Onyx Infos

« Le sort violent que fait subir Donald Trump au Kennedy Center est inimaginable, mais la même chose peut arriver demain à des lieux culturels en France »

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

« Le sort violent que fait subir Donald Trump au Kennedy Center est inimaginable, mais la même chose peut arriver demain à des lieux culturels en France »

## Quand la culture devient une cible : le précédent Trump et l'écho français Le Kennedy Center, temple américain des arts de la scène, traverse une crise sans

## Quand la culture devient une cible : le précédent Trump et l'écho français Le Kennedy Center, temple américain des arts de la scène, traverse une crise sans précédent depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Selon une analyse publiée par Le Monde Culture, sous la plume du chroniqueur Michel Guerrin, l'administration actuelle impose une reprise en main idéologique d'une violence inouïe sur cette institution emblématique de Washington. Une situation qui, loin d'être un simple épiphénomène américain, résonne dangereusement avec les discours observés en Europe, et notamment en France. ## Un modèle américain de contrôle politique Depuis trois ans, les mots de dirigeants d'extrême droite, de droite parfois aussi, ont des accents ouvertement trumpistes, souligne Michel Guerrin. La culture doit être au service des élus, martèlent-ils ; il faut écarter les artistes qui salissent le pays avec l'argent public. Cette rhétorique, importée des États-Unis, transforme progressivement les institutions culturelles en instruments de propagande plutôt qu'en espaces de création libre. Le Kennedy Center, financé en partie par des fonds fédéraux, devient ainsi le laboratoire visible d'une doctrine où l'artiste doit allégeance au pouvoir qui le subventionne. Le parallèle avec la France n'est pas anodin : plusieurs responsables politiques hexagonaux reprennent, parfois mot pour mot, ces arguments pour justifier des coupes budgétaires ciblées ou des pressions sur des programmations jugées « non conformes ». ## Des signaux faibles dans l'Hexagone En France, les alertes se multiplient. Des théâtres subventionnés voient leurs crédits conditionnés à des orientations artistiques dictées par des collectivités locales. Des festivals sont sommés de revoir leur affiche sous peine de perdre le soutien public. Ces pressions, encore diffuses, rappellent la mécanique américaine décrite par Le Monde : d'abord le discours, ensuite les coupes, enfin la mise au pas. Le chroniqueur insiste sur un point essentiel : ce qui se joue au Kennedy Center n'est pas une affaire strictement américaine. C'est un précédent. Une méthode. Un mode opératoire qui, une fois rodé, s'exporte sans difficulté dans des pays où les garde-fous institutionnels demeurent fragiles. ## L'argent public comme levier de contrôle La question du financement est centrale. Aux États-Unis, le Kennedy Center dépend en partie de subventions fédérales, ce qui le rend vulnérable aux injonctions politiques. En France, le modèle repose largement sur des dotations d'État et de collectivités, exposant pareillement les lieux culturels aux humeurs des majorités successives. Si un pouvoir décidait demain de conditionner ces financements à des critères idéologiques, rien ne garantirait constitutionnellement la protection des artistes. C'est précisément ce que redoute Michel Guerrin : que la France, forte de sa tradition de liberté artistique, n'ait pas su anticiper la vitesse à laquelle ce type de pression peut se matérialiser. ## Une vigilance nécessaire L'avertissement du Monde Culture n'appelle pas à la panique, mais à la lucidité. Ce qui advient au Kennedy Center doit servir de signal d'alarme. Les lieux culturels français, des grandes scènes nationales aux petites structures associatives, pourraient demain subir des logiques similaires si les contre-pouvoirs s'affaiblissent. La culture n'est jamais un luxe : elle est le miroir d'une société. La protéger, c'est préserver la possibilité même d'un débat démocratique. Une leçon que l'Amérique de Trump, selon plusieurs observateurs, est en train d'oublier à ses dépens.