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"Le risque incendie est l’oublié de la prévention"… Aménagements urbains, débroussaillage, plans de prévention, une experte pointe les défaillances

Une · · Par Claire BERNARD

### Le risque incendie, parent pauvre de la prévention en France Alors que les inondations font l’objet d’une attention croissante dans les documents d’urbanism

### Le risque incendie, parent pauvre de la prévention en France Alors que les inondations font l’objet d’une attention croissante dans les documents d’urbanisme et les politiques publiques, le risque incendie demeure largement sous-estimé. Selon des informations rapportées par *Midi Libre*, une experte en gestion des risques, Pauline Vilain, pointe des défaillances majeures dans l’aménagement du territoire, le débroussaillage et la mise en œuvre des plans de prévention. ### Un déséquilibre persistant entre les risques naturels Pauline Vilain, spécialiste reconnue dans le domaine de la prévention des risques naturels, souligne un paradoxe français. D’après elle, « le risque incendie est l’oublié de la prévention », contrastant fortement avec la prise en compte systématique des inondations dans les plans locaux d’urbanisme (PLU) et les schémas de cohérence territoriale (SCOT). En effet, les inondations bénéficient d’une réglementation plus ancienne et plus contraignante, notamment via les plans de prévention des risques d’inondation (PPRI). Cette différence de traitement s’expliquerait, selon l’experte, par une perception historique du risque incendie comme étant moins fréquent ou moins dévastateur que les crues, malgré des épisodes récents, comme les incendies de 2022 en Gironde ou dans l’Aude. Les aménagements urbains, en particulier dans les zones d’interface entre forêt et habitat, ne sont pas systématiquement conçus pour limiter la propagation des flammes. Les voies d’accès pour les pompiers, l’implantation des constructions ou encore le choix des essences végétales dans les espaces verts ne feraient pas l’objet d’une évaluation suffisamment rigoureuse. ### Le débroussaillage, une obligation mal respectée Un autre point de fragilité identifié par Pauline Vilain concerne le débroussaillage, pourtant obligatoire dans de nombreuses communes classées à risque. Selon *Midi Libre*, la spécialiste estime que cette mesure de prévention élémentaire, qui consiste à réduire la biomasse combustible autour des habitations, est trop souvent négligée par les propriétaires, mais aussi par les collectivités locales. Les contrôles seraient insuffisants, et les sanctions prévues par la loi (amendes pouvant aller jusqu’à 150 euros par mètre carré non débroussaillé) rarement appliquées. Ce manque de rigueur est d’autant plus préoccupant que le changement climatique allonge la saison des feux et aggrave la sécheresse de la végétation. Les retours d’expérience des grands incendies montrent pourtant que le débroussaillage, couplé à une gestion forestière adaptée, peut considérablement ralentir la progression d’un feu et faciliter l’intervention des secours. L’experte insiste sur la nécessité de sensibiliser davantage les habitants et de renforcer les moyens de contrôle, notamment dans les zones périurbaines où l’habitat est dispersé. ### Des plans de prévention trop peu ambitieux Enfin, Pauline Vilain critique la portée limitée des plans de prévention des risques d’incendie de forêt (PPRIF). Bien que ces documents existent dans plusieurs départements méditerranéens, leur application se heurterait à des obstacles juridiques et politiques. D’après elle, les PPRIF sont souvent moins contraignants que les PPRI, car ils doivent composer avec des intérêts économiques (agriculture, tourisme, foncier) et une opposition locale. Les zones constructibles ne sont pas toujours suffisamment restreintes, et les prescriptions en matière de matériaux de construction (toitures, bardages) ou d’équipements de défense (citerne, poteau incendie) ne sont pas systématiquement exigées. L’experte appelle à une harmonisation des réglementations au niveau national et à une meilleure intégration du risque incendie dans les documents d’urbanisme, en amont des projets de construction. Elle propose également de généraliser les études de danger pour les nouvelles zones d’aménagement situées à moins de 200 mètres des massifs boisés. ### Vers une nécessaire prise de conscience collective Au-delà des aspects techniques et réglementaires, Pauline Vilain insiste sur l’urgence d’un changement de paradigme dans la gestion des risques. Alors que les épisodes de sécheresse et les canicules se multiplient, le risque incendie ne peut plus être traité comme un phénomène exceptionnel. Il doit devenir un critère central dans l’aménagement du territoire, au même titre que les inondations ou les mouvements de terrain. Les collectivités locales, les services de l’État et les citoyens doivent collaborer pour anticiper et non plus seulement subir. L’experte espère que les retours d’expérience des incendies récents, comme ceux de l’été 2022, serviront de catalyseur pour une révision en profondeur des politiques de prévention. Le chemin reste long, mais la prise de conscience semble amorcée, notamment dans les régions les plus exposées comme le Sud-Est ou la Corse.