de société qui est en question, dans un pays où le travail reste souvent synonyme de survie pour les plus modestes.
La réforme, si elle est adoptée, pourrait faire du Brésil un exemple en Amérique latine. Mais son succès dépendra de sa capacité à concilier aspirations sociales et réalités économiques, dans un contexte où le dialogue entre les parties prenantes reste tendu. L'issue du vote au Sénat sera scrutée de près, tant par les travailleurs que par les entreprises.