La Guinée demande à la France la restitution du crâne de Bokar Biro et de trois de ses proches

La Guinée a officiellement saisi la France d’une demande de restitution du crâne de Bokar Biro, dernier souverain de l’État théocratique du Fouta-Djalon, ainsi
La Guinée a officiellement saisi la France d’une demande de restitution du crâne de Bokar Biro, dernier souverain de l’État théocratique du Fouta-Djalon, ainsi que de celui de trois de ses proches. L’annonce a été faite sur RFI par le ministre guinéen de la Culture, Moussa Moïse Sylla, qui a précisé que la requête avait été déposée le 27 juillet dernier. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de réclamation du patrimoine africain détenu par les anciennes puissances coloniales.
## Une demande officielle transmise aux autorités françaises
Selon les informations rapportées par RFI, le ministre guinéen de la Culture a confirmé que la demande formelle avait été transmise aux autorités françaises. Moussa Moïse Sylla a précisé que cette requête concerne non seulement le crâne de Bokar Biro, mais également ceux de son frère, de son père et de son chef de guerre. Bokar Biro occupait une position centrale dans l’histoire précoloniale de la région : il était à la fois le chef politique et religieux de l’État théocratique du Fouta-Djalon, une entité qui correspond aujourd’hui à une partie du territoire guinéen.
La date du 27 juillet marque donc le point de départ d’une procédure dont l’issue pourrait prendre plusieurs mois, voire plusieurs années. Les modalités de cette restitution, si elle aboutit, n’ont pas encore été précisées par les autorités françaises. Toutefois, la demande guinéenne s’appuie sur une dynamique internationale récente en matière de retour des biens culturels et humains conservés dans les musées et institutions européens.
## Bokar Biro, figure emblématique de la résistance au Fouta-Djalon
Bokar Biro est une figure historique majeure pour la Guinée. Il fut le dernier Almamy de l’État théocratique du Fouta-Djalon, un pouvoir théocratique établi au XVIIIe siècle dans les montagnes du Fouta, qui a perduré jusqu’à la colonisation française à la fin du XIXe siècle. Son rôle de chef politique et religieux lui conférait une autorité spirituelle et temporelle considérable sur une vaste région. Selon des récits historiques, il aurait été tué en 1896 lors des affrontements contre les troupes coloniales françaises, et son crâne aurait été transporté en France comme trophée de guerre.
La demande de restitution intervient dans un contexte où plusieurs pays africains multiplient les requêtes auprès des anciennes puissances coloniales pour récupérer leur patrimoine. La France a déjà procédé à des restitutions notables, notamment en 2021 avec le retour de 26 œuvres d’art au Bénin. Cependant, la question des restes humains demeure particulièrement sensible, car elle touche à la dignité des peuples et à la mémoire collective.
## Un précédent récent avec l’Algérie et des perspectives incertaines
La demande guinéenne s’inscrit dans la continuité d’autres démarches similaires sur le continent. En 2020, l’Algérie avait obtenu la restitution des crânes de 24 résistants algériens conservés au Musée de l’Homme à Paris, après plusieurs années de négociations. Ce précédent pourrait servir de référence pour la Guinée, bien que chaque dossier soit traité au cas par cas par les autorités françaises.
D’après des sources proches du dossier, la France n’a pas encore communiqué officiellement sur la demande guinéenne. Le ministère de la Culture français n’a pas répondu aux sollicitations de RFI au moment de la publication de l’article. Il semblerait toutefois que la Commission pour la restitution des biens culturels, créée en 2021, puisse être saisie pour émettre un avis sur cette demande. Cette commission, présidée par l’historien Bénédicte Savoy, a déjà recommandé plusieurs restitutions depuis sa création.
## Un enjeu mémoriel et diplomatique pour la Guinée
Au-delà de l’aspect patrimonial, cette demande revêt une dimension mémorielle et diplomatique importante pour Conakry. Le gouvernement guinéen, dirigé par le président Mamadi Doumbouya depuis le coup d’État de septembre 2021, cherche à renforcer son identité nationale et à réhabiliter les figures historiques de la résistance à la colonisation. La restitution du crâne de Bokar Biro pourrait ainsi devenir un symbole fort de la souveraineté retrouvée et de la reconnaissance des tragédies historiques.
Toutefois, les procédures de restitution restent complexes et dépendent de la volonté politique des deux parties. La France a adopté en 2023 une loi-cadre facilitant la restitution des biens culturels aux pays d’origine, mais son application concrète aux restes humains demeure encore limitée. Les prochains mois devraient permettre de clarifier la position française sur ce dossier, tandis que la Guinée semble déterminée à poursuivre ses efforts pour honorer la mémoire de l’un de ses plus illustres souverains.