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"Le CIR n'est pas un tabou, un peu un totem": le ministre de l'Économie Roland Lescure n'exclut pas de "recentrer" le Crédit d'impôt recherche, coûteuse niche fiscale

Economie · · Par Julie MOREAU

Le ministre de l’Économie Roland Lescure ouvre la porte à un recentrage du Crédit d’impôt recherche (CIR), l’une des niches fiscales les plus coûteuses de Franc

Le ministre de l’Économie Roland Lescure ouvre la porte à un recentrage du Crédit d’impôt recherche (CIR), l’une des niches fiscales les plus coûteuses de France, sans pour autant en remettre en cause le principe. Intervenant ce vendredi 3 juillet aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, il a estimé que ce dispositif, doté de près de 7 milliards d’euros par an, n’était « pas un tabou, un peu un totem », tout en conditionnant toute réforme à une baisse parallèle des prélèvements sur les entreprises.

Un débat relancé par le prix Nobel Philippe Aghion

La table ronde, consacrée à la « renaissance d’un écosystème techno français », a vu le prix Nobel d’économie Philippe Aghion interroger directement le ministre sur l’efficacité du CIR. « C’est 7 milliards d’euros. Il faut le mettre à plat. Je ne dis pas qu’il faut le réduire, il faut l’examiner. On ne peut pas dire a priori je n’y touche pas », a-t-il martelé, selon des propos rapportés par BFM Business. Cette intervention a poussé Roland Lescure à sortir de la réserve habituelle du gouvernement sur ce sujet sensible. Le CIR, créé en 1983 et plusieurs fois réformé, est souvent présenté comme un pilier de la politique d’innovation française, mais son efficacité est régulièrement questionnée par les économistes et les cours des comptes.

Un recentrage conditionné à une baisse des impôts

Roland Lescure a reconnu que le CIR finançait « beaucoup d’argent qui finance un peu d’innovation de rupture et beaucoup de recherches dans les entreprises, je dirais un peu lambda ». Il a ainsi évoqué l’hypothèse de « recentrer le Crédit d’impôt recherche sur des vraies innovations de rupture sur de la recherche appliquée », mais en posant une condition claire : « à condition de baisser les prélèvements » sur les entreprises. Cette condition reflète la volonté du gouvernement de ne pas augmenter la pression fiscale globale, tout en cherchant à rendre le dispositif plus ciblé. Le ministre a également été interpellé par Philippe Aghion sur la pertinence du CIR pour des groupes comme Carrefour, une question qui reste ouverte dans le débat public.

Des discussions budgétaires à venir

Le débat sur le CIR s’inscrit dans la préparation du prochain projet de loi de finances, traditionnellement un moment de tension autour des niches fiscales. « On aura ce débat encore à l’occasion », a promis Roland Lescure, confirmant que le sujet serait abordé lors des prochaines discussions budgétaires. Si une réforme du CIR semble désormais envisageable, elle devra concilier l’objectif de soutien à l’innovation avec la nécessité de maîtriser les dépenses fiscales. Le gouvernement devra également rassurer les entreprises qui bénéficient de ce dispositif, notamment les PME et les start-up, qui pourraient craindre un recentrage trop restrictif. La question centrale reste de savoir comment définir une « innovation de rupture » et comment éviter que la réforme ne pénalise la recherche fondamentale au profit de la seule recherche appliquée.