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Le coût du transport par péniche citerne de Rotterdam à Karlsruhe a plus que triplé en un mois: les niveaux d'eau historiquement bas du Rhin coûtent très cher aux industriels

Economie · · Par Julie MOREAU

Le coût du transport par péniche citerne de Rotterdam à Karlsruhe a plus que triplé en un mois: les niveaux d'eau historiquement bas du Rhin coûtent très cher aux industriels

Les niveaux d’eau du Rhin en Allemagne ont atteint de nouveaux plus bas historiques ce mardi 4 août, sous l’effet de la vague de chaleur qui frappe l’Europe. Se

Les niveaux d’eau du Rhin en Allemagne ont atteint de nouveaux plus bas historiques ce mardi 4 août, sous l’effet de la vague de chaleur qui frappe l’Europe. Selon l’agence nationale de navigation intérieure WSV, la profondeur navigable au goulet d’étranglement de Kaub, près de Coblence, est tombée à 24 centimètres, un record qui dépasse le précédent minimum de 25 centimètres enregistré en 2018. Cette situation contraint les péniches à réduire drastiquement leur chargement, entraînant une flambée des coûts de transport pour les industriels, déjà fragilisés par un contexte économique tendu. ### Un goulet d’étranglement critique pour le fret fluvial Le point de Kaub, situé sur le Rhin moyen, constitue un passage stratégique pour le transport de marchandises entre les ports de Rotterdam et de Karlsruhe, deux hubs majeurs pour l’industrie chimique et énergétique allemande. Avec une profondeur navigable réduite à 24 centimètres, les navires de fret ne peuvent plus emprunter ce tronçon qu’avec un taux de chargement d’environ 20 % de leur capacité normale. Les opérateurs doivent ainsi répartir les cargaisons entre plusieurs bateaux naviguant à charge partielle, ce qui multiplie les rotations et alourdit considérablement la facture logistique. D’après les données communiquées par les négociants en matières premières, le coût du transport par péniche citerne sur l’axe Rotterdam-Karlsruhe a plus que triplé en l’espace d’un mois. Cette inflation tarifaire reflète directement la rareté de l’espace de chargement disponible et la complexité accrue des opérations de manutention. Les experts du secteur estiment que cette tendance pourrait se poursuivre tant que les conditions hydrologiques ne s’amélioreront pas, les prévisions météorologiques n’annonçant aucune pluie significative dans les prochains jours. ### Des industriels contraints de se réorganiser Face à cette crise logistique, les entreprises allemandes doivent s’adapter dans l’urgence. Le groupe chimique Lanxess, dont le porte-parole s’est exprimé lundi soir, a confirmé que les expéditions par péniche sont fortement limitées. « Certains points de chargement et de déchargement n’étant plus accessibles, nous nous tournons vers le transport ferroviaire et routier dans la mesure du possible », a-t-il déclaré. Cette bascule vers des modes alternatifs engendre toutefois des coûts supplémentaires, le rail et la route étant moins adaptés au transport de vrac liquide et souvent plus onéreux sur de longues distances. Les négociants en matières premières soulignent par ailleurs que les navires de marchandises peuvent encore charger environ 220 tonnes, un volume nettement inférieur à leur capacité habituelle. Cette limitation force les industriels à multiplier les commandes et à négocier des contrats dans un marché où l’offre de transport se raréfie. Certains clients industriels, qui montraient des signes de reprise après la crise sanitaire, voient ainsi leurs marges se comprimer sous l’effet de cette hausse soudaine des coûts logistiques. ### Un impact économique qui pourrait s’étendre La situation du Rhin n’est pas un cas isolé. Les niveaux d’eau historiquement bas observés sur ce fleuve emblématique reflètent une sécheresse généralisée qui touche plusieurs bassins fluviaux européens, du Danube à l’Elbe. Pour l’Allemagne, première économie de la zone euro, cette perturbation du fret fluvial intervient à un moment délicat : les indicateurs industriels laissaient entrevoir une reprise modeste, mais les surcoûts logistiques pourraient freiner cette dynamique. Les secteurs les plus exposés, comme la chimie, l’énergie ou la sidérurgie, dépendent fortement de l’approvisionnement en matières premières via le Rhin. Les économistes suivent de près l’évolution de cette crise, car elle pourrait avoir des répercussions sur les prix à la production et, à terme, sur les prix à la consommation. Si les niveaux d’eau ne remontent pas rapidement, les industriels pourraient être contraints de répercuter ces hausses sur leurs clients, alimentant ainsi une inflation déjà préoccupante dans la région. Les autorités de navigation intérieure, de leur côté, surveillent la situation au jour le jour, sans pouvoir fournir de prévisions fiables à moyen terme. En attendant, la navigation sur le Rhin reste possible, mais à quel prix. Les chargeurs doivent composer avec des délais allongés, des capacités réduites et des tarifs en forte hausse, une équation complexe pour une industrie allemande qui espérait une reprise plus sereine. La question reste ouverte : combien de temps les entreprises pourront-elles absorber ces surcoûts avant de devoir les répercuter sur leurs propres clients ?