«Le mythe de la camionnette blanche n’existe pas» : avec l’affaire Lyhanna, comment parler à son enfant des violences sexuelles

«Le mythe de la camionnette blanche n’existe pas» : avec l’affaire Lyhanna, comment parler à son enfant des violences sexuelles La mort tragique de Lyhanna, une
«Le mythe de la camionnette blanche n’existe pas» : avec l’affaire Lyhanna, comment parler à son enfant des violences sexuelles
La mort tragique de Lyhanna, une collégienne, et le profil du principal suspect, déjà connu pour des faits similaires, plongent de nombreux parents dans l’effroi et l’impuissance. Face à cette actualité, la question de la sensibilisation des enfants aux risques de violences sexuelles se pose avec une acuité nouvelle. Selon un entretien publié par Le Figaro le 11 juin 2026, des spécialistes appellent à une approche mesurée, loin des clichés et des discours anxiogènes.
Parler du drame sans traumatiser
« Comme toute actualité affreuse, il est important d’en protéger les enfants », établit d’emblée Lénaïg Steffens, psychologue interrogée par nos confrères. Pour elle, la réponse parentale doit être conditionnée aux interrogations de l’enfant. Si ce dernier s’enquiert de ce qui s’est passé, il convient de lui dire qu’« un monsieur a commis un crime, qu’il a tué une petite fille », sans entrer dans les détails morbides. L’objectif premier est de nommer la gravité des faits sans submerger l’enfant d’images ou de récits traumatiques.
La psychologue insiste sur la nécessité de fournir une explication claire et adaptée à l’âge de l’enfant. Si celui-ci demande ce qu’est un viol, il faut lui expliquer que « des adultes posent des gestes d’adulte sur des enfants en leur faisant croire que ce sont des câlins ». Cette formulation, précise-t-elle, permet de distinguer les gestes affectueux consentis entre adultes des actes interdits avec des mineurs. « Entre adultes, on a le droit de faire des câlins d’adulte si chacun est d’accord, mais pas avec des enfants. On ne peut pas, c’est totalement interdit », doit-on leur dire, en insistant sur le fait que les agresseurs font souvent croire le contraire.
Démystifier le profil type de l’agresseur
Un des points centraux de l’entretien réside dans la déconstruction du mythe de l’agresseur inconnu et dangereux, souvent incarné par l’image de la « camionnette blanche ». « Le mythe de la camionnette blanche n’existe pas », affirme Lénaïg Steffens. Cette représentation, bien qu’ancrée dans l’imaginaire collectif, serait contre-productive car elle détourne l’attention des violences intrafamiliales ou commises par des proches. Les statistiques montrent en effet que la grande majorité des agressions sexuelles sur mineurs sont perpétrées par des personnes de l’entourage familial ou amical.
La psychologue recommande donc de recentrer le discours sur la notion de secret et d’interdit. Il s’agirait d’apprendre à l’enfant à identifier les situations où un adulte lui demande de garder un secret sur des gestes ou des paroles qui le mettent mal à l’aise. « Il faut leur dire que personne n’a le droit de toucher leur corps sans leur accord, et que si cela arrive, ils doivent le dire à un adulte de confiance », ajoute-t-elle. Cette éducation à l’intégrité corporelle, selon elle, est plus efficace que la peur d’un danger extérieur.
Une responsabilité parentale et sociétale
L’affaire Lyhanna, par sa résonance médiatique, pourrait servir de point de départ pour un dialogue nécessaire au sein des familles. Cependant, la spécialiste met en garde contre une approche trop frontale ou culpabilisante. « Il ne faut pas projeter notre angoisse d’adulte sur l’enfant », prévient-elle. L’idée est de créer un espace de confiance où l’enfant se sent libre de poser des questions, sans être submergé par l’émotion parentale.
Enfin, cet entretien souligne que la prévention ne peut reposer uniquement sur les épaules des parents. Elle appelle à une responsabilité collective, impliquant l’école, les institutions et les médias. Si le débat public autour de l’affaire Lyhanna pourrait contribuer à briser certains tabous, il reste à savoir comment ces recommandations seront intégrées dans les politiques de prévention et d’éducation à la sexualité. La voie semble encore longue pour remplacer les vieux réflexes de peur par une culture du consentement et de la protection.