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La «situation explosive» en Cisjordanie occupée est «une manière pour Netanyahu de reprendre la main»

Monde · · Par Claire BERNARD

La «situation explosive» en Cisjordanie occupée est «une manière pour Netanyahu de reprendre la main»

Cisjordanie : la flambée de violences, une « manière pour Netanyahu de reprendre la main » à l’approche des législatives Alors que la Cisjordanie occupée connaî

Cisjordanie : la flambée de violences, une « manière pour Netanyahu de reprendre la main » à l’approche des législatives

Alors que la Cisjordanie occupée connaît une escalade de violences sans précédent depuis plusieurs jours, des analystes politiques estiment que cette dégradation pourrait servir les intérêts électoraux du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, à quelques semaines d’élections législatives anticipées. Selon un entretien accordé par Denis Charbit, professeur de science politique à l’université ouverte d’Israël, à RFI le 27 juillet 2026, la « situation explosive » dans ce territoire palestinien ne serait pas le fruit du hasard, mais une « manière pour Netanyahu de reprendre la main » sur une scène politique intérieure fragilisée par la guerre contre l’Iran et les tensions régionales.

### Des affrontements meurtriers dans un contexte de guerre régionale

Les violences ont culminé vendredi 24 juillet 2026 dans la localité de Tell, au nord de la Cisjordanie occupée, où des affrontements entre Palestiniens et colons israéliens ont fait plusieurs morts. Depuis, l’armée israélienne et les colons mènent des représailles qui, selon Denis Charbit, s’inscrivent dans une dynamique plus large amorcée en octobre 2023. « L’attention de l’armée israélienne s’est tournée vers la bande de Gaza, vers l’Iran, vers le sud du Liban. D’une certaine manière, la Cisjordanie a été un peu livrée aux mains des colons », a-t-il expliqué. Le chercheur souligne que les Palestiniens réclament désormais la présence de l’armée pour faire respecter l’ordre public, une mission qui lui incombe depuis la signature des accords d’Oslo.

Cette flambée de violences intervient dans un contexte régional particulièrement tendu. La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, qui a connu une reprise marquée en mars et avril 2026, a détourné les ressources militaires israéliennes vers d’autres fronts, laissant la Cisjordanie sans protection efficace. Les colons, encouragés par le gouvernement actuel, ont multiplié les incursions dans les villages palestiniens, sans que des représailles significatives ne soient engagées à leur encontre. Selon des données rapportées par RFI, la violence des colons a fortement augmenté depuis l’entrée en fonction du gouvernement israélien actuel, avec une recrudescence particulièrement nette au printemps 2026.

### Un calcul politique à l’approche des urnes

Pour Denis Charbit, cette escalade n’est pas anodine à quelques semaines des élections législatives anticipées, que Benyamin Netanyahu espère bien remporter. « C’est une manière pour Netanyahu de reprendre la main », affirme-t-il. En attisant les tensions en Cisjordanie, le Premier ministre israélien pourrait chercher à détourner l’attention des difficultés économiques et des critiques sur sa gestion de la guerre contre l’Iran. Il s’agirait également de consolider sa base électorale, composée en partie de colons et de nationalistes religieux, en leur offrant un terrain d’expression pour leur projet de colonisation.

Cette stratégie, bien que risquée, semble calculée. « Sans action forte du gouvernement israélien, ces violences continueront de s’aggraver », prévient le politologue. Mais cette inaction pourrait être délibérée : en laissant les colons agir sans entrave, Netanyahu envoie un signal fort à son électorat, tout en affaiblissant l’Autorité palestinienne, déjà fragilisée par des années de conflit et de divisions internes. Par ailleurs, cette situation permet de justifier un durcissement sécuritaire, mesure populaire auprès d’une partie de l’opinion israélienne en période de guerre.

### Une situation humanitaire et sécuritaire préoccupante

Les conséquences de cette escalade sont d’ores et déjà dramatiques pour les populations palestiniennes. Les affrontements ont provoqué des destructions de biens et des déplacements forcés, comme en témoignent les images de bâtiments détruits dans le camp de réfugiés d’al-Maghazi, au centre de la bande de Gaza, rapportées par l’Associated Press le 24 juillet 2026. Les habitants de Cisjordanie, pris entre les incursions des colons et les opérations militaires israéliennes, vivent dans une insécurité permanente.

Si Denis Charbit estime que la situation pourrait encore se dégrader, il rappelle que la clé de l’apaisement réside dans une action politique forte de la part du gouvernement israélien. Cependant, à l’approche des législatives, il semble peu probable que Netanyahu prenne le risque de s’aliéner sa base électorale en réprimant les colons. La « situation explosive » en Cisjordanie pourrait donc perdurer, servant autant les intérêts électoraux du Premier ministre que les dynamiques de colonisation, dans un contexte où la guerre régionale continue de redessiner les priorités stratégiques d’Israël.