"La génération la plus riche de l'histoire": pour cet économiste, les États-Unis peuvent dire merci aux "baby boomers" qui tirent la croissance du pays

Les ventes au détail américaines ne faiblissent pas, le PIB résiste, et pourtant la confiance des ménages reste au plus bas. Pour l'économiste Edward Yardeni, v
Les ventes au détail américaines ne faiblissent pas, le PIB résiste, et pourtant la confiance des ménages reste au plus bas. Pour l'économiste Edward Yardeni, vétéran de Wall Street, cette contradiction s'explique par un facteur générationnel souvent négligé : les "baby boomers", nés entre 1946 et 1964, constitueraient le véritable moteur de la croissance des États-Unis. Une analyse qui tranche avec le discours dominant d'une "économie en K", marquée par une fracture entre ménages aisés et modestes.
## Une croissance portée par les consommateurs, malgré un contexte tendu
L'économie américaine affiche une vigueur surprenante dans un environnement pourtant marqué par les tensions géopolitiques. Au deuxième trimestre, le PIB de la première puissance mondiale a progressé de 1,5% en rythme annualisé, après une hausse de 2,1% au premier trimestre. Cette performance repose essentiellement sur la consommation des ménages, qui continue de soutenir l'activité malgré une inflation toujours préoccupante, mesurée à 3,7% en juillet.
Le paradoxe est saisissant : l'indice de confiance des ménages est tombé en mai à un niveau historiquement bas, et il demeure aujourd'hui 5 points inférieur à son niveau d'avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. Pourtant, les dépenses ne dégringolent pas. Les ventes de détail ont augmenté de 5% en valeur entre juillet 2025 et juillet 2026, et de 1,6% en volume. Un écart entre moral des ménages et comportements d'achat qui interroge les analystes.
## L'"économie en K" remise en question par la lecture générationnelle
De nombreux économistes ont popularisé ces derniers mois l'expression d'"économie en forme de K" pour décrire la situation américaine. D'un côté, les ménages les plus aisés continueraient de s'enrichir et de dépenser sans compter, tirant seuls la croissance. De l'autre, les classes modestes, confrontées à l'inflation, seraient contraintes de restreindre leurs achats, creusant encore l'écart économique.
Edward Yardeni, l'un des analystes les plus respectés de Wall Street, conteste cette lecture, comme le relaye le magazine Fortune. Pour lui, la lettre "K" ne rend pas compte de la réalité. Il lui préfère la lettre "G", comme "générationnelle". Selon cette grille d'analyse, ce ne seraient pas les riches dans leur ensemble qui soutiendraient l'économie, mais plus spécifiquement les Américains les plus âgés, parmi lesquels on trouve certes de nombreux ménages aisés, mais qui partagent surtout des caractéristiques démographiques et patrimoniales communes.
## Le poids démographique et financier des baby boomers
La génération des baby boomers, née dans l'après-guerre entre 1946 et 1964, bénéficie d'une situation financière historiquement favorable. Ayant traversé des décennies de croissance, accumulé un patrimoine immobilier et financier conséquent, et profitant de marchés actions orientés à la hausse, cette cohorte dispose d'une capacité de dépense que les générations suivantes n'ont pas connue au même âge. À l'heure de la retraite, loin de réduire leurs dépenses, ils maintiennent un niveau de consommation élevé.
Cette génération est souvent décrite comme la plus riche de l'histoire américaine. Son poids démographique considérable amplifie mécaniquement son influence sur les indicateurs de consommation. Là où l'analyse en "K" oppose riches et pauvres, la lecture en "G" proposée par Edward Yardeni met en lumière un clivage générationnel : les seniors dépensent, les plus jeunes arbitrent, et c'est ce déséquilibre qui expliquerait la résilience paradoxale des ventes au détail.
## Des implications économiques majeures pour les années à venir
Si la thèse d'Edward Yardeni se vérifie, elle invite à reconsidérer les prévisions de croissance américaine. Le vieillissement de la population, souvent perçu comme un frein économique, pourrait en réalité constituer un amortisseur de conjoncture tant que les baby boomers conserveront leur pouvoir d'achat. À l'inverse, la transmission intergénérationnelle du patrimoine, qui s'annonce massive dans les prochaines décennies, redistribuera progressivement ces ressources vers des générations aux comportements de consommation différents.
La question de la soutenabilité de ce modèle demeure toutefois entière. L'inflation, mesurée à 3,7% en juillet, continue d'éroder le pouvoir d'achat des ménages les plus modestes, et la confiance des consommateurs reste dégradée. Si les baby boomers soutiennent aujourd'hui la croissance, leur contribution dépendra de l'évolution de leur patrimoine, de leur santé financière et des politiques économiques menées à Washington. L'économie américaine, portée par cette génération exceptionnelle, pourrait bien découvrir les limites de ce moteur démographique lorsque la transmission des richesses s'accélérera.