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La Turquie et le Niger renforcent leurs relations à l'occasion de la visite à Ankara du président Tiani

Monde · · Par Claire BERNARD

La Turquie et le Niger renforcent leurs relations à l'occasion de la visite à Ankara du président Tiani

La visite officielle du président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, à Ankara, le jeudi 4 juin, marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre le

La visite officielle du président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, à Ankara, le jeudi 4 juin, marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre le Niger et la Turquie. Reçu par son homologue Recep Tayyip Erdoğan au palais présidentiel, le chef de la junte au pouvoir depuis le putsch de juillet 2023 a affiché une volonté commune de consolider des liens qui se sont nettement renforcés ces dernières années, notamment dans les domaines de la sécurité, de la défense, du commerce et de l’énergie. Cette rencontre, couverte par RFI, s’est conclue par la signature de quatre accords bilatéraux, illustrant une dynamique d’alliance stratégique entre deux puissances régionales aux ambitions affirmées. ## Un partenariat sécuritaire et militaire en pleine expansion ### Des accords pour consolider la coopération Selon des informations rapportées par RFI, les discussions entre Abdourahamane Tiani et Recep Tayyip Erdoğan ont abouti à la signature de quatre accords bilatéraux portant sur le commerce, la santé et la défense. Ce dernier volet est particulièrement scruté, alors que le Niger, confronté à des menaces jihadistes persistantes dans le Sahel, cherche à diversifier ses partenaires militaires après avoir rompu une partie de ses accords avec la France. La Turquie, de son côté, s’impose comme un acteur incontournable de la sécurité régionale, forte de son expérience en matière de drones et de formation militaire. Ce rapprochement, entamé avant le putsch de 2023, semblerait s’accélérer depuis que Niamey a tourné le dos à ses partenaires occidentaux traditionnels. ### Un contexte géopolitique favorable Le renforcement des liens entre Ankara et Niamey s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition des alliances au Sahel. Depuis le coup d’État de juillet 2023, le Niger s’est rapproché de la Russie et du Burkina Faso, tout en maintenant des relations pragmatiques avec la Turquie, perçue comme un intermédiaire moins intrusif. D’après des sources diplomatiques, la Turquie aurait déjà fourni au Niger des équipements de défense et des formations, sans pour autant susciter les mêmes résistances que l’ancienne puissance coloniale française. Cette coopération militaire pourrait également inclure des échanges de renseignements et un soutien logistique, bien que les détails précis des accords signés n’aient pas été rendus publics. ## Des enjeux économiques et énergétiques au cœur des discussions ### Le commerce et l’énergie comme leviers Au-delà de la sécurité, les échanges commerciaux entre les deux pays ont connu une croissance notable. Selon des données officielles turques, le volume des échanges bilatéraux aurait augmenté de près de 30 % entre 2022 et 2024. La visite du président Tiani a également permis d’aborder des questions énergétiques, le Niger disposant de ressources importantes en uranium et en hydrocarbures. La Turquie, dépendante des importations d’énergie, pourrait voir dans ce partenariat une opportunité pour sécuriser ses approvisionnements. Les accords signés dans le domaine de la santé, quant à eux, pourraient ouvrir la voie à des investissements turcs dans les infrastructures médicales nigériennes, un secteur en pleine mutation. ### Une diplomatie turque active en Afrique La Turquie mène depuis une dizaine d’années une politique étrangère proactive sur le continent africain, multipliant les ambassades, les accords commerciaux et les partenariats sécuritaires. Le Niger, pays clé du Sahel par sa position géographique et ses ressources, représente un maillon stratégique de cette stratégie. Recep Tayyip Erdoğan, qui avait déjà rencontré Abdourahamane Tiani à plusieurs reprises depuis 2023, semble considérer le Niger comme un allié fiable dans une région où l’influence française recule. Cette visite à Ankara pourrait ainsi préfigurer une intensification des projets communs, notamment dans les domaines des infrastructures et de l’exploitation minière. ## Perspectives et implications régionales ### Un signal fort pour la coopération afro-turque La visite du général Tiani en Turquie envoie un signal clair aux acteurs internationaux : le Niger entend diversifier ses partenariats et ne pas se limiter à une seule sphère d’influence. Pour la Turquie, cet engagement renforce sa crédibilité en tant que médiateur et partenaire de confiance en Afrique de l’Ouest. Cependant, cette alliance pourrait susciter des tensions avec d’autres puissances, notamment la Russie, également active dans la région. Les prochains mois permettront de mesurer la concrétisation des accords signés et l’impact de ce rapprochement sur la stabilité sécuritaire du Sahel. ### Un équilibre à trouver Alors que le Niger cherche à sortir de l’isolement diplomatique consécutif au putsch, la Turquie apparaît comme un allié de poids, capable de fournir à la fois un soutien militaire et des opportunités économiques. Reste à savoir si cette relation, fondée sur des intérêts mutuels, résistera aux pressions extérieures et aux évolutions politiques internes. Les observateurs notent que la Turquie a su, jusqu’à présent, maintenir un équilibre entre ses engagements envers le Niger et ses relations avec d’autres acteurs régionaux, un pari qui pourrait s’avérer décisif pour l’avenir de la coopération sahélienne.