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La fusion nucléaire : un vecteur de souveraineté ?

Economie · · Par Julie MOREAU

La fusion nucléaire : un vecteur de souveraineté ?

# La fusion nucléaire : un vecteur de souveraineté ? La question de la souveraineté énergétique refait surface dans le débat public, portée par les promesses te

# La fusion nucléaire : un vecteur de souveraineté ? La question de la souveraineté énergétique refait surface dans le débat public, portée par les promesses technologiques de la fusion nucléaire. Alors que l'Union européenne cherche à investir massivement dans les révolutions technologique, verte et géopolitique, selon les déclarations de Roland Lescure rapportées par BFM Business, la fusion nucléaire s'imposerait comme un levier stratégique potentiel pour réduire la dépendance aux énergies fossiles importées. Mais cette technologie, encore au stade expérimental, soulève autant d'espoirs que d'interrogations sur sa capacité à devenir un pilier de l'indépendance énergétique. ## Une promesse technologique de long terme La fusion nucléaire, processus qui alimente le Soleil et les étoiles, consiste à fusionner des noyaux atomiques légers pour produire une quantité colossale d'énergie, sans déchets radioactifs à vie longue et sans risque d'emballement nucléaire. Contrairement à la fission utilisée dans les centrales actuelles, elle repose sur des isotopes comme le deutérium et le tritium, abondants dans l'eau de mer et le lithium. Des projets comme ITER, le réacteur expérimental international basé à Cadarache en France, ou les initiatives privées de start-ups comme Commonwealth Fusion Systems, visent à démontrer la viabilité commerciale de cette technologie d'ici 2035-2040. Selon les experts cités par BFM Business, le chemin reste long : les défis techniques, notamment le confinement du plasma à des températures de plus de 150 millions de degrés Celsius, n'ont pas encore été résolus à l'échelle industrielle. ## Un enjeu géopolitique et économique L'Union européenne, dans le cadre de sa stratégie de souveraineté, considère la fusion nucléaire comme un investissement prioritaire, aux côtés des révolutions verte et géopolitique. Roland Lescure, ministre délégué à l'Industrie et à l'Énergie, a souligné sur BFM Business que l'UE souhaite "investir dans les révolutions technologique, verte et géopolitique", ce qui inclut le soutien à la recherche sur la fusion. Cette approche s'inscrit dans un contexte de tensions sur les marchés de l'énergie, comme en témoigne la hausse récente des prix des carburants, et de recherche d'alternatives aux hydrocarbures importés. La fusion offrirait une source d'énergie quasi illimitée, sans émissions de CO2, et réduirait la dépendance aux pays producteurs de pétrole et de gaz. Cependant, les coûts de développement restent astronomiques : ITER, dont le budget initial de 20 milliards d'euros a déjà été révisé à la hausse, illustre les difficultés de financement. ## Des défis industriels et temporels Malgré l'enthousiasme, la fusion nucléaire ne pourra pas répondre aux besoins énergétiques immédiats de la France ou de l'Europe. Les délais de déploiement commercial, estimés entre 2050 et 2060, laissent la place à d'autres technologies, comme les énergies renouvelables ou la fission de quatrième génération, pour assurer la transition énergétique à court terme. Par ailleurs, la souveraineté énergétique ne dépend pas uniquement de l'innovation : elle implique aussi la maîtrise des chaînes d'approvisionnement en matériaux critiques, comme le lithium ou le béryllium, nécessaires aux réacteurs à fusion. Des initiatives comme Arc 1825, qui vise à relancer la verrerie made in France, ou l'entrée en Bourse du Slip Français, montrent que la souveraineté industrielle passe aussi par des secteurs plus traditionnels. ## Une perspective à ne pas négliger La fusion nucléaire représente une opportunité historique pour renforcer la souveraineté énergétique de l'Europe, à condition que les investissements publics et privés se poursuivent. Les déclarations de Roland Lescure et les priorités affichées par l'UE indiquent une volonté politique de soutenir cette filière, dans un contexte où la croissance résiste malgré les défaillances d'entreprises. Toutefois, les experts rappellent que la fusion ne résoudra pas les crises énergétiques actuelles, et qu'il faut combiner plusieurs leviers : efficacité énergétique, renouvelables, et fission nucléaire. La souveraineté, in fine, se construit dans la durée, par une diversification des sources et une maîtrise technologique. La fusion nucléaire pourrait en être un pilier, mais pas avant plusieurs décennies.