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"Le plus dur est de convaincre les armateurs": le détroit d'Ormuz se rouvre mais le patron de Totalenergies préfère diversifier ses sources d'approvisionnement en pétrole

Economie · · Par Julie MOREAU

Introduction Alors que la signature d’un accord préliminaire de paix entre l’Iran et les États-Unis le 17 juin dernier laissait entrevoir une normalisation des

Introduction

Alors que la signature d’un accord préliminaire de paix entre l’Iran et les États-Unis le 17 juin dernier laissait entrevoir une normalisation des flux pétroliers dans le détroit d’Ormuz, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a tempéré tout optimisme ce samedi 4 juillet sur le plateau de BFM Business, en marge des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Selon lui, la réouverture de ce passage stratégique, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, reste conditionnée à un facteur humain et logistique déterminant : la confiance des armateurs. Dans ce contexte, le dirigeant plaide pour une diversification accrue des sources d’approvisionnement, estimant que le retour à un marché fluide pourrait prendre plusieurs mois.

La peur des armateurs, un frein à la reprise des flux

« Le détroit d’Ormuz se rouvre, mais ce n’est pas complètement fait », a déclaré Patrick Pouyanné au micro de BFM Business. « On a pu sortir des tankers qui étaient bloqués, mais le plus dur est de convaincre les armateurs qui ont peur d’être de nouveau coincés. » Cette prudence des transporteurs maritimes illustre la fragilité de la sécurisation des routes maritimes après des mois de tensions géopolitiques. Le PDG a précisé que ses équipes de trading, qui gèrent les flottes de pétroliers du groupe, sont actuellement en train de « signer des contrats, de trouver des armateurs pour ramener des tankers dans le golfe, pour charger du brut en Arabie, au Qatar, en Irak, de façon à le ramener vers les raffineries du monde entier afin que le cycle se réinstalle ». Ce processus de reconquête de la confiance est jugé lent et incertain.

Des prix du carburant qui resteront élevés jusqu’à la fin de l’année

Cette reprise progressive des flux a un impact direct sur le porte-monnaie des consommateurs. Patrick Pouyanné a estimé que les prix des carburants auront « difficilement » la capacité de redescendre en dessous de 1,90 euro le litre avant la fin de l’année. « Ce qu’on voit aussi, c’est que l’essence, le diesel restent encore élevés, parce que le pétrole, il va falloir 30 à 40 jours pour l’amener dans les raffineries et le transformer », a-t-il expliqué. À cette contrainte logistique s’ajoute un niveau de stocks historiquement bas. « Les stocks sont bas », a-t-il poursuivi, ce qui maintient la pression sur les prix. Actuellement, « un produit pétrolier se vend à 95-100 dollars le baril encore », a-t-il précisé, un niveau bien supérieur aux moyennes des années précédentes.

La diversification comme nouvelle boussole stratégique

Face à cette incertitude, Patrick Pouyanné a réaffirmé sa préférence pour une stratégie de diversification des sources d’approvisionnement, plutôt que d’un retour massif et rapide vers le détroit d’Ormuz. « Faut-il changer de stratégie ? » s’est-il interrogé, avant de répondre implicitement par l’affirmative. La réouverture du détroit recompose également le système de marges pétrolières, rendant plus complexe l’équation économique pour les raffineurs. En multipliant les points d’entrée du brut — Arabie saoudite, Qatar, Irak — TotalEnergies entend sécuriser ses approvisionnements tout en limitant les risques liés à une dépendance excessive à un seul couloir maritime. Cette approche, si elle se généralise, pourrait à terme remodeler les routes commerciales du pétrole mondial.

Conclusion

La réouverture du détroit d’Ormuz, bien que réelle, ne marque pas un retour immédiat à la normale pour le marché pétrolier. Entre la frilosité des armateurs, des délais logistiques de 30 à 40 jours et des stocks bas, les prix des carburants devraient rester élevés jusqu’à la fin de l’année. Pour Patrick Pouyanné, la leçon de cette crise est claire : la diversification des sources d’approvisionnement n’est plus une option, mais une nécessité stratégique pour faire face aux aléas géopolitiques.