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La méga-panne électrique de 2025 et la guerre au Moyen-Orient ont fait plier Madrid: le gouvernement espagnol prolonge la plus grande centrale nucléaire du pays jusqu'en 2030

Economie · · Par Julie MOREAU

La méga-panne électrique de 2025 et la guerre au Moyen-Orient ont fait plier Madrid: le gouvernement espagnol prolonge la plus grande centrale nucléaire du pays jusqu'en 2030

La méga-panne électrique d'avril 2025 et les tensions au Moyen-Orient auront eu raison des certitudes de Madrid. Le gouvernement espagnol, pourtant engagé dans

La méga-panne électrique d'avril 2025 et les tensions au Moyen-Orient auront eu raison des certitudes de Madrid. Le gouvernement espagnol, pourtant engagé dans une sortie progressive du nucléaire à l'horizon 2035, a officiellement prolongé l'exploitation de la centrale d'Almaraz, la plus puissante du pays, jusqu'au 8 juin 2030. Un décret publié vendredi au Journal officiel acte cette décision, qui met un terme à des mois d'âpres négociations entre l'exécutif de Pedro Sánchez et les trois énergéticiens propriétaires du site. ## Un revirement stratégique sous pression énergétique La centrale d'Almaraz, inaugurée au début des années 1980, était initialement vouée à fermer ses deux réacteurs en 2027 et 2028. Mais la spectaculaire panne de courant qui a frappé la péninsule ibérique en avril 2025 a agi comme un électrochoc. Cet incident inédit, conjugué aux répercussions des hostilités au Moyen-Orient sur les marchés de l'énergie, a relancé avec acuité les débats sur la sécurité d'approvisionnement du pays. Le gouvernement, qui parie massivement sur les énergies renouvelables — solaire, éolien —, se voit contraint d'arbitrer entre ses ambitions climatiques et la nécessité immédiate de garantir la stabilité du réseau électrique. Selon les données disponibles, Almaraz représentait l'an passé 7% de la production d'électricité en Espagne. Un chiffre qui illustre le poids considérable de cette installation dans le mix énergétique national. La prolongation de son exploitation jusqu'en 2030 offre donc une marge de manœuvre substantielle au gouvernement, tout en repoussant de fait l'échéance de la sortie du nucléaire espagnol. ## Un soulagement local, des conditions posées par le Premier ministre La décision de Madrid a été accueillie avec une satisfaction non dissimulée par le collectif citoyen "Sí a Almaraz, Sí al Futuro" ("Oui à Almaraz, Oui au Futur"), formé début 2025 pour défendre la pérennité de la centrale dans une région d'Estrémadure frappée par le déclin démographique. Dans un communiqué, l'organisation a salué une "excellente nouvelle". Fernando Sánchez Castilla, maire d'une commune voisine, s'est dit "soulagé" et voit "la lumière au bout du tunnel", selon des propos rapportés dans ce même communiqué. Cette prolongation s'inscrit toutefois dans un cadre conditionnel. Mi-juillet, l'autorité de sûreté nucléaire espagnole (CSN) avait émis un avis favorable à la prolongation d'exploitation du site. De son côté, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez avait posé plusieurs conditions, dont la teneur exacte n'a pas été intégralement détaillée dans les informations disponibles. Ces réserves suggèrent que le gouvernement entend encadrer strictement cette prolongation, probablement en matière de sûreté, de gestion des déchets et d'investissements nécessaires à la maintenance des installations vieillissantes. ## Un arbitrage entre sécurité énergétique et transition écologique Ce revirement madrilène illustre les dilemmes auxquels sont confrontées de nombreuses économies européennes. D'un côté, la nécessité de sécuriser l'approvisionnement électrique dans un contexte géopolitique instable et face à des aléas techniques majeurs. De l'autre, l'engagement pris en faveur d'une transition énergétique vers des sources bas carbone. L'Espagne, qui bénéficie d'un ensoleillement exceptionnel et de conditions favorables à l'éolien, entend bien poursuivre le développement de ces filières. Mais la réalité du terrain impose des ajustements. Le sort d'Almaraz pourrait faire jurisprudence. Alors que la Chine poursuit la construction de 38 réacteurs nucléaires et que les États-Unis n'en construisent aucun, l'Europe semble chercher une voie médiane entre abandon précipité et maintien prolongé de son parc existant. La décision espagnole, bien que temporaire, envoie un signal clair : la sécurité énergétique prime désormais sur les calendriers idéologiques. Reste à savoir si cette prolongation jusqu'en 2030 sera la dernière, ou si les aléas géopolitiques et techniques continueront de faire évoluer la trajectoire nucléaire espagnole. En attendant, les habitants d'Estrémadure et les salariés de la centrale peuvent souffler, tandis que le débat sur l'avenir énergétique du pays reste plus que jamais ouvert.