Le Vanuatu souhaite engager une procédure contre la France à la CIJ concernant les deux îles contestées de Matthew et Hunter

Le Vanuatu a déposé une requête auprès de la Cour internationale de justice (CIJ) visant à engager une procédure contre la France concernant la souveraineté des
Le Vanuatu a déposé une requête auprès de la Cour internationale de justice (CIJ) visant à engager une procédure contre la France concernant la souveraineté des îlots Matthew et Hunter, situés dans l'océan Pacifique. L'instance, basée à La Haye, a confirmé mardi la réception de ce document, tout en précisant qu'aucun examen de l'affaire ne pourra intervenir sans l'accord préalable de Paris. Ce contentieux territorial, qui oppose les deux États depuis plusieurs décennies, porte également sur la délimitation des frontières maritimes entre le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie.
## ### Une requête officielle déposée auprès de la juridiction onusienne
Selon des informations rapportées par Le Figaro, reprenant une dépêche de l'Agence France-Presse, le gouvernement vanuatais a officiellement saisi la CIJ d'un différend l'opposant à la France « concernant la souveraineté de Vanuatu sur les îles Umaenupne (Matthew) et Umaeneg/Leka (Hunter) ». La requête inclut également une demande relative à « l'établissement d'une frontière maritime unique entre les zones économiques exclusives et les plateaux continentaux de Vanuatu et de la France (en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie) », a indiqué la Cour dans un communiqué.
La plus haute juridiction des Nations Unies a confirmé que la requête avait été transmise aux autorités françaises. Toutefois, conformément au règlement de la Cour, l'affaire ne pourra être examinée que si la France reconnaît la compétence des juges internationaux pour statuer sur ce différend. En effet, la CIJ ne peut exercer sa juridiction que sur la base du consentement mutuel des États parties au litige, un principe fondamental du droit international public.
## ### Deux îlots inhabités au cœur d'un enjeu géostratégique majeur
Matthew et Hunter, deux îlots volcaniques inhabités d'une superficie totale inférieure à un kilomètre carré, constituent l'épicentre de ce contentieux. Situées à environ 450 kilomètres au sud-est de la Nouvelle-Calédonie et à quelque 300 kilomètres à l'ouest du Vanuatu, ces îles présentent un intérêt stratégique considérable. Leur position géographique conditionne en effet l'extension des zones économiques exclusives (ZEE) respectives des deux États, qui pourraient s'étendre sur des milliers de kilomètres carrés d'océan.
La France administre ces territoires depuis le XIXe siècle, les rattachant à la Nouvelle-Calédonie. Le Vanuatu, pour sa part, revendique leur souveraineté depuis son indépendance en 1980, arguant de leur proximité géographique avec son archipel. Ce différend a connu plusieurs épisodes de tension, notamment en 2018 lorsqu'un navire de la marine française avait procédé à l'arraisonnement d'un bateau de pêche vanuatais dans les eaux contestées.
## ### Un précédent juridique et des implications régionales
Cette initiative du Vanuatu s'inscrit dans un contexte régional marqué par une attention croissante portée aux enjeux maritimes dans le Pacifique. Plusieurs États insulaires de la région ont en effet engagé des procédures similaires devant des juridictions internationales pour faire valoir leurs droits souverains. La démarche vanuataise pourrait, selon plusieurs observateurs, influencer d'autres contentieux territoriaux en cours dans la région, notamment ceux opposant la Chine aux pays riverains de la mer de Chine méridionale.
Par ailleurs, cette requête intervient alors que les relations entre la France et le Vanuatu connaissent des évolutions notables. Port-Vila a récemment renforcé ses coopérations diplomatiques avec d'autres puissances du Pacifique, dont l'Australie et la Nouvelle-Zélande, tout en maintenant des liens officiels avec Paris. L'issue de cette procédure, si elle aboutit, pourrait redéfinir les équilibres maritimes dans une zone où se croisent des intérêts économiques, environnementaux et sécuritaires majeurs.
Toutefois, le refus probable de la France de reconnaître la compétence de la CIJ pourrait limiter la portée de cette initiative. En effet, la France n'a accepté la juridiction obligatoire de la Cour que sous réserve de réserves substantielles, notamment pour les différends relevant de sa souveraineté territoriale. L'avenir de cette procédure dépendra donc largement de la position que Paris adoptera face à cette requête, une décision qui pourrait intervenir dans les prochains mois.