"La muscu est devenue une drogue", "des physiques de malades mentaux"... Le rapport choc sur les vidéos de bien-être qui piègent les jeunes

# "La muscu est devenue une drogue", "des physiques de malades mentaux"... Le rapport choc sur les vidéos de bien-être qui piègent les jeunes Selon un rapport c
# "La muscu est devenue une drogue", "des physiques de malades mentaux"... Le rapport choc sur les vidéos de bien-être qui piègent les jeunes
Selon un rapport conjoint de la Fondation Jean-Jaurès et de la Fondation APRIL, publié en mai 2023, les contenus de "bien-être" diffusés massivement sur les réseaux sociaux exposeraient les jeunes à une forme de "toxicité invisible". L'étude, relayée par Midi Libre, pointe du doigt des vidéos de musculation, de développement personnel et de nutrition qui, sous couvert d'amélioration de soi, engendreraient des dérives psychologiques et physiques alarmantes chez les 15-24 ans.
## Une exposition quotidienne aux contenus "bien-être" qui inquiète
D'après les données recueillies par les deux fondations, l'exposition permanente des adolescents et jeunes adultes à ces contenus relèverait d'un phénomène insidieux, difficilement détectable par les parents ou les éducateurs. Contrairement au cyberharcèlement ou à la désinformation politique, ces vidéos de "bien-être" — fitness, routines matinales, régimes alimentaires stricts — ne présenteraient pas de danger apparent au premier regard. Pourtant, les auteurs du rapport estiment que cette catégorie de contenus pourrait être tout aussi nocive, en installant une pression constante sur l'apparence physique et la performance individuelle.
Les chercheurs ont notamment analysé des milliers de publications sur TikTok, Instagram et YouTube. Ils auraient identifié une tendance à la normalisation de corps "hors normes", qualifiés dans le rapport de "physiques de malades mentaux". Cette expression, volontairement provocatrice, viserait à alerter sur la diffusion d'idéaux corporels inaccessibles, obtenus par des pratiques extrêmes ou des prises de substances dopantes.
## "La muscu est devenue une drogue" : le glissement vers des comportements addictifs
Le rapport met en lumière un constat troublant : pour de nombreux jeunes, la musculation ne serait plus une simple activité sportive mais une véritable addiction. Les auteurs évoquent une "drogue" comportementale, comparable à d'autres formes de dépendance sans substance. Les algorithmes des plateformes, en recommandant toujours plus de contenus similaires, enfermeraient les utilisateurs dans une boucle de comparaison et d'insatisfaction corporelle.
Selon des témoignages recueillis par les fondations, certains jeunes passeraient plusieurs heures par jour à visionner des vidéos de transformation physique, à calculer leurs macros ou à suivre des programmes d'entraînement intensifs. Les conséquences seraient multiples : troubles alimentaires, anxiété sociale, isolement, et parfois recours à des compléments alimentaires non réglementés ou à des stéroïdes anabolisants. Le rapport souligne également que les garçons seraient tout autant concernés que les filles, contrairement à certaines idées reçues sur les pressions esthétiques.
## Un phénomène amplifié par les algorithmes et le marketing d'influence
Les chercheurs de la Fondation Jean-Jaurès et d'APRIL pointent également la responsabilité des plateformes dans cette dérive. Les algorithmes de recommandation, conçus pour maximiser le temps passé sur l'application, favoriseraient les contenus les plus extrêmes et les plus engageants émotionnellement. Une vidéo de "transformation physique" spectaculaire obtiendrait ainsi davantage de visibilité qu'un contenu modéré prônant une approche équilibrée du sport et de l'alimentation.
Par ailleurs, le marketing d'influence jouerait un rôle central dans cette mécanique. De nombreux influenceurs, rémunérés pour promouvoir des programmes sportifs ou des compléments alimentaires, diffuseraient des images retouchées ou des résultats non représentatifs de la réalité. Les jeunes, en quête de modèles, seraient particulièrement vulnérables à ces discours, d'autant plus que ces contenus sont présentés comme relevant du "bien-être" et de la "santé".
## Des pistes de régulation encore incertaines
Face à ce constat, les fondations appellent à une prise de conscience collective et à des mesures de régulation plus strictes. Elles recommandent notamment un étiquetage des contenus retouchés, une limitation de la publicité pour les compléments alimentaires auprès des mineurs, et une meilleure éducation aux médias dans les établissements scolaires. Toutefois, ces propositions se heurtent à la complexité du cadre légal européen et à la puissance des géants du numérique.
Le rapport s'inscrit dans une série de travaux récents alertant sur les effets délétères des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes. Si la prise de conscience progresse, les solutions concrètes peinent encore à émerger, laissant planer une incertitude sur la capacité des pouvoirs publics à endiguer ce phénomène. La "toxicité invisible" des contenus de bien-être pourrait bien devenir l'un des enjeux majeurs de santé publique de la décennie à venir.