« Le modèle culturel français est menacé, y compris dans ses actions qui marchent bien, et la ministre Catherine Pégard est aux abonnés absents »

## Le modèle culturel français à l'épreuve du doute La culture française, longtemps vitrine de son rayonnement international, traverse une période d'incertitude
## Le modèle culturel français à l'épreuve du doute
La culture française, longtemps vitrine de son rayonnement international, traverse une période d'incertitude que même ses réussites les plus tangibles ne parviennent plus à masquer. Selon une chronique de Michel Guerrin, rédacteur en chef au *Monde*, publiée dans les pages Culture du quotidien, le modèle culturel hexagonal serait aujourd'hui menacé, y compris dans les dispositifs qui fonctionnent. En cause, une posture ministérielle jugée défensive, incarnée par Catherine Pégard, dont l'absence de vision stratégique interroge.
## Une ministre en retrait, une image en berne
Michel Guerrin ne mâche pas ses mots. En endossant, selon lui, le costume de la « comptable désargentée », Catherine Pégard entretiendrait l'idée que la Rue de Valois n'est qu'un guichet, un simple bureau de distribution de crédits. Cette approche, analyse le rédacteur en chef du *Monde*, n'est « pas la meilleure » pour rehausser l'image d'un secteur déjà fragilisé auprès d'une partie de l'opinion. Le constat est sévère : la communication gouvernementale sur la culture se réduirait à une gestion comptable, loin des enjeux symboliques et politiques qui fondent l'exception culturelle française.
Cette critique s'inscrit dans un contexte plus large de défiance. Le monde de la culture, entre baisses budgétaires annoncées ou redoutées, réorganisations territoriales et inquiétudes sur la pérennité des dispositifs d'aide à la création, peine à trouver des relais politiques à la hauteur de ses attentes. La ministre, dont la nomination avait pourtant été présentée comme un gage de continuité et d'expérience, semble, aux yeux de certains observateurs, avoir déserté le terrain de la défense offensive du modèle.
## Des réussites menacées malgré leur efficacité
Le paradoxe pointé par la chronique est d'autant plus dérangeant que la France dispose d'atouts objectifs. Son réseau de bibliothèques, de théâtres, de conservatoires, ses politiques tarifaires inclusives, ses dispositifs d'éducation artistique et culturelle, ses festivals internationaux, ses industries créatives, tout cela fonctionne et produit des résultats mesurables en termes d'accès, de démocratisation et de vitalité artistique. Pourtant, ces réussites elles-mêmes ne seraient plus à l'abri.
La menace ne viendrait pas uniquement de coupes budgétaires, mais d'un affaiblissement du récit collectif qui les sous-tend. Si le ministère ne porte plus la voix d'une ambition culturelle forte, si son incarnation se limite à la gestion de la pénurie, alors ce sont les fondements mêmes de la légitimité de l'intervention publique qui s'effritent. Les actions qui marchent, parce qu'elles sont mal défendues politiquement, deviennent des cibles faciles pour ceux qui contestent leur financement ou leur utilité.
## Une crise de récit autant que de moyens
Ce que révèle cette chronique, au-delà du cas personnel de Catherine Pégard, c'est une crise plus profonde : celle du récit national autour de la culture. La France a longtemps construit son identité sur une conception universaliste et protectrice de l'art et du patrimoine. Ce modèle, hérité de Malraux, de Lang ou de Tasca, reposait sur l'idée que la culture n'est pas un coût mais un investissement, non une variable d'ajustement mais une priorité républicaine.
Aujourd'hui, ce consensus semble rompu. Les attaques contre l'exception culturelle, la marchandisation croissante des contenus, la concurrence des plateformes internationales et la fragmentation des publics mettent à mal un édifice déjà fissuré. Dans ce contexte, l'absence d'un porte-voix ministériel offensif et inspirant aggrave le sentiment d'abandon.
Reste une question, que la chronique du *Monde* pose en filigrane : si même ce qui fonctionne est menacé, et si ceux qui devraient le défendre se contentent de gérer l'existant, combien de temps le modèle culturel français pourra-t-il tenir sans une réaffirmation politique claire de sa valeur ? La réponse, pour l'heure, demeure en suspens.