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La loi islamique proscrit les prêts à intérêt: comment fonctionnent les sukuk créés par la Malaisie dans les années 80, ces emprunts islamiques qui ont le vent en poupe dans les pays africains

Economie · · Par Julie MOREAU

La loi islamique proscrit les prêts à intérêt: comment fonctionnent les sukuk créés par la Malaisie dans les années 80, ces emprunts islamiques qui ont le vent en poupe dans les pays africains

La finance islamique, qui respecte les préceptes de la loi islamique, a connu une croissance remarquable en Afrique, notamment grâce à l'émission de sukuk. Ces

La finance islamique, qui respecte les préceptes de la loi islamique, a connu une croissance remarquable en Afrique, notamment grâce à l'émission de sukuk. Ces instruments financiers, créés en Malaisie dans les années 1980, offrent une alternative aux prêts à intérêt, dont la perception est prohibée par la charia. Dans ce contexte, plusieurs pays africains, tels que le Sénégal, le Bénin et l'Algérie, ont commencé à explorer cette option pour diversifier leurs sources de financement. Les sukuk, souvent traduits par "obligations islamiques", se distinguent des obligations classiques par leur structure. Dans le cadre d'une obligation traditionnelle, l'emprunteur paie un intérêt fixe au prêteur. En revanche, les sukuk sont adossés à des actifs tangibles, ce qui signifie que les investisseurs reçoivent des revenus basés sur les bénéfices générés par ces actifs, plutôt que sur des intérêts. Ce modèle est conforme à la loi islamique qui stipule que le profit doit être le résultat d'un effort ou d'un risque, évitant ainsi le concept de "riba" (intérêt). Le Sénégal a été un pionnier en matière d'émission de sukuk en Afrique. En février 2020, le pays a lancé un sukuk adossé à des actifs de l'aéroport international Léopold Sédar Senghor de Dakar. Cette initiative a non seulement permis de lever des fonds pour le développement d'infrastructures, mais a également attiré l'attention des investisseurs du Golfe, désireux d'investir dans des projets conformes à leurs principes religieux. Selon des sources, les émissions de sukuk en Afrique ont atteint 3 milliards de dollars en 2023, avec l'Égypte à la tête de ce mouvement, ayant émis 2,8 milliards de dollars après un an d'absence sur ce marché. Le Bénin, quant à lui, a réalisé sa première émission de sukuk au début de l'année 2023, levant 500 millions de dollars. Ce succès témoigne de l'intérêt croissant des États africains pour la finance islamique comme moyen de diversifier leurs financements. En janvier 2023, l'Algérie a également lancé une émission de sukuk pour près de 2 milliards d'euros, renforçant ainsi sa position sur ce marché. Les sukuk ne sont pas seulement une source de financement, mais également un outil permettant de renforcer les relations économiques avec le monde arabe et d'attirer des investissements étrangers. L'engouement pour les sukuk en Afrique s'inscrit dans un contexte où les pays cherchent à réduire leur dépendance aux prêts traditionnels, souvent associés à des conditions jugées contraignantes. En 2024, les pays africains avaient émis 13 milliards de dollars d'obligations classiques, mais l'essor des sukuk pourrait offrir une alternative moins risquée et plus conforme aux valeurs locales. Il est important de souligner que la structuration des sukuk nécessite une conformité rigoureuse aux principes de la charia, ce qui peut nécessiter l'intervention de conseillers en finance islamique pour s'assurer que toutes les transactions respectent ces règles. La transparence et la gestion rigoureuse des actifs sous-jacents sont également essentielles pour gagner la confiance des investisseurs. En conclusion, les sukuk représentent une opportunité prometteuse pour les États africains cherchant à diversifier leurs sources de financement. En s'appuyant sur des instruments conformes à la loi islamique, ces pays peuvent non seulement lever des fonds pour des projets d'infrastructure et de développement, mais aussi renforcer leurs liens avec les investisseurs du Golfe. L'essor des sukuk en Afrique pourrait ainsi marquer un tournant pour la finance islamique sur le continent, avec des implications significatives pour le développement économique.