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Le Rhin s'assèche et on voit la terre par endroits: l'industrie allemande, ultra-dépendante du fleuve, tente de s'adapter avec des bateaux moins profonds ou du transport par train ou camion

Economie · · Par Julie MOREAU

Le Rhin s'assèche et on voit la terre par endroits: l'industrie allemande, ultra-dépendante du fleuve, tente de s'adapter avec des bateaux moins profonds ou du transport par train ou camion

Le Rhin dévoile son lit à Duisbourg, et l’Allemagne retient son souffle. Face à des niveaux d’eau historiquement bas mesurés début août, l’industrie du pays, qu

Le Rhin dévoile son lit à Duisbourg, et l’Allemagne retient son souffle. Face à des niveaux d’eau historiquement bas mesurés début août, l’industrie du pays, qui dépend du fleuve pour l’essentiel de son fret, cherche des parades : bateaux à faible tirant d’eau, reports vers le rail et la route. Pour la première économie européenne, cette sécheresse fluviale complique une reprise déjà fragile. ### Un fleuve vital, une dépendance structurelle Le Rhin n’est pas un simple cours d’eau : c’est l’artère logistique de l’industrie allemande. Selon les données rappelées par l’économiste Rico Luman, d’ING, environ 80 % du trafic fluvial allemand y transite, soit près de 285 millions de tonnes de marchandises chaque année. Ces flux relient le port néerlandais de Rotterdam, sur la mer du Nord, aux grands bassins industriels du pays : la Ruhr sidérurgique, la région Rhin-Main et le complexe chimique de Ludwigshafen, berceau de BASF. Quand le niveau du fleuve baisse, ce sont ces sites stratégiques qui se retrouvent en première ligne. Les mesures effectuées à plusieurs points stratégiques du fleuve ces derniers jours confirment une situation critique. Le déficit de pluie, combiné à de fortes chaleurs, des phénomènes aggravés par le dérèglement climatique d’origine humaine, a conduit à des niveaux historiquement bas. À Duisbourg, au pied des hauts fourneaux de l’aciériste Thyssenkrupp, le lit du fleuve est partiellement à découvert, une image saisissante qui illustre la nouvelle réalité climatique à laquelle l’industrie doit faire face. ### Des industriels contraints de s’adapter Face à cette contrainte, les grands groupes industriels tentent de trouver des solutions. Thyssenkrupp et BASF, parmi les plus exposés, explorent des alternatives pour maintenir leurs chaînes d’approvisionnement. L’utilisation de bateaux à plus faible tirant d’eau permet de continuer à naviguer malgré la baisse du niveau, mais avec des capacités de chargement réduites. Cette adaptation a un coût : elle nécessite davantage de rotations, et donc plus de carburant et de temps. Le report modal vers le train et le camion constitue l’autre piste privilégiée. Cependant, cette solution se heurte à la capacité limitée des infrastructures ferroviaires et routières, déjà fortement sollicitées. Les industriels doivent ainsi arbitrer entre des coûts logistiques en hausse et le risque de voir leurs sites de production ralentir, faute de matières premières ou de pièces détachées. Cette situation intervient au pire moment pour l’économie allemande, qui peine à retrouver une dynamique de croissance solide. ### Une réponse politique attendue sous pression Le gouvernement fédéral est désormais sommé de réagir. Le nouveau ministre des Transports, Steffen Bilger, a convoqué une conférence jeudi à Bonn, réunissant industriels, armateurs, ports et représentants du secteur logistique. L’objectif affiché est de trouver des solutions pratiques à cette crise qui s’installe durablement, et non plus comme un simple épisode saisonnier. Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour accélérer les investissements structurels. Michael Ebling, ministre de l’Économie de Rhénanie-Palatinat, a appelé le gouvernement à accélérer le projet d’approfondissement du Rhin moyen. Selon lui, cette voie d’eau stratégique doit rester opérationnelle même en période de basses eaux. Ce chantier, long et coûteux, est perçu comme une condition nécessaire pour préserver la compétitivité industrielle du pays. L’enjeu dépasse la simple gestion de crise : il s’agit de repenser la résilience d’une infrastructure dont dépend une part majeure de l’économie allemande, et par ricochet, européenne.