La note de la France bientôt dégradée? L'agence Moody's ne croit pas vraiment à un compromis sur le budget 2027 et estime que le prochain président "sera confronté à la même difficulté"

L'agence de notation Moody's a publié jeudi une note dans laquelle elle se montre particulièrement sceptique sur la capacité de la France à se doter d'un budget
L'agence de notation Moody's a publié jeudi une note dans laquelle elle se montre particulièrement sceptique sur la capacité de la France à se doter d'un budget dans les délais prévus. Selon l'agence, l'adoption du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale présentés par le gouvernement « est loin d'être acquise ». Une mise en garde qui intervient alors que la trajectoire des finances publiques françaises reste au cœur des préoccupations des investisseurs et des partenaires européens.
## Un Parlement fragmenté, terrain d'incertitude
Moody's souligne que les « tensions politiques risquent de s'intensifier au sein d'un Parlement » déjà très fragmenté, « à l'approche de l'élection présidentielle et des élections législatives qui devraient suivre ». L'agence américaine pointe un enchaînement politique qui pourrait compliquer encore davantage l'exercice budgétaire. « Les élections risquent de durcir les positions politiques et de restreindre les possibilités de compromis entre les trois principaux blocs parlementaires », ajoute-t-elle dans sa note. Autrement dit, plus l'échéance électorale approche, plus les formations politiques seraient tentées de camper sur des positions intransigeantes, au détriment de la recherche d'accords. Ce diagnostic rejoint les difficultés déjà rencontrées lors des précédents cycles budgétaires, où l'absence de majorité absolue a contraint l'exécutif à recourir à des outils constitutionnels pour faire adopter ses textes.
## L'objectif de 5% du PIB en question
Dans ces conditions, l'agence estime difficile de trouver un accord pour voter un budget qui ramènerait le déficit public à 5% du PIB, comme le souhaite le gouvernement. Ce seuil constitue pourtant une étape intermédiaire sur la voie du retour sous les 3%, conformément aux engagements européens de la France. Mais Moody's va plus loin : même en cas de compromis sur le budget 2027, l'effort à fournir resterait considérable. « Même si un accord est trouvé sur le budget 2027, le futur Parlement et le prochain président devront prendre des mesures significatives pour ramener un déficit primaire proche de 3% du PIB vers une situation globalement équilibrée, afin de stabiliser une dette publique avoisinant les 120% du PIB », prévient l'agence. Le déficit primaire désigne ici le solde hors charge de la dette, un indicateur clé pour juger de l'effort structurel réel des administrations publiques.
## Un scénario de référence peu optimiste
Moody's ne cache pas son pessimisme. Son « scénario de référence » demeure celui d'un « Parlement fragmenté, dépourvu de majorité claire » à l'issue des probables élections législatives de 2027. « Le prochain président et le futur gouvernement seront donc probablement confrontés à la même difficulté que leurs prédécesseurs : celle de bâtir une majorité transpartisane pour mener un effort pluriannuel de redressement », conclut l'agence. Cette analyse suggère que la question budgétaire française ne se résoudra pas mécaniquement par une alternance politique, mais qu'elle dépendra de la capacité des acteurs à construire des coalitions durables. Une équation d'autant plus délicate que la dette publique, proche de 120% du PIB, laisse peu de marges de manœuvre en cas de nouvelle dégradation de la conjoncture ou de remontée des taux d'intérêt.
La note de Moody's ne constitue pas, en soi, une décision de dégradation de la note souveraine française. Elle dessine toutefois un cadre d'analyse qui pèsera sur les prochaines évaluations de l'agence. Pour les marchés comme pour les partenaires européens, le message est clair : la crédibilité budgétaire de la France dépendra moins de l'annonce d'objectifs que de la capacité effective à les atteindre dans un paysage politique émietté. Un défi qui, selon Moody's, se transmettra de gouvernement en gouvernement.