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La poudre, nerf de la guerre

Economie · · Par Julie MOREAU

La poudre, nerf de la guerre

# La poudre, nerf de la guerre La production de poudre pour munitions s’impose comme un enjeu stratégique majeur pour les armées occidentales, confrontées à une

# La poudre, nerf de la guerre La production de poudre pour munitions s’impose comme un enjeu stratégique majeur pour les armées occidentales, confrontées à une demande croissante depuis le début du conflit en Ukraine. Selon BFM Business, ce sujet a été au cœur des discussions dans l’émission "Air&Défense", soulignant que la capacité à fabriquer des explosifs et propergols conditionne désormais la souveraineté militaire de nombreux États. Entre tensions sur les chaînes d’approvisionnement et investissements colossaux, la poudre est devenue le véritable nerf de la guerre. ## Un secteur sous pression depuis 2022 Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la consommation mondiale de munitions a explosé, mettant en lumière la fragilité des stocks européens. Les usines de poudre, souvent vieillissantes et peu nombreuses, peinent à répondre à la demande. En France, par exemple, la poudre pour charges propulsives est principalement produite par Eurenco, un groupe issu de la restructuration de l’industrie de défense. Or, selon les données disponibles, la production annuelle française ne couvrait qu’environ 30 % des besoins en obus de 155 mm avant 2022, obligeant à importer massivement depuis l’étranger. Cette dépendance est jugée critique par les experts militaires, qui appellent à un réarmement industriel. ## L’exemple des obus d’artillerie Le cas des obus de 155 mm est emblématique. Chaque projectile nécessite environ 6 à 8 kilogrammes de poudre, selon les modèles. Avec une consommation ukrainienne estimée à plusieurs milliers d’obus par jour au plus fort des combats, les stocks européens se sont rapidement épuisés. En 2023, l’Union européenne s’est engagée à livrer un million d’obus à Kiev d’ici mars 2024, mais la production industrielle n’a pas suivi le rythme. Les fabricants comme Nexter ou Rheinmetall ont dû accélérer leurs cadences, tandis que les usines de poudre, notamment en Allemagne et en Suède, ont été mises à contribution. Le retard accumulé illustre la difficulté de relancer une filière longtemps délaissée au profit de technologies plus sophistiquées. ## Les investissements nécessaires Pour répondre à cette urgence, plusieurs gouvernements ont annoncé des plans de relance. La France, par l’intermédiaire du ministère des Armées, a débloqué plusieurs centaines de millions d’euros pour moderniser les sites d’Eurenco à Bergerac et Sorgues. L’objectif est de tripler la capacité de production de poudre d’ici 2026, selon des sources industrielles. De son côté, l’Allemagne a investi dans une nouvelle usine en Bavière, tandis que la Pologne et l’Italie explorent des partenariats avec des acteurs privés. Ces efforts s’inscrivent dans une logique de souveraineté européenne, mais ils se heurtent à des contraintes techniques et réglementaires, notamment liées à la sécurité et à l’environnement. ## Une filière stratégique à reconstruire Au-delà des obus, la poudre est essentielle pour les missiles, les roquettes et les munitions de petit calibre. Dans l’émission "Air&Défense" du 3 juillet, les intervenants ont souligné que la maîtrise de cette filière conditionne l’autonomie stratégique de la France et de l’Europe. Le développement de nouveaux propergols, plus performants et moins sensibles, est également un enjeu de recherche. Des entreprises comme MBDA ou Naval Group, qui conçoivent des systèmes d’armes complexes, dépendent directement de la disponibilité de poudre de qualité. Or, la concurrence mondiale s’intensifie, avec des acteurs comme la Chine ou les États-Unis qui investissent massivement. ## Conclusion La poudre, longtemps considérée comme une technologie mature et peu stratégique, est redevenue un enjeu central de la défense. Les tensions géopolitiques actuelles rappellent que sans capacité de production suffisante, les armées sont vulnérables. L’Europe, qui a délaissé cette industrie pendant des décennies, doit désormais rattraper son retard pour garantir sa sécurité à long terme.