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« Le moral n’est pas bien beau » : après le gigantesque incendie du Var, des vendanges précoces « au goût amer »

Une · · Par Claire BERNARD

« Le moral n’est pas bien beau » : après le gigantesque incendie du Var, des vendanges précoces « au goût amer »

Le moral des viticulteurs de Correns, dans le Var, est au plus bas alors que les vendanges ont débuté avec deux semaines d'avance, dans un paysage lunaire de vi

Le moral des viticulteurs de Correns, dans le Var, est au plus bas alors que les vendanges ont débuté avec deux semaines d'avance, dans un paysage lunaire de vignes calcinées et de collines noircies. Le mégafeu qui a ravagé la région à partir du 21 juillet dernier a laissé des traces profondes, tant sur le terroir que dans les esprits, et les premières grappes récoltées portent déjà la marque d'une saison sinistrée. ## ### Des vendanges précoces dans un décor de désolation Selon les informations rapportées par Le Figaro, les vendanges ont commencé à Correns alors même que le feu n'était pas encore officiellement éteint. Le sinistre, fixé au début du mois d'août, n'a été déclaré maîtrisé que le mardi 18 août, devenant ainsi le plus long incendie jamais recensé dans le département du Var. Ce calendrier inhabituel s'explique par l'état des vignes, dont les feuilles ont perdu leur verdure pour devenir sèches et marron, et dont les grappes de raisin apparaissent toutes flétries. Denis Mistre, 75 ans, vigneron « depuis toujours » dans ce petit village varois, résume l'atmosphère générale avec une franchise désarmante : « Tout ça, c'est le feu ». Celui que ses collègues surnomment « l'ancien » contemple avec dépit une rangée de vignes bordant une terre noircie, tandis que sur la colline voisine s'alignent à perte de vue des arbres calcinés. Le spectacle est d'autant plus saisissant que nous sommes le 19 août, en plein cœur de l'été, et que le paysage évoque davantage un automne avancé qu'une période de maturation estivale. ## ### Un bilan environnemental et économique considérable L'ampleur des dégâts dépasse largement le cadre des exploitations viticoles individuelles. D'après les données disponibles, l'incendie a parcouru 6 300 hectares au total et brûlé 5 700 hectares de végétation, encerclant au passage la commune de Correns et plusieurs hameaux environnants. Les viticulteurs locaux, qui représentent une part significative de l'activité économique du territoire, se trouvent confrontés à une double peine : la perte immédiate d'une partie de leur récolte et l'incertitude quant à la qualité des grappes rescapées. Les vendanges précoces, imposées par l'urgence de sauver ce qui peut encore l'être, s'effectuent dans un climat d'abattement généralisé. Les raisins, exposés aux fumées et aux particules de combustion pendant plusieurs semaines, pourraient présenter des altérations gustatives, ce qui expliquerait le « goût amer » évoqué par plusieurs professionnels de la filière. Cette situation intervient dans un contexte déjà difficile pour la viticulture provençale, confrontée depuis plusieurs années aux épisodes de sécheresse répétés et aux aléas climatiques croissants. ## ### Une filière sous tension et des perspectives incertaines Au-delà de l'impact immédiat sur la récolte 2026, ce sont les conséquences à moyen terme qui préoccupent les professionnels. La reconstitution du vignoble endommagé nécessitera plusieurs années, et la question des assurances ainsi que des aides publiques demeure centrale pour la survie des exploitations les plus fragiles. Les autorités locales, selon les éléments rapportés, devraient prochainement engager des discussions avec les représentants de la filière afin d'évaluer les dispositifs de soutien mobilisables. Le moral des troupes n'est pas au beau fixe, pour reprendre l'expression employée par les viticulteurs eux-mêmes. La perspective de devoir vinifier des raisins récoltés dans des conditions aussi particulières, avec le risque d'une dépréciation qualitative, ajoute une inquiétude supplémentaire à un tableau déjà sombre. Certains exploitants évoquent également la difficulté de recruter des saisonniers pour des vendanges qui s'annoncent à la fois précoces et potentiellement décevantes en volume comme en qualité. La situation de Correns illustre avec acuité les défis posés par l'intensification des risques d'incendie dans le sud de la France, où la viticulture constitue un pilier économique et identitaire. Les semaines à venir seront décisives pour évaluer l'ampleur réelle des pertes et pour déterminer si les vins issus de cette récolte singulière pourront être commercialisés dans des conditions normales. Une chose semble toutefois acquise : cette campagne de vendanges 2026 restera gravée dans les mémoires comme l'une des plus douloureuses de l'histoire récente du vignoble varois.