Le gaz coûte aussi cher qu'en décembre 2022: à quelques semaines de l'hiver, les faibles niveaux de stockage "rendent l'Europe vulnérable à un temps froid"

## Le gaz européen au plus haut depuis décembre 2022, l'hiver s'annonce sous tension Le prix du gaz naturel européen a franchi vendredi un seuil symbolique, ret
## Le gaz européen au plus haut depuis décembre 2022, l'hiver s'annonce sous tension
Le prix du gaz naturel européen a franchi vendredi un seuil symbolique, retrouvant des niveaux qu'il n'avait plus atteints depuis décembre 2022. Vers 10h35, le contrat à terme du TTF néerlandais, référence du marché européen, gagnait 1,69% à 87,90 euros le mégawattheure, après avoir culminé à 88,24 euros en séance, selon les données relayées par BFM Business. Cette flambée intervient à quelques semaines seulement de l'entrée dans l'hiver, alors que les réserves du Vieux Continent affichent un retard préoccupant par rapport à l'an dernier.
## Des stocks européens nettement inférieurs à 2023
Les chiffres de la plateforme européenne Aggregated Gas Storage Inventory (AGSI) sont sans ambiguïté. Les stocks européens de gaz ne sont remplis qu'à 74,10%, contre 83,04% à la même date l'an passé, soit près de neuf points de retard. La situation allemande inquiète particulièrement les analystes : les réserves outre-Rhin ne culminent qu'à 60,19%, alors qu'elles atteignaient 75,92% un an plus tôt. Cet écart de plus de quinze points pour la première économie européenne constitue un signal d'alerte pour l'ensemble du marché, l'Allemagne étant historiquement l'un des plus gros consommateurs de gaz du continent.
## Le Qatar, maillon faible de l'offre mondiale
La tension sur les prix s'explique aussi par des perturbations de l'offre. Le Qatar, premier exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) du Moyen-Orient, "n'exporte actuellement qu'à 20-30% de sa capacité", souligne Norman Liebke, analyste chez Commerzbank, cité par BFM Business. Cette réduction drastique de l'offre qatarie, dans un contexte de guerre au Moyen-Orient, alimente une concurrence accrue entre acheteurs asiatiques et européens, deux régions importatrices qui se disputent les mêmes cargaisons. Ce bras de fer commercial tire mécaniquement les prix vers le haut, et la perte durable d'une partie de l'offre de GNL risque de peser sur l'ensemble de la saison hivernale.
## Un scénario à 100 euros le mégawattheure redouté
Les analystes n'excluent pas une aggravation. Selon Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, le mégawattheure pourrait atteindre les 100 euros si la situation se détériore à nouveau. Les faibles niveaux de stockage "rendent l'Europe vulnérable à un temps froid et à de nouvelles perturbations des exportations de GNL en provenance du Moyen-Orient", avertit-il. Une vague de froid précoce, combinée à un nouvel incident sur les routes maritimes ou les infrastructures gazières, suffirait à déclencher une nouvelle spirale haussière. Le marché reste donc suspendu aux prévisions météorologiques et à l'évolution géopolitique de la région.
## Le pétrole évolue dans un autre registre
Contrairement au gaz, les prix du pétrole restent stables à des niveaux élevés. Le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en décembre, cédait 0,15% à 105,76 dollars, tandis que son équivalent américain, le West Texas Intermediate, évoluait sur une tendance similaire. Cette relative stabilité contraste avec la volatilité du marché gazier, mais les deux énergies restent exposées aux mêmes risques géopolitiques au Moyen-Orient.
## Une équation énergétique fragile pour l'Europe
À l'approche de l'hiver, l'Europe se retrouve donc dans une position délicate. La combinaison de stocks insuffisants, d'une offre mondiale contrainte et d'une concurrence asiatique ravivée crée un cocktail à haut risque pour les consommateurs comme pour les industriels. La question centrale des prochaines semaines sera de savoir si les températures resteront clémentes. Dans le cas contraire, les États membres pourraient devoir activer de nouveaux mécanismes de solidarité énergétique, tandis que les ménages redoutent une nouvelle flambée de leurs factures.