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La Terre tourne plus vite et on risque de devoir enlever une seconde à nos horloges: pour éviter un bug à 300 milliards de dollars, le monde prépare une réforme du temps (mais la Russie ne veut pas)

Economie · · Par Julie MOREAU

La Terre tourne plus vite et on risque de devoir enlever une seconde à nos horloges: pour éviter un bug à 300 milliards de dollars, le monde prépare une réforme du temps (mais la Russie ne veut pas)

La rotation de la Terre s'accélère depuis quelques années, au point que les gardiens du temps mondial envisagent sérieusement de retirer une seconde à nos horlo

La rotation de la Terre s'accélère depuis quelques années, au point que les gardiens du temps mondial envisagent sérieusement de retirer une seconde à nos horloges. Une réforme d'apparence anodine, mais dont l'issue pourrait peser plusieurs milliards de dollars sur l'économie numérique mondiale. Selon BFM Business, la Conférence générale des poids et mesures (CGPM) se réunit du 13 au 15 octobre à Versailles pour trancher cette question, avec un clivage inattendu : la quasi-totalité des pays serait favorable à une réforme rapide, à l'exception notable de la Russie. ## Une seconde née d'un décalage astronomique Pour comprendre l'enjeu, il faut revenir à la définition même du temps. Historiquement, depuis l'Antiquité, l'heure se lisait dans le ciel : midi correspondait au moment où le Soleil culminait au zénith. Ce système astronomique a toutefois montré ses limites face aux besoins du monde moderne. La Terre ne tourne pas à un rythme constant : elle tend globalement à ralentir, mais sa rotation reste irrégulière. Trop irrégulière, précisément, pour des technologies devenues indispensables comme le GPS. C'est pour recaler le temps de référence mondial — le temps atomique international — sur le rythme réel de la planète qu'a été inventée la « seconde intercalaire ». Ce réglage consiste à ajouter ou retirer ponctuellement une seconde aux horloges mondiales pour maintenir la synchronisation entre le temps atomique, d'une stabilité extrême, et le temps astronomique, calé sur la rotation terrestre. ## Un coût estimé à 300 milliards de dollars Le problème, selon les informations rapportées par BFM Business, est que cette seconde intercalaire coûte très cher aux géants de la tech. Chaque ajustement oblige les systèmes informatiques, les réseaux de télécommunications, les plateformes financières et les infrastructures de navigation à se resynchroniser, avec des risques de dysfonctionnements en cascade. Le coût global de ces opérations est estimé à 300 milliards de dollars. Les membres du CGPM, après de longues concertations, doivent donc réformer ce mécanisme. La 28e réunion de cette instance, qui fixe les règles mondiales du système d'unités de mesure pour qu'elles soient identiques dans tous les pays, rassemblera à Versailles des diplomates et scientifiques russes, européens, américains et chinois. ## La Russie, seul obstacle à l'unanimité Si la plupart des pays devraient voter en faveur de la réforme, la Russie de Vladimir Poutine ferait exception. Ce positionnement isolé pourrait compliquer l'adoption d'un texte pourtant très attendu par les industriels du numérique. La question dépasse en effet le seul cadre scientifique : elle touche à la souveraineté des infrastructures, à la coordination internationale et à la capacité des États à s'accorder sur des normes techniques communes. À l'heure où les tensions géopolitiques pèsent sur de nombreux dossiers multilatéraux, le calendrier mondial pourrait devenir un nouveau terrain d'affrontement diplomatique. ## Un enjeu de gouvernance mondiale L'ironie de la situation est frappante : la Terre tourne aujourd'hui plus vite, ce qui pourrait contraindre à retirer une seconde plutôt qu'à en ajouter, inversant la logique historique du dispositif. Mais au-delà de la physique, c'est bien un problème de gouvernance qui se pose. La mesure du temps, longtemps considérée comme un domaine purement technique, devient un objet de négociation géopolitique. Le rendez-vous de Versailles, du 13 au 15 octobre, dira si le monde parvient à s'entendre sur ce réglage invisible qui conditionne pourtant le fonctionnement de pans entiers de l'économie numérique. Faute d'accord, les opérateurs devront continuer à absorber des coûts colossaux, dans l'attente d'une décision qui, elle, ne saurait être reportée indéfiniment.