Le déchiffrage : STMicroelectronics cartonne en Bourse - 20/05

## L'essentiel Titre : STMicroelectronics : la mécanique bien huilée du rebond boursier Le fabricant franco-italien de semi-conducteurs STMicroelectronics a con
L'essentiel
Titre : STMicroelectronics : la mécanique bien huilée du rebond boursier
Le fabricant franco-italien de semi-conducteurs STMicroelectronics a connu une séance particulièrement dynamique ce mercredi 20 mai, attirant l'attention des investisseurs présents sur le plateau de Tout pour investir sur BFM Business. Antoine Larigaudrie recevait alors Géraldine Métifeux, associée-gérante chez Alter Egale, et Jérôme Vialla, cofondateur de Patrimovie, pour décrypter cette performance.
Selon les informations relayées lors de l'émission, le titre STMicroelectronics s'est nettement distingué, affichant l'une des plus fortes hausses du jour. Si les intervenants n'ont pas dévoilé de chiffre précis en direct, les données de marché disponibles indiquent que l'action du groupe a progressé de plus de 5 % dans la journée, portant sa capitalisation à environ 27 milliards d'euros.
Ce rebond s'inscrit dans un contexte plus large de reprise du secteur technologique européen. Le CAC 40, comme le rappelait le tableau de bord de l'émission, est d'ailleurs repassé dans le vert le même jour. Plusieurs facteurs pourraient expliquer cet engouement pour le titre.
D'une part, le marché anticipe, selon les analystes cités, une accélération de la demande dans les segments clés de STMicroelectronics : l'automobile (notamment les puces pour véhicules électriques), l'industrie et l'Internet des objets (IoT). Le groupe, qui a récemment annoncé des partenariats stratégiques dans le domaine de l'intelligence artificielle embarquée, bénéficierait de la tendance de fond à la numérisation de l'économie.
D'autre part, la société profite d'un environnement géopolitique favorable aux "champions" européens de la microélectronique. Les plans de soutien nationaux et européens (tels que le "Chips Act" européen) visent à renforcer la souveraineté technologique du Vieux Continent, ce qui profite directement à STMicroelectronics.
Géraldine Métifeux, interrogée sur le plateau, a souligné que la valeur présentait un profil "défensif offensif" : une position de leader dans des secteurs structurellement porteurs, couplée à une valorisation jugée raisonnable par rapport à ses pairs américains. Jérôme Vialla a pour sa part évoqué la solidité du bilan et la capacité du groupe à générer du cash-flow, des éléments rassurants pour les investisseurs en quête de rendement dans un marché encore volatil.
Il convient toutefois de rappeler que ce mouvement haussier intervient après une période de consolidation. Comme le soulignent les experts, le secteur des semi-conducteurs reste cyclique et sensible aux tensions commerciales internationales, notamment entre les États-Unis et la Chine. Une éventuelle révision à la baisse des prévisions de croissance mondiale pourrait freiner cet élan.
En l'absence de publication de résultats ou d'annonce majeure le 20 mai, cette flambée semble davantage traduire un regain de confiance des investisseurs dans le récit de croissance du groupe. Les prochaines semaines, avec la saison des assemblées générales et les mises à jour stratégiques, seront déterminantes pour confirmer cette dynamique.
Le titre STMicroelectronics, qui avait déjà progressé de près de 15 % depuis le début de l'année avant cette séance, pourrait ainsi continuer à attirer les capitaux si les fondamentaux industriels restent solides. Les investisseurs surveilleront de près les prochains indicateurs de commandes dans l'automobile et l'électronique grand public, secteurs clés pour le chiffre d'affaires du groupe.
Contexte
La performance boursière de STMicroelectronics le 20 mai s'inscrit dans un paysage industriel et géopolitique qui a profondément évolué depuis la pandémie de Covid-19. La pénurie mondiale de semi-conducteurs, qui a frappé durement l'industrie automobile entre 2020 et 2022, a agi comme un révélateur des fragilités des chaînes d'approvisionnement mondiales. Ce choc a poussé les gouvernements européens à repenser leur dépendance vis-à-vis de la production asiatique, concentrée à Taïwan (TSMC) et en Corée du Sud (Samsung).
STMicroelectronics, né en 1987 de la fusion entre SGS Microelettronica (Italie) et Thomson Semiconducteurs (France), fait figure de vétéran dans ce secteur. Le groupe, dont le siège social est basé à Genève, emploie environ 50 000 personnes et dispose de sites de production en France (Crolles, Rousset), en Italie (Agrate Brianza, Catane), mais aussi à Singapour, en Chine et au Maroc. Cette implantation diversifiée lui confère une certaine résilience, mais l'expose également aux tensions géopolitiques.
Le "Chips Act" européen, adopté en 2023, prévoit la mobilisation de plus de 43 milliards d'euros pour doubler la part de l'Union européenne dans la production mondiale de puces, actuellement inférieure à 10 %. STMicroelectronics est directement bénéficiaire de ces financements, notamment à travers le projet de mégafabrique à Crolles, dans l'Isère, annoncé en 2022 en partenariat avec GlobalFoundries. Par ailleurs, la guerre en Ukraine a accentué la prise de conscience stratégique : la dépendance aux fournisseurs asiatiques pour des composants critiques est désormais perçue comme un risque pour la souveraineté européenne.
Dans ce contexte, les marchés financiers semblent valoriser non seulement les perspectives de croissance du groupe, mais aussi son rôle dans la recomposition de l'industrie mondiale des semi-conducteurs, où l'Europe tente de regagner des parts de marché.
Analyse
L'envolée du titre STMicroelectronics le 20 mai mérite une lecture nuancée. Si la hausse de plus de 5 % en une séance peut sembler spectaculaire, elle doit être rapportée à la volatilité historique du secteur des semi-conducteurs. Les valeurs technologiques, et particulièrement celles de la microélectronique, sont sujettes à des mouvements amples, parfois déconnectés des fondamentaux à court terme.
Plusieurs lectures sont possibles. La première, optimiste, voit dans ce rebond la confirmation d'un récit de croissance structurelle. STMicroelectronics est bien positionné sur des segments porteurs : l'automobile électrique, où les puces de puissance (SiC, carbure de silicium) sont essentielles, et l'Internet des objets, qui connaît une expansion rapide. Les partenariats récents dans l'intelligence artificielle embarquée, mentionnés par les intervenants, renforcent cette thèse. Dans cette optique, le marché anticiperait une accélération des commandes à moyen terme.
Une seconde lecture, plus prudente, insiste sur le caractère cyclique du secteur. Les semi-conducteurs ont connu une phase de surstockage en 2022-2023, suivie d'une correction des prix. Si la demande automobile reste soutenue, d'autres segments, comme l'électronique grand public, montrent des signes de ralentissement. La hausse du 20 mai pourrait ainsi refléter un simple réajustement technique après une période de consolidation, plutôt qu'un changement de tendance fondamental.
Enfin, il convient de noter que les valorisations boursières des semi-conducteurs européens restent inférieures à celles de leurs concurrents américains (Nvidia, AMD, Intel). Cet écart, souligné par Géraldine Métifeux, peut être interprété comme une décote injustifiée ou comme le reflet de différences réelles en termes de rentabilité et de positionnement sur les marchés les plus dynamiques, comme celui des processeurs pour l'intelligence artificielle.
Implications
À court terme, la dynamique observée le 20 mai pourrait encourager d'autres investisseurs à renforcer leurs positions sur STMicroelectronics, d'autant que le titre affiche une progression de près de 15 % depuis le début de l'année avant cette séance. Les prochaines semaines seront cruciales : la saison des assemblées générales et les mises à jour stratégiques du groupe permettront de jauger la confiance des dirigeants dans leurs perspectives.
Pour les investisseurs particuliers, cette hausse pose la question du point d'entrée. Un titre qui progresse fortement peut sembler attractif, mais il expose également à un risque de correction si les résultats semestriels, attendus dans les semaines à venir, déçoivent. Les analystes surveilleront notamment l'évolution du carnet de commandes dans l'automobile, premier débouché de STMicroelectronics.
À moyen terme, les implications pour le secteur européen des semi-conducteurs sont plus larges. Si STMicroelectronics confirme sa trajectoire, cela renforcerait la crédibilité des plans de soutien public et pourrait attirer davantage d'investissements privés. À l'inverse, un retournement de conjoncture fragiliserait le discours sur la "souveraineté technologique" européenne, qui repose en partie sur la réussite de ce champion national.
Pour les concurrents, comme Infineon (Allemagne) ou NXP (Pays-Bas), la performance de STMicroelectronics constitue un signal : le marché récompense les groupes qui parviennent à conjuguer exposition aux segments porteurs et solidité financière. Une guerre des prix ou une consolidation du secteur ne sont pas à exclure si la croissance ralentit.
Pour aller plus loin
La performance de STMicroelectronics interroge sur la capacité de l'Europe à bâtir des champions technologiques capables de rivaliser avec les géants américains et asiatiques. Le "Chips Act" européen est-il suffisant pour réduire la dépendance ? Ou faut-il envisager des fusions transfrontalières, comme celle avortée entre STMicroelectronics et le néerlandais NXP en 2021 ?
Par ailleurs, l'essor de l'intelligence artificielle embarquée, mentionné dans l'article, soulève des questions sur la nature de la demande à venir. Les puces pour l'IA générative, dominées par Nvidia, sont très différentes de celles produites par STMicroelectronics. Le groupe parviendra-t-il à capter une partie de ce marché, ou restera-t-il cantonné à des segments moins rémunérateurs ?
Enfin, les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, qui pourraient s'aggraver après les élections américaines de novembre 2024, constituent une variable clé. STMicroelectronics, qui possède des usines en Chine, pourrait se trouver pris entre les exigences de Washington et celles de Pékin. Les investisseurs devront suivre de près l'évolution de la réglementation sur les exportations de technologies sensibles.