"La solidité de l'économie mondiale est frappante": malgré les crises, le chef-économiste du FMI estime que la mondialisation "n'est pas morte"

# La solidité de l'économie mondiale est "frappante" : malgré les crises, le chef-économiste du FMI estime que la mondialisation "n'est pas morte" Alors que les
# La solidité de l'économie mondiale est "frappante" : malgré les crises, le chef-économiste du FMI estime que la mondialisation "n'est pas morte"
Alors que les crises se sont enchaînées depuis la pandémie de Covid-19, l'économie mondiale fait preuve d'une résilience inattendue. Le Français Pierre-Olivier Gourinchas, qui quitte ses fonctions de chef-économiste du Fonds monétaire international (FMI) le 30 juin après quatre ans et demi, a livré une analyse nuancée de la situation dans un entretien accordé vendredi 26 juin à l'AFP. Selon lui, si la mondialisation a indéniablement évolué, elle n'a pas pour autant disparu, contrairement à ce que certains observateurs pourraient craindre.
## Une transformation plutôt qu'une disparition
"La mondialisation n'est pas morte, mais elle s'est transformée et est entrée dans une nouvelle phase", a estimé Pierre-Olivier Gourinchas. Ce constat intervient alors que le FMI doit publier prochainement une version actualisée de son rapport annuel sur l'économie mondiale (WEO). Le chef-économiste sortant relève que le commerce mondial n'a pas connu d'effondrement malgré une succession de chocs majeurs : pandémie, guerre en Ukraine, tensions géopolitiques et inflation généralisée. "La solidité de l'économie mondiale est frappante", a-t-il souligné, notant que les échanges commerciaux se sont maintenus à un niveau très élevé, grâce à une capacité d'adaptation des acteurs économiques.
Ce sont les chaînes d'approvisionnement qui ont été les plus touchées par les bouleversements récents. "Ce que l'on observe, c'est une volonté de réduire les échanges bilatéraux entre la Chine et les États-Unis", observe M. Gourinchas. Cette recomposition a toutefois permis à d'autres pays de s'intégrer dans les circuits commerciaux mondiaux. "Cela a permis à d'autres acteurs de s'intégrer dans les chaînes d'approvisionnement, comme le Mexique ou le Vietnam. Il y a un certain degré d'adaptation qui a permis de maintenir le commerce mondial à un niveau très élevé", a-t-il détaillé.
## Les limites d'un repli protectionniste
Certains pays, et en premier lieu les États-Unis, "cherchent à être moins dépendants du commerce mondial", a reconnu le chef-économiste du FMI. Cette tendance au repli protectionniste est préoccupante à ses yeux. "Je ne crois pas que ce soit une solution soutenable", a-t-il affirmé avec netteté. D'une manière générale, un pays "ne peut pas développer son industrie juste pour lui-même, elle doit pouvoir compter sur un marché plus large" si elle veut survivre dans la compétition économique mondiale.
Dans le même temps, les accords commerciaux se sont multipliés, comme ceux "de l'Union européenne avec le Mercosur ou l'Inde, qui permettent de renforcer les échanges commerciaux dans ces espaces spécifiques". Cette fragmentation en blocs régionaux constitue l'une des caractéristiques de cette nouvelle phase de la mondialisation. Plutôt qu'un retrait pur et simple, on assiste à une réorganisation des flux commerciaux autour de pôles régionaux, ce qui maintient un niveau d'échanges élevé tout en modifiant leur géographie.
## Un ralentissement structurel inquiétant
Malgré ce constat relativement optimiste sur la résilience du commerce mondial, Pierre-Olivier Gourinchas s'inquiète d'un ralentissement structurel de la croissance mondiale. Ce phénomène, qui se dessine sur le long terme, risque de "bloquer le développement des pays émergents", a-t-il prévenu. Les économies en développement, qui comptaient sur une croissance soutenue pour rattraper leur retard, pourraient voir leurs perspectives compromises si la dynamique mondiale ralentit durablement.
Le départ de Pierre-Olivier Gourinchas du FMI, après quatre ans et demi à la tête de son département économique, marque la fin d'un mandat marqué par des crises sans précédent. Il doit rejoindre l'université américaine Berkeley, où il poursuivra ses travaux sur l'économie internationale. Son analyse, à la fois lucide sur les fragilités et confiante dans la capacité d'adaptation du système, offre une grille de lecture précieuse pour comprendre les mutations en cours. La mondialisation, conclut-il, n'est pas morte : elle se réinvente sous nos yeux.